Mélenchon, candidat de la justice sociale pour 2022

Dimanche dernier, le JDD publiait un entretien avec Jean-Luc Mélenchon, dans lequel le candidat de l’Union populaire appelle à une “loi d’urgence sociale” et dresse la liste d’une série de mesures sociales visant à combattre la pauvreté. Dans un débat public saturé par les questions identitaires et les idées d’extrême-droite, Mélenchon replace la question sociale au centre des préoccupations.

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Zemmour par-ci, Le Pen par-là. Les profiteurs de l’allocation de rentrée scolaire, puis les soignants remerciés pour ne pas avoir accepté de se faire vacciner. Il faut le dire : ces dernières semaines, le débat  public n’a pas grand-chose de passionnant. Les fables libérales redondantes sur les profiteurs du système s'enchaînent, et les idées d’extrême-droite n’ont jamais tant semblé s’imposer dans le débat public.

Pourtant, l’évolution récente de l’agenda politique aurait pu bouleverser les choses et ré-axer le débat sur d’autres thèmes, d’autres idées. Car deux candidats “de gauche” ont annoncé leur candidatures en 15 jours : Arnaud Montebourg, l’ex-ministre de François Hollande et candidat malheureux aux primaires du PS en 2017, et Anne Hidalgo, la maire de Paris socialiste et proche de la ligne Valls et du printemps Républicain. À quoi il faut ajouter la primaire EELV, dont nous aurions pu attendre un débat de fond sur les questions écologiques et environnementales.

Mais rien n’y fait : le débat se perd encore et encore dans des considérations identitaires ou dans les fables libérales. Il faut dire que les acteurs de ce centre-gauche en construction n’ont pas aidé, préférant cibler Jean-Luc Mélenchon dès leur annonce de candidature plutôt que d’ériger un bloc solide pour faire face à l’extrême-droite et ses (trop) nombreux porte-paroles. Tactique payante ? Dur à croire, tant les 2 annonces de candidature ne semblent pas intéresser grand-monde. Et chez EELV, de Piolle à Jadot, personne ne semble trouver de mot assez dur pour cibler Mélenchon. L’écologie, pendant ce temps, attend. Ils auront parlé identité, laïcité, immigration, sécurité… mais si peu d’environnement !

Pendant ce temps, Mélenchon parle de social

Sans cesse cité par ses concurrents, et généralement pas pour en dire du bien…, Jean-Luc Mélenchon ne semble pourtant pas vaciller d’un pouce. Mieux, le candidat de l’Union populaire continue d’avancer, fort des 240 000 signatures de soutien à sa candidature, des sondages qui l’annoncent en tête de la gauche depuis avril, et des bonnes nouvelles qui s’enchaînent : une majorité de Français qui plébiscite son programme, le soutien d’Huguette Bello, présidente de la région La Réunion, les Amfis 2021 réussis et plein à craquer, et une base militante mobilisée et déjà active.

Ainsi est-il en position pour imposer un nouveau thème dans la campagne présidentielle : la question sociale. Augmentation du SMIC à 1400€ nets par mois, retraite à 60 ans et relevée au niveau du SMIC pour le seuil minimum, gel du prix des produits de première nécessité, gratuité des premiers m3 d’eau pour assurer l’accès à tous… Mélenchon frappe fort, à l’opposé du discours dominant. Sa priorité est claire : tout mettre en œuvre pour lutter contre la pauvreté qui frappe notre pays.

S’imposant ainsi comme le candidat de la justice sociale en 2022, le candidat de l'Union populaire force également d’autres candidats à se positionner sur le thème. C’est ainsi qu’Anne Hidalgo s’en est allée promettre, la semaine dernière, de “doubler les salaires des enseignants en 5 ans si elle est élue”. Tentant ainsi d’ignorer et de gommer le bilan du dernier quinquennat PS, celui de François Hollande, qui avait gelé ces mêmes salaires (tout comme Sarkozy avant lui, puis Macron après). Tentant aussi de se positionner bien à gauche, avec la volonté de faire du pied aux électeurs insoumis de 2017 ? Peut-être.

C’est en tout cas un premier pari réussi pour Mélenchon : alors que le débat se résumait jusqu’ici à une infernale surenchère identitaire, le candidat de l’Union populaire parvient à y intégrer les préoccupations sociales. Une bouffée d’oxygène pour tout observateur plus intéressé par l’avenir du pays et les débats qui s’y rapportent, que par les préoccupations médiatico-politiciennes.

L’insoumis n’a d’ailleurs pas manqué de donner son point de vue sur les enseignants, rappelant que l’urgence était également d’en recruter rapidement afin d’augmenter les effectifs, et ainsi réduire mécaniquement le nombre d’élèves par classe. Une demande portée par les syndicats… et proposée dans l’Avenir en commun.

Une chose est sûre : alors qu’une nouvelle séquence de la campagne présidentielle s’ouvre, Mélenchon s’impose comme le candidat de la justice sociale en 2022.

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