FNCD#5 AFROTOPIA / COMPTE-RENDU DE SÉANCE / Cinéma Paradiso

Le FNCD#5 est heureux de s’associer avec les étudiants de la Licence 3 Histoire de l’Art et d’Archéologie, parcours Histoire du cinéma (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) dirigée pédagogiquement par Agnès Devictor. En résonance avec leur cours «Histoire du cinéma non-occidental: Afrique et Moyen-Orient» les étudiants couvrent l’actualité du FNCD#5 à travers, notamment, des compte-rendu de séances.

Ce compte rendu a été réalisé par Sébastien Accart à propos de la séance du jeudi 19 novembre EMERGENCES#3 / Cinéma Paradiso lors de laquelle a été projeté Ciné-Guimbi Souvenirs de Berni Goldblat et Bla Cinima de Lamine Ammar-Khodja.

"Pour la 5ème édition du Festival des Nouveaux Cinémas Documentaires, deux films sont présentés dans le cadre d’une séance intitulée « Cinéma Paradiso », Ciné Guimbi Souvenirs de Beni Goldblat puis Bla cinima de Lamine Ammar-Khodja. Dans le court-métrage de Goldblat, à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, des hommes et des femmes, assis devant un écran de cinéma abandonné, racontent leurs souvenirs, quand ils se rendaient au Ciné Guimbi, fermé il y a 10 ans. Avec Bla cinima, c’est devant un cinéma flambant neuf que les habitants d’une place d’Alger nous parlent d’un lieu qui semble en décalage avec le quartier. Le cinéma est « trop beau, à côté c’est trop dégradé » entend-on. Un cinéma désaffecté, un autre délaissé. A Bobo-Dioulasso, une femme se rappelle des larmes qui l’ont envahie il y a 40 ans devant un film indien. A Alger, c’est devant des films turcs qui passent à la télé l’après-midi qu’une femme pleure. C’est sans cinéma (« bla cinima » en algérien) qu’elles vivent. 

Ciné Guimbi Souvenirs de Berni Goldblat Ciné Guimbi Souvenirs de Berni Goldblat

Chez Goldblat, les témoignages sont soigneusement mis en scène aux pieds de l’écran géant en béton de l’ancien cinéma. Au contraire, c’est une caméra heurtée, qui cherche ses personnages dans le film d’Ammar-Khodja. Le réalisateur est aussi preneur de son et souvent dans le champ de la caméra. C’est ainsi que nous sommes face à des portraits d’Algérois qui, d’abord interrogés sur un cinéma qu’ils ne fréquentent pas, parlent finalement de leur quotidien. On peut aussi envisager le film comme le portrait du cinéaste algérien vivant en France, en décalage avec sa culture d’origine. C’est pourquoi il a choisi à l’image pour tenir la caméra quelqu’un qui ne parle pas la langue, pour que la caméra « tâtonne » précise le réalisateur lors du débat à l’issue de la projection. Il explique avoir emprunté au cinéma direct le « degré zéro de la mise en scène ». Quand il interroge deux femmes refusant de paraitre à l’image, c’est lui le centre de l’image, écoutant, tendant son micro. Parfois, la caméra devient un aimant et le plan doit peu à peu s’élargir pour contenir ceux qui souhaitent s’exprimer. Pour le réalisateur, « c’est eux qui font le films ». Enfin, le témoignage d’une jeune fille racontant qu’elle sent trop douloureusement le temps passer clôt le film. On pense alors à Chronique d’un été (1961) et la question posée aux Parisiens : « Etes-vous heureux ? ». Quand Ammar-Khodja demande « Allez vous au cinéma ? » Comme la réponse est toujours « non », les passants semblent finalement répondre à la question de Jean Rouch et Edgar Morin. 

Bla cinima de Lamine Ammar-Khodja Bla cinima de Lamine Ammar-Khodja

« Alger et une caméra est un dispositif en soi » dit le réalisateur à la salle de l’Atelier Varan où a eu lieu la projection. Nous voyons cette salle de cinéma immense, à la devanture opaque comme l’Etat. Elle joue le rôle de l’institution coupée de la vie qui l’entoure. Alors, le film parle implicitement de politique. « Comment fonctionne cette salle ? » demande un spectateur. « Moi, je me demande comment fonctionne l’Algérie » répond trivialement le cinéaste. Oui, le film est aussi emprunt de mystère, proche de la parole et des silences. Le gardien du cinéma demande à Ammar-Khodja de revenir plus tard pour parler. Quelques séquences après, il pose une chaise face caméra. Il ne s’y assoit pas, il ne racontera pas. 

Cinema Paradiso, la séance est bien nommée. Comme dans le film de Giuseppe Tornatore, en nous montrant la mort d’un cinéma, Lamine Ammar-Khodja et Berni Goldblat expriment le besoin de se retrouver dans une salle pour rêver."


Bravo et merci à Sébastien Accart ainsi qu'à tous les étudiants de la Licence 3 Histoire de l’Art et d’Archéologie, parcours Histoire du cinéma d'Agnès Devictor.

Découvrez les photos de la séance sur Flickr !

À (re)lire & (ré)écouter:

L'entretien avec Berni Goldblat 

Un extrait de la discussion avec Lamine Ammar-Khodja à l'issue de la projection de Bla Cinima

 

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