Pour un monde qui marche

Marches pour le climat de la jeunesse d’Europe, marches pour la justice et la paix Jai Jagat, marches des femmes, contre les grands projets inutiles ou dépassés, toutes poursuivent de fait le même objectif : changer de modèle pour sauver la planète et le vivant. Pour un monde qui marche :

Marche des jeunes pour le climat à Bruxelles, 2 décembre 2018 © Benjamin Joyeux Marche des jeunes pour le climat à Bruxelles, 2 décembre 2018 © Benjamin Joyeux

Les constats sur l’état de la planète, sur son climat qui s’emballe, sur sa biodiversité qui disparaît, sur ses ressources naturelles qui s’épuisent, ne cessent de nous alarmer. Pas une semaine, pas même une seule journée désormais où une nouvelle étude ne vienne nous apprendre, arguments scientifiques indiscutables à la clef, que l’on court collectivement vers la catastrophe annoncée, et de plus en plus vite. Une des dernières en date, émanant de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), nous interpelle sur la disparition de la biodiversité qui mettrait en péril la sécurité alimentaire mondiale. Donc pour résumer, en plus du climat qui s’emballe, des espèces qui disparaissent et des ressources qui s’amenuisent, on risque également de crever de faim dans les années qui viennent. Une angoisse de plus à transmettre à nos enfants !

Pourtant rien n’y fait. Tel des drogués inconséquents qui nous savons en danger de mort mais nous montrons incapables d’abandonner un dernier shoot, nous continuons de consommer toujours plus d’objets, de nous déplacer toujours plus loin ou de réclamer toujours plus de pouvoir d’achat, et de voter pour cela. Nous réclamons également des murs de plus en plus étanches, cherchant à nous renfermer derrière nos frontières pour tenter de ne pas voir tous ces exilés, toutes celles et ceux qui fuient déjà les actuels dérèglements de la planète. Comme si nous pouvions nous extirper des malheurs du monde et que nous n’étions pas tous interdépendants. Or nous le sommes, interdépendants, et c’est une des rares grandes qualités de notre époque : l’accès à l’information, qui n’a jamais été aussi aisé, nous permet de savoir, au milieu des monceaux de fake news et infos superficielles charriées par notre époque de déchets généralisés, qu’une partie de l’humanité souffre et que la nature se meurt. 

Parmi les nouvelles générations, un certain nombre de jeunes activistes semblent l’avoir parfaitement compris, à l’image de Greta Thunberg, la lycéenne suédoise de 16 ans qui a lancé le mouvement international des grèves scolaires pour le climat. « A quoi bon continuer de tranquillement étudier si la possibilité même de notre avenir n’est pas assurée ? » nous disent-ils. Ces jeunes ont totalement raison. N’attendant plus que leurs dirigeants et représentants prennent enfin les mesures qui devraient s’imposer, ils ont décidé de faire sécession, de ne plus faire le jeu de ce système mortifère globalisé ne serait-ce qu’une seule journée par semaine, afin de descendre dans la rue et appeler à agir enfin, pour sauver le vivant. Nous disions il y a quelques années, avec le film-documentaire de Jean-Paul Jaud, « nos enfants nous accuseront ». Et bien nous y sommes.

A l’instar de ces jeunes générations qui se mettent à marcher pour le climat, partout sur la planète se lèvent et se mettent en marche des consciences qui n’attendent plus un sursaut de leurs dirigeants pour commencer à agir concrètement : agir pour la planète et la nature dont nous faisons partie en refusant de manger de la viande, en cultivant son jardin, en boycottant la grande distribution, en se déplaçant et en consommant autrement, en tendant la main à ses frères humains… Des personnes qui préfèrent commencer par agir pour et sur eux-mêmes plutôt que de faire la leçon, remettant l’exemplarité et la maxime de Gandhi au goût du jour: « sois toi-même le changement que tu veux voir dans le monde ». 

La grande marche de 2012 © Benjamin Joyeux La grande marche de 2012 © Benjamin Joyeux

Ce qui tombe à pic, puisque l’année 2019 est celle du 150e anniversaire de naissance du Mahatma Gandhi. A cette occasion, le 2 octobre prochain, une grande marche pour la justice et la paix partira de Delhi, en Inde, pour rejoindre Genève un an plus tard. Une campagne pour réclamer à la communauté internationale le droit à la terre et l’accès aux ressources pour les petits paysans indiens, et au-delà un nouveau modèle global dans lequel « personne ne reste au bord du chemin » (le slogan de l’Agenda 2030 des Nations Unies). Cette campagne appelée Jai Jagat (la « victoire du monde », de « tout le monde » en Hindi), lancée par le mouvement indien Ekta Parishad, entre en résonnance avec toutes ces autres marches, Marche mondiale des femmes, marches des jeunes pour le climat, marches contre les grands projets inutiles, etc. Un formidable cadeau en provenance d’Inde qui promeut la paix et la non-violence, la justice sociale et environnementale et un nouveau modèle favorable à tous, en remettant à jour le message de Gandhi. Une marche qui peut servir utilement d’instrument de convergence globale pour toutes celles et ceux, de plus en plus nombreux, qui veulent un monde qui cesse de détruire l’ensemble du vivant sur l’autel de l’argent, un monde qui marche enfin. 

Benjamin Joyeux, coordinateur Jai Jagat à Genève et membre fondateur du REV (Rassemblement des Ecologistes pour le Vivant) 

Plus d’infos :

https://jaijagatgeneve.ch/

https://www.sol-asso.fr/jai-jagat-2020/

https://blogs.mediapart.fr/benjamin-joyeux/blog/020817/en-marche-en-2020-pour-un-autre-monde-possible 

https://www.huffingtonpost.fr/benjamin-joyeux/des-2018-des-milliers-dindiens-entament-des-marches-pour-changer-le-monde_a_23333759/

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