Benjamin Britten : War Requiem

L'un des chefs-d'œuvre de la musique du XXe siècle. Un hymne contre la guerre construit comme une Passion baroque. Exprimée dans les poèmes de Wilfred Owen, la souffrance des soldats y questionne en permanence la rédemption annoncée par la Messe des morts.

Des rumeurs d'armistice circulent déjà ce 4 novembre 1918, lorsqu'à 5h45 près du village d'Ors dans le Cambrésis, le 2e Manchester et le 16e Lancashire Fusiliers s'élancent sur le canal de la Sambre en direction des lignes allemandes, masqués par un brouillard qui se lèvera trop tôt. 

Le canal du Cambrésis près d'Ors Le canal du Cambrésis près d'Ors

Une nouvelle progression britannique, mais la majorité des hommes resteront en terre flamande.

Le sous-lieutenant Wilfred Owen était l'un d'eux. Il avait vingt-cinq ans. Il était l'auteur d'une centaine de poèmes écrits pour la moitié dans les tranchées, dont quatre publiés de son vivant dans une revue littéraire.

 Il était pacifiste, mais engagé volontaire à l'instar des jeunes britanniques non soumis à la conscription jusqu'en 1916 et dont plus de sept cent mille tomberont au front. Publiée en 1931, son œuvre est l'une des plus connues de la riche littérature de guerre britannique.

  Mon sujet, c’est la guerre, et ce qu'elle a de pitoyable.
  La poésie est dans la compassion.
  Cependant, pour cette génération, ces élégies n’ont rien de consolatoire.
  Elles pourraient l’être pour la suivante.
  Aujourd’hui, tout ce qu’un poète peut faire, c’est avertir.
  C’est pourquoi les vrais poètes doivent demeurer fidèles à la vérité.
   (mai 1918 - projet de préface pour un recueil de ses poèmes).

Dès les premières années du conflit, le mathématicien et philosophe Bertrand Russel avait préconisé une coopération internationale de nature à dissoudre les sources de conflits et appelé à l'objection de conscience, ce qui lui valut six mois de prison et le renvoi du Trinity College de Cambridge où il enseignait.

Dans l'entre-deux guerres, le pacifisme est un courant de pensée populaire au Royaume-Uni. De nos jours encore, on n'y enseigne pas la gloire de la Grande guerre, mais la souffrance des soldats, illustrée notamment par la poésie. Parmi les textes les plus connus, Suicide in the Trenches de Siegfried Sassoon et In Flanders fields du canadien John McCrae, quinze vers qu'apprennent les écoliers britanniques.

Toutefois à l'image de Bertrand Russel, le courant pacifiste se met en retrait dès lors que grandit le danger nazi. Ce que traduit le pessimisme d'Herbert Read un autre poète de la Grande guerre, dans cette adresse de 1940 aux nouveaux conscrits :

  Nous donnâmes ce que vous allez donner – notre cerveau, notre sang
  Mais nous le donnâmes en vain : le monde n'a point été renouvelé.

  C'est au contraire le vieux monde qui fut restauré et nous retournâmes
  Au morne labeur du champ et de l'atelier, et à la guerre immémoriale
  Des riches et des pauvres. Notre victoire fut notre défaite.

Vingt ans plus tard, après la saignée du deuxième conflit mondial et dans un contexte de course aux armements, les manifestations contre la bombe atomique se multiplient dans le monde en ce début des années 1960[1].

D'un optimisme exigeant servi par une grande expressivité mélodique, le War Requiem s'inscrit comme la contribution d'un des principaux compositeurs du vingtième siècle.

Benjamin Britten (1913-1976)

À l'âge de quinze ans, après une formation musicale qui révèle de solides aptitudes, Benjamin Britten bénéficie de l'enseignement de Frank Bridge, l'un des musiciens britanniques les plus talentueux de l'époque. Un pédagogue exigeant auprès duquel il compose ses premières mélodies sur des textes de Verlaine et de Victor-Hugo. Admis en 1930 au Royal College of Music de Londres, il obtient en 1934 une bourse pour parcourir l'Europe musicale : Paris, Munich, Bâle, Salzbourg, Vienne.

Il est engagé en 1935 par le Général post office film unit pour composer la musique de films documentaires.

Il y côtoie le poète Wystan Hugh Auden, un acteur influent de la vie intellectuelle britannique des années trente. Une rencontre déterminante pour le jeune compositeur qui trouve auprès de son aîné une ouverture sur la vie imaginative et un sens du texte qui éclairera sa musique.

Une initiation à la politique aussi. Les documentaristes de l'Unité cinématographique des postes britanniques s'intéressent au monde du travail et s'impliquent dans la critique sociale. L'œuvre de Britten sera marquée par une double orientation : le plaisir mélodique et le contenu social.

Pacifiste militant, Auden s'engage comme ambulancier dans la  guerre d'Espagne et y réalise des reportages ainsi qu'en Corée et en Chine où il dénonce les massacres avec virulence. En 1939 pressentant l'imminence de la guerre, il émigre vers les États-Unis alors dominés par un fort courant neutraliste, où il se fera naturaliser en 1946.

Britten l'y rejoint accompagné du ténor Peter Pears rencontré en 1937 et qui restera le partenaire de toute une vie. Il compose notamment la Sinfonia da requiem, une messe des morts instrumentale.

Mais les nouvelles du Royaume-Uni qui résiste désormais seul aux puissances de l'Axe sur le front ouest, l'incitent à revenir en 1942 affronter les reproches de désertion.

Auden et Britten à New York en 1941 Auden et Britten à New York en 1941

"Depuis que je crois qu'il y a en chaque homme l'esprit de Dieu, je ne peux pas détruire et je sens qu'il est de mon devoir d'éviter de participer à la destruction de Ia vie humaine. L'ensemble de ma vie a été consacrée à des actes de création (exerçant la profession de compositeur) et je ne peux pas prendre part à des actes de destruction. Je crois sincèrement que je peux aider mes frères humains à s'améliorer en continuant le travail pour lequel je suis le plus qualifié, par la nature de mes dons et de ma formation" (déclaration de Britten devant le Tribunal local pour l'enregistrement des objecteurs de conscience, le 4 mai 1942)

 


Sa faveur naissante auprès du public britannique et son engagement comme pianiste au sein du Council for the encouragement of Music and the Arts, organisme officiel créé en 1940 pour encourager la pratique artistique dans le contexte de la guerre, lui épargnent la prison.

De cette époque datent quelques-unes de ses plus célèbres compositions vocales, notamment Rejoice in the Lamb, Ode pour Sainte Cécile et A ceremony of Carols.

Dès la fin des hostilités, il accompagne Yehudi Menuhin en Allemagne pour une tournée de concerts qui les mène entre autre dans les camps à peine libérés. À Belsen, une déportée elle-même violoncelliste écrit :

 "Je ne puis imaginer chose plus merveilleuse.
  Étrangement, on remarquait à peine qu'il y avait un accompagnement et cependant,
  mes yeux étaient rivés sur cet homme comme dans un état de transe.
  Il semblait être suspendu entre chaise et piano tant son jeu était beau"
.

La consécration mondiale viendra en juin 1945, lors de la première de Peter Grimes, salué comme une renaissance de l'opéra anglais après deux siècles d'éclipse (voir mon billet consacré au Messie de Haendel).

Britten et Pears Britten et Pears
Sa musique est appréciée pour son ouverture à un large public et son caractère résolument moderniste. Elle s'est déployée dans le domaine instrumental mais plus encore dans le domaine vocal.

En 1947, Pears et Britten créent l'English opera group, une compagnie consacrée à l'opéra et fondent en 1948, le Festival d'Aldeburgh dans la ville côtière du Suffolk où le compositeur a passé son enfance. C'est dans ce cadre que sera créée une grande partie des œuvres de Britten et bien d'autres. Ce festival qui s'étale sur deux semaines et demi chaque mois de juin, reste de nos jours l'une des manifestations phares de l'année musicale au Royaume Uni.

 

War Requiem

Située dans les Midlands au centre de l'Angleterre, Coventry fut détruite la nuit du 14 au 15 novembre 1940 par 500 bombardiers allemands. Lorsqu'en 1956 on entreprend la construction d'une nouvelle cathédrale près des ruines de l'ancienne, on commande à Britten une œuvre qui devra être créée en 1962 pour l'inauguration.

C'est l'occasion de concrétiser un projet inscrit dans ses convictions pacifistes, dont certains signes laissent à penser qu'il y songeait depuis longtemps, un monument aux soldats tombés dans les combats.

Un Requiem d'une conception particulière.

Les six sections classiques de la Missa pro Defunctis sont chantées par le grand chœur, une soprano solo et un chœur d'enfants. En contrepoint du texte sacré, le ténor et le baryton interprètent neuf poèmes de Wilfred Owen. La tension dramatique naît de la distanciation entre la détresse du soldat et la promesse divine.

Dans le récit épique qu'ils nous livrent, l'espérance reste longtemps incertaine. La rédemption est constamment questionnée par les poèmes tour à tour désespérés et ironiques, jusqu'au Libera me dans lequel l'apaisement naît de la rencontre des deux adversaires et de leur résolution commune à éradiquer les pulsions guerrières.

o

Les répétitions furent longues et éprouvantes.

Britten souhaitait que les parties de solistes soient assurées par Peter Pears, Dietrich Fischer-Dieskau et Galina Vichnevskaïa représentant ainsi trois des nations ayant le plus souffert durant la Deuxième guerre mondiale. C'était en pleine guerre froide et les autorités soviétiques refusèrent le visa à cette dernière, remplacée au dernier moment par la cantatrice britannique Heather Harper. L'épouse de Mstislav Rostropovitch participa toutefois l'année suivante à l'enregistrement dirigé par Benjamin Britten.

Peter Pears lors de l'enregistrement. Derrière lui, Dietrich Fischer-Dieskau Peter Pears lors de l'enregistrement. Derrière lui, Dietrich Fischer-Dieskau

Il faut ajouter que les textes retenus par le compositeur se heurtent au contexte. Créé après la Seconde guerre mondiale, le War Requiem s'attache au martyre des soldats figuré notamment par la rencontre cordiale entre les deux soldats, une rencontre en contradiction avec la réalité du deuxième conflit mondial, particulièrement sur le front est. Ce qui 

explique sans doute l'attitude des autorités soviétiques.

La création le 30 mai 1962 rencontra un succès immédiat. Le War Requiem est aujourd'hui considéré comme une œuvre majeure du XXe siècle.

 o

Construit sur trois plans sonores, le War Requiem s'apparente aux Passions baroques.

  • Des récits de la souffrance des soldats évoquant ceux de la passion du Christ par l'Évangéliste, puisés dans la poésie de Wilfred Owen. Chaque récit suscite une réponse liturgique par la prière ou le renouvellement de la promesse divine :
  • La messe des morts chantée par le chœur avec la soprano
  • Des airs confiés au chœur d'enfants placé dans le lointain qui annonce la rédemption, mais aussi l'innocence et l'illusion de l'avenir.

 I. Requiem eternam avec le poème Anthem for Dommed Youth.
Après la bataille à laquelle font écho de larges mouvements des cordes, s'étale un paysage de désolation sur lequel plane la supplique du chœur : Donne-leur Seigneur, le repos éternel. Les enfants appellent à louer Dieu dont le chœur réclame la pitié. Le ténor expose la douleur désespérée des soldats Quel glas pour ceux qui meurent comme du bétail.

Antienne pour une jeunesse perdue
Quel glas pour ceux qui meurent comme du bétail ?
Seule la colère monstrueuse des canons.
Seul le hoquet des fusils
Peuvent crépiter leurs oraisons hâtives
Pour eux pas de prières ni de cloches,
Ni aucune voix de deuil, seulement les chœurs,
Le chant aigu des obus ;
Et l'appel des clairons depuis des comtés tristes.
Quelle chandelle éclairera leur départ ?
Pas dans les mains des garçons, mais dans leurs yeux
Brillera la lumière sacrée des adieux.
La pâleur des filles sera leur linceul ;
Leurs fleurs, la tendresse des pensées silencieuses,
Et chaque lent crépuscule un store qui s'abaisse.

II. Dies irae avec les poèmes But I was looking at the permanent stars, The next war, Sonnet et Futility.
Les hommes du chœur entament une danse vers la mort qui scandera à plusieurs reprises ce jour de colère. Les femmes s'inquiètent à l'approche du Jugement.

Le clairon attriste le crépuscule des soldats résignés, sur qui pèse l'ombre du lendemain. Tout est écrit dans le livre, personne n'est en sureté, pas même le juste affirme le texte sacré. Mais les soldats marchent familièrement vers la mort, cette vieille compagne dont ils respirent l'épaisse haleine verte en sifflotant sous sa faux.

La supplication adressée à Jésus pour l'absolution des pêchés se reflète ici-bas dans le mouvement du canon qui se dresse pour maudire les humains. Tandis que le soleil ne donne vie à la glaise qu'en vue de la mise à mort.

Mais je regardais les étoiles éternelles
Le clairon sonnait, attristant le crépuscule ;
Un autre répondit, douloureux à entendre.
Des voix de garçons venaient du bord de la rivière.
Le sommeil les maternait ; laissant le crépuscule triste.
L'ombre du lendemain pesait sur les hommes.
Les voix d'un vieux découragement se résignaient,
Courbées par l'ombre planant sur le lendemain, s'endormaient.

La prochaine guerre
Là-bas, nous avons marché familièrement vers la mort :
Nous nous sommes assis et mangé avec elle, calmes et neutres
Pardonné ses gamelles renversées dans notre main.
Nous avons reniflé l'épaisse odeur verte de son souffle,
Nos yeux ont pleuré, mais notre courage n'a pas faibli.
Elle a craché sur nous des balles et toussé des shrapnels
Nous avons chanté en chœur quand elle a chanté dans le ciel ;
Nous avons siffloté alors qu'elle nous couchait avec sa faux.
Oh, la mort ne fut jamais notre ennemie !
Nous en avons ri, nous nous sommes alliés, vieille compagne.
Aucun soldat n'est payé pour regimber contre ses pouvoirs.
Nous avons ri, sachant que viendraient des hommes meilleurs,
Et des guerres plus grandes quand chaque fier combattant se vante
Il combat la mort - pour la vie, non les hommes - pour les drapeaux.

Sonnet
Lève-toi lentement, toi le long bras noir,
Grande arme tourné vers le ciel, sur le point de maudire ;
Parviens à cette arrogance qui recherche ton mal,
Et détruis-là avant de ses péchés n'empirent ;
Puis quand ton sort sera entièrement jeté,
Que Dieu te maudisse et t'extirpe de notre âme !

Futilité
Mettez-le en plein soleil -
Autrefois sa caresse le tirait du sommeil,
Lui chuchotait au sujet de ses champs non semés.
Toujours il le réveillait, même en France,
Jusqu'à ce matin et cette neige.
Si quelque chose peut le faire se lever maintenant
Le vieux soleil le saura bien.
Songez comme il réveille les graines
Il donna vie une fois, à l'argile d'une étoile froide.
Ces membres, si chèrement développés, ces flancs,
Bien nerveux - encore chauds - sont-ils si difficiles à remuer ?
Est-ce pour en arriver là que la glaise s'est dressée ?
Est-ce pour en arriver là que la glaise s'est dressée ?
O pourquoi ces prétentieux rayons solaires
Ont-ils sorti la terre de son sommeil ?

III. Offertorium avec inclusion du poème The parable of the Old man and the Young.
Venant après la supplique des enfants et du chœur pour libérer l'âme des défunts, ténor et baryton livrent un récit ironique du sacrifice d'Isaac. Contrairement à l'Écriture, Abraham reste sourd à l'injonction de l'Ange et ne détourne pas le bras sacrificateur vers le bélier, mais tue son propre fils. Et tandis que le chœur d'enfants chante dans le lointain, le poème ajoute "et la moitié de la semence de l'Europe".
Dès lors, la conclusion du chœur : Fais-les passer, Seigneur de la mort à la vie, ce que tu as promis jadis à Abraham et à sa descendance, s'entend comme une réplique à cette allusion d'Owen aux dirigeants politiques qui ont envoyé les jeunes gens au massacre avec les encouragements des pères.

Parabole du vieil homme et du jeune
Ainsi Abraham se leva, fendit le bois et partit
Emportant avec lui le feu et un couteau.
Et quand ils se retrouvèrent seuls,
Isaac le premier-né s'adressa à son père
"Voici ces préparatifs, ce feu, ce fer
Mais où est l'agneau pour cet holocauste ?"
Alors Abraham le lia avec des sangles et des ceintures,
Construisit des parapets et des tranchées
Et leva le couteau pour tuer son fils.
Quand oyez ! Un ange l'appela depuis le ciel
Disant : "Ne porte pas la main sur ce garçon,
Ne lui fais aucun mal.
Regarde ce bélier pris par les cornes dans un buisson,
Offre le Bélier d'Orgueil à sa place !"
Mais le vieil homme ne l'écouta pas et tua son fils, -
Et la moitié de la semence de l'Europe, l'un après l'autre.

IV. Sanctus avec le poème The end.
Introduit par la soprano solo, le chœur proclame tumultueusement la gloire de Dieu qui emplit le ciel et la terre et la soprano l'entraîne dans la lente sarabande du Benedictus.
Le baryton solo objecte : Quand la foudre aura retenti au Levant et que les tambours du temps auront fini de rouler, la vie ne renaîtra pas.

La fin
Quand la foudre aura retenti au levant,
L'éclatante fanfare des nuages, le Trône du Chariot ;
Quand les tambours du temps auront fini de rouler,
Et que la longue retraite au couchant aura été sonnée,
La vie renaîtra-t-elle dans ces corps ? En vérité
Annulera t-Il toute mort. Apaisera t-Il toutes larmes ?
Et remplira-t-Il les veines vidées d'une nouvelle jeunesse,
Et lavera l'âge d'une eau immortelle ?
Quand j'interroge la vieillesse, elle répond non
«Ma tête ploie sous la neige."
Et quand j'interroge la Terre, elle répond :
"Mon cœur ardent s'éteint sous la douleur. Il est mort.
Mes anciennes cicatrices ne seront pas glorifiées,
Ni séchées mes larmes titanesques, ni la mer".

V. Agnus Dei le poème At a Calvary near the Ancre alterne avec le chœur
La crucifixion recommence à chaque guerre, encouragée par les scribes tandis que meurent ceux qui aiment.
Mais l'Agneau de Dieu apporte la rédemption des péchés et le repos éternel.

Un calvaire près de l'Ancre
Quelqu'un est toujours suspendu au carrefour bombardé
Dans cette guerre, Lui aussi a perdu un membre
Mais Ses disciples se cachent à l'écart
Et maintenant, les soldats Le soutiennent
Près de Golgotha passe plus d'un prêtre
Sur leur visage se lit l'orgueil
Leur chair porte la marque de la Bête
Par laquelle le gentil Christ est nié.
Les scribes poussent la foule
Et crient allégeance à l'État
Mais ceux qui aiment du plus grand amour
Sans haine, sacrifient leur vie,

VI. Libera me avec le poème Strange meeting.
Après l'annonce du Jugement dernier par le chœur auquel se joint la soprano, le ténor rapporte un songe du soldat qui s'enfonce dans le séjour des morts où il rencontre l'ennemi tué au combat. Ils délivrent un hymne nostalgique aux promesses non tenues par une vie écourtée et une déploration d'un monde dont les efforts de progrès se noient dans le sang.
Les deux hommes renouvellent leur confiance dans les potentialités de progrès humain et s'engagent à purifier le monde de ses pulsions guerrières à l'aide de l'eau la plus pure qui soit. Ils s'accordent le repos, tandis que le chœur d'enfants entame In Paradisium repris par le chœur d'adultes.

Étrange rencontre
Il m'a semblé que j’échappais à la bataille
Par quelque ancien tunnel profond et sombre creusé
Dans des granits voûtés par des guerres titanesques.
Il y avait là entassés des dormeurs gémissant,
Trop plongés dans leurs pensées ou dans la mort pour être dérangés.
Puis, comme je tâtonnais, l'un d'eux se dressa, et me fixa
Avec de la reconnaissance apitoyée dans le regard,
Et de la détresse dans ses mains levées comme pour bénir.
Aucun canon ne tonnait ni ne faisait gémir les tunnels.
"Étrange ami" dis-je, "il n'y a aucune raison de se lamenter."
"Aucune", dit l’autre, "sauf les années perdues,
Le désespoir. Quelqu'espoir que tu nourrisses
Ma vie en était faite ; je chassais sauvagement
La beauté sauvage dans le monde
De ma joie, de nombreux hommes auraient ri
Et de mes larmes, quelque chose serait resté.
Qui doit mourir maintenant. Je veux dire l'indicible vérité,
Le malheur de la guerre, le malheur qu'elle distille
Maintenant, les hommes iront satisfaits de ce gâchis
Ou bien mécontents, s'insurgeront et seront terrassés
Ils seront vifs comme la tigresse.
Aucun ne rompra les rangs, les nations fuiront le progrès
Pour manquer la marche à reculons de ce monde.
Vers de vaines citadelles sans muraille
Alors, le sang ayant coincé les roues de leurs chariots
Je les laverais à l’eau de source,
Tirée d'un puits si profond que la guerre n'aura pas pu la souiller
Même dans les eaux les plus pures jamais puisées
Je suis l’ennemi que tu as tué, mon ami.
Je t’ai reconnu dans cette obscurité : car tu fronces les sourcils
Comme hier quand tu me transperças jusqu'à la mort.
Je parais, mais mes mains se dérobèrent et restèrent froides.
Dormons, maintenant

 

Quelques liens
Association Wilfred Owen
Association Wilfred Owen France
La littérature de guerre britannique en français
La littérature de guerre de toutes origines
L'enseignement de la Grande guerre au Royaume-Uni un article du Monde en 2014
Tourisme en Cambrésis
Randonnée sur les chemins de mémoire du Nord – Pas de Calais
Fondation Britten – Pears
Festival d'Aldeburgh
La version dirigée par Britten https://www.youtube.com/watch?v=rsSMCq7pl_k

Bibliographie
Wilfred Owen, Et chaque lent crépuscule, Poèmes et lettres. Le castor astral, 2012
Xavier De Gaulle, Benjamin Britten ou l'impossible quiétude, Actes Sud, 1996, 2013
Mildred Clary, Benjamin Britten ou le mythe de l'enfance, Buchet-Chastel, 2006

 


[1] Course aux armements nucléaires et prise de conscience des périls au début des années soixante
1956 - Le philosophe allemand Günther Anders publie "Sur la bombe et les causes de
              notre aveuglement face à l'apocalypse"
1958 - Royaume uni. Sous l'impulsion de Bertrand Russell, première marche
              d'opposition aux armes nucléaires.
1961 - avril : Baie des cochons ; 
              août : construction du mur de Berlin
1962 -    mai : création du War Requiem
             octobre : crise des missiles à Cuba ;
1963 - création du Mouvement contre l'arme atomique par Claude Bourdet et
              Jean Rostand.
              La même année, Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires signé par
               plus de 150 nations à l'exception de la Chine et de la France.
1964 - le 26 avril 1964 rassemblement de 120 000 personnes à l'appel du Comité national
                contre la force de frappe (CNFF) dans le Parc des Sceaux à Paris.
                avril également : sortie du film Docteur Folamour de Stanley Kubrick qui illustre
                les dangers de la course aux armements
1968 - 1er juillet, signature du Traité de non-prolifération nucléaire.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.