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Billet de blog 4 déc. 2020

EDF démantelée par l’ouverture à concurrence européenne

Devant les besoins financiers d’EDF pour maintenir son parc nucléaire, et le dogme de la DGC de la Commission Européenne d’ouvrir la production de l’électricité nucléaire à la concurrence, le gouvernement français vient de signer le 26 Novembre au soir, la restructuration d’EDF avec le plan « HERCULE ».

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Devant les besoins financiers d’EDF pour maintenir son parc nucléaire, et le dogme de la Direction Générale de la Concurrence de la Commission Européenne d’ouvrir la production de l’électricité nucléaire à la concurrence, le gouvernement français vient, après de longue négociations, de signer le 26 Novembre au soir, la restructuration d’EDF avec le plan « HERCULE ».

Cela n’est pas sans présenter des risques économiques, politiques et environnementaux pour la France.

D’ailleurs les syndicats EDF confirment leur appel à la grève le 10 Décembre prochain, après s’être exercés le 26 Novembre en abaissant la production nucléaire de 4 réacteurs de 900 MW, qui ne sont toujours pas rétablis le 4 Décembre, en se référant aux données de production RTE par filières de production :

 Dans la nuit du 25 au 26 Novembre, la baisse de la production nucléaire a été compensée par les productions hydroélectrique (+ 6 330 MW) et charbon (+ 820 MW). Depuis la filière charbon est toujours en activité, sans se soucier des émissions de CO2.

Le plan « Hercule » initial 

Le plan de sauvetage « Hercule » consistait à scinder EDF en deux entités :

  1. Une société « Bleue », détenue par l’État, comprendrait le secteur du nucléaire (le plus déficitaire) et des barrages hydroélectriques (structurée au sein d’une société « Azur »)  . L’État français devra investir pour racheter les actions EDF aux investisseurs privés. 
  2. Une société, « Verte », couvrirait les énergies renouvelables restantes, les réseaux de distribution (Enedis), les services énergétiques (RTE) et le commerce. Cette seconde entité, propriété de la première, serait introduite en bourse, l’État conservant 65% du capital via la société « Bleue ».

Le dogme de la concurrence pure et dure aura raison d’EDF

Pour assainir la situation financière d’EDF, dont la dette s’élevait à 41 milliards d’euros fin 2019, l’État français envisageait de recapitaliser l’entreprise. Par contre ce n’est pas du gout de la Commission Européenne qui souhaite qu’EDF ne bénéficie pas d’avantages, face à ses concurrents européens. Par conséquent  la Commission Européenne souhaite qu’EDF soit scindée en trois entités (Bleue, Vert, Azur) et non plus en deux, et que la partie nucléaire soit isolée du reste des ENR (énergies renouvelables) et re-nationalisée, les deux autres entités qui seront ouvertes en partie à la capitalisation boursière.

Un démantèlement présentant de nombreux risques

En perdant le contrôle de sa production, l’Etat français s’expose à l’ingérence accrue de puissances étrangères (russe, allemande, américaine, chinoise, etc.). Parallèlement, cela impliquerait une augmentation du prix de l’électricité, qui provoquerait une deuxième vague de soulèvement populaire de type « gilets jaunes ».

De surcroît, les risques économiques à commencer par la charge supportée par l’État et indirectement par le contribuable français seraient lourds.

Avec la capitalisation boursière des ENR et de l’hydroélectricité, la France ne serait plus maître de son destin. En effet le but des actionnaires est de s’octroyer des dividendes, plutôt que d’investir. D’autre part les dividendes ne resteraient pas obligatoirement en France, et ne seraient pas soumis à l’impôt.

En dehors de la perte de financement et d’investissement dans le secteur du nucléaire par l’UE, la France serait quasiment contrainte de passer au 100% ENR, qui paradoxalement occasionnerait  une augmentation des émissions de CO2 ne lui permettant plus de tenir ses engagements sur l’accord de Paris.

Aujourd’hui la production d’électricité est assurée à 70% par le nucléaire, il parait improbable que les ENR puissent se substituer au nucléaire, sachant que l’hydraulique représente à lui seul 60% des ENR.

D’autre part il faut une source forte qui impose la fréquence et la tension, pour assurer la stabilité d’un réseau électrique. Ce n’est pas avec des énergies intermittentes (Photovoltaïque et Eolien), sans stockage qu’un réseau électrique peut tenir debout : voir mon article « La programmation de l’Energie privilégie l’Eolien au Nucléaire, grave décision ….. ».

A moins que l’on veille faire comme l’Allemagne, qui a remis en route ses centrales à charbon et lignite.

Ayons le courage de claquer la porte à l’EU.

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