Hollande, ou l’épectase libérale.

Romain Gary a écrit l’angoisse de l’impuissance sexuelle. Hollande nous écrit-il en ce moment l’angoisse de l’impuissance politique ? C’est ce qu’il semble. Cherchant l’épectase libérale, il ne pourrait l’atteindre qu’en tuant ce qui restait de socialisme à son parti. Ce que confirme régulièrement son premier ministre Manuel Valls et sa recherche d'un centre introuvable.

Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable.

Romain Gary a écrit l’angoisse de l’impuissance sexuelle. Hollande nous écrit-il en ce moment l’angoisse de l’impuissance politique ? C’est ce qu’il semble. Cherchant l’épectase libérale, il ne pourrait l’atteindre qu’en tuant ce qui restait de socialisme à son parti. Ce que confirme régulièrement son premier ministre Manuel Valls qui, inscrit dans la recherche d’une jouissance à venir, revient régulièrement sur la disparition du mot qui, a-t-il écrit, « s’est éteint ». (1).

Arrivé comme par hasard au sommet de l’Etat grâce au naufrage de DSK, arrivé aussi grâce aux promesses politiques mensongères de sa campagne, mensonges que son conseiller de l’époque, depuis promu ministre, Emmanuel Macron, avait justifiés, a priori, dans la revue Esprit, (2), Hollande n’en finit plus de trahir l’espérance républicaine de ceux qui avaient voté contre Sarkozy, en 2012.

Que faut-il voir derrière ces trahisons ? Rien d’autre que le paradoxe d’une stratégie pour garder le pouvoir, alors qu’on l’a déjà perdu par trois fois au trois quart. Aux municipales, aux européennes et enfin aux régionales.

La philosophe Simone Weil nous l’a appris, « Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective, est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres  humains qui en sont membres » et enfin, « L’unique fin de tout parti est sa propre croissance, et cela sans limite ». Rajoutant : « Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration ».

Nous y sommes avec le PS aujourd’hui, désormais identifié à ses seuls dirigeants, imposant ses réformes économiques néoclassiques grâce au vote bloqué, forçant en peine nuit le vote de ses députés pour empêcher que soit confirmé un premier vote au Parlement sur une arme anti-paradis fiscaux. (3).

De même que le gouvernement a tout fait pour faire échouer ce 15 décembre une initiative parlementaire trans-partis visant à établir dès 2009 l’égalité fiscale entre presse en ligne et presse imprimée. Une promesse remontant à 2008. Hollande et le PS règlent leurs comptes avec des sites, dont Mediapart, qui les dérangent par leurs investigations, dont la plus importante a été le scandale Cahuzac.

 

Le trou sans fond de la chute socialiste.

« Chacun sent dans la majorité que l'étrange bilan de ces élections régionales appelle une remise en question profonde », ont écrit Bastien Bonnefous, et Nicolas Chapuis dans Le Monde. On pouvait en effet être en droit d’attendre au lendemain du 13 décembre ce que de nombreuses personnalités, y compris au sein du PS, demandaient, un départ nouveau de l’action gouvernementale, dans un esprit de reconquête des électeurs. On en a été pour nos frais.

L’offre politique est effroyable a écrit Alexandre Lourié, jeune diplômé de Sciences Po dans Mediapart, à sa sortie d’un cabinet ministériel. (4)., affirmant partager la résignation écoeurée des 22 millions d’abstentionnistes et des 6 millions d’électeurs FN. Encore ne parle-t-il pas des votes blancs au second tour ? 5% des votants, qui mériteraient de se voir représentés par des sièges vides dans les assemblées territoriales. Cela générerait quelques économies bienvenues en ces temps difficiles.

Les élus « n’ont jamais connu la vie réelle » constate-t-il. En cause, la machine à produire la classe politique, l’ENA. « Entrés tôt dans le tunnel, ils n’en sont jamais ressortis ».

Après bien d’autres, Alexandre Lourié dénonce « cette politique qui ne fait pas rêver…  les palabres qui sortent des mêmes bouches depuis dix ans, les mêmes formules… la bipolarisation et la majoritarisation des modes de scrutins… et propose de dé-majoritariser les modes de scrutin, de favoriser le renouvellement des élus, d’étendre la loi sur le non cumul des mandats et d’assurer son application, et de remplacer l’ENA.

 

Ces PS qui rêvent du centre.

Le plus attristant c’est de voir que ces dirigeants du PS sont l’illustration de ce manque que Michel Wieviorka relevait le 26 novembre dernier dans un article dans Libération, « l’absence du chainon proprement politique » à gauche, pour répondre aux défis politique et sociaux. Notant justement ceci : « Où sont les intellectuels ? demandait récemment le Premier ministre. Où est la gauche ? lui répondons-nous aujourd’hui ».

Or, de gauche, comment pourrait-il y en avoir une au PS, quand ses chefs ne rêvent plus que de tomber au centre, spéculant sur une décomposition de la droite parallèle à celle de la gauche ? A croire qu’un Valls ou un Macron ne se rêve plus qu’en élève de Ciudademos, ce parti né de la droite en Espagne et positionné au centre droit. Un Modem espagnol en quelque sorte.

Valls.

« Valls rouvre le débat sur la fusion des listes »  écrit le Figaro. Il imagine « une grande coalition en 2017 en cas de présence de Marine Le Pen au second tour » nous dit le JDD du 12 novembre, ajoutant : « La France sera-t-elle gouvernée un jour par une grande coalition à l'allemande? C'est le scénario envisagé par le Premier ministre Manuel Valls ».

Macron.

« S’appuyant sur le bloc bourgeois, le ministre de l’Economie cherche une union de «la gauche de la droite» avec «la droite de la gauche», écrit dans Libération du 17 novembre Bruno Amable, qui va jusqu’à le comparer au Giscard d’Estaing du siècle dernier. « En rompant avec une catégorie sociale centrale du bloc de gauche, Macron envoie en direction des partis de droite un signal de crédibilité de sa stratégie de rupture d’avec ce bloc et de sa volonté d’une nouvelle alliance politique s’appuyant sur le bloc bourgeois », rajoute Amable.

Le Modem comme piste d’atterrissage ?

Le Modem, en recherche non avouée depuis 2012 d’un président susceptible de gagner une élection nationale, devrait lui réserver un fauteuil. Peu être pour après 2017. Cela ferait plaisir à ses cadres et à ses adhérents en permettant de relancer les adhésions . Car de l’avis même de Yann Wehrling, son porte parole, les troupes sont peu nombreuses : « Nous sommes peu mais nous sommes unis, solides. Et cette cohésion payera ». (JDD du 12 novembre).

Ce PS qui se rêve au centre a-t-il la moindre chance ? Aucune. Car Bayrou occupera le terrain si Juppé ne se présentait pas. Dès lors les places pour le second tout couteraient cher. Et on ne voit pas Bayrou conseiller cette fois ci de voter Hollande au second tour, comme en 2012. La vengeance est un plat qui se mange froid et le Béarnais a une mémoire de cheval.

 

Un trou générationnel.

En ce qui concerne le renouvellement de la classe politique réclamé par A. Louriè, il faut écouter ce qu’a dit la toute jeune Emmanuelle Duez, au Positive Economy Forum. « Il y a aujourd'hui plus de points communs entre un Africain, un Américain, un Asiatique et un Français de 25 ans qu'avec l'un de nos aînés de 55 ans ». Ajoutant : « Aujourd'hui, 50 % de la population mondiale a moins de 30 ans. Que l'on nous aime ou pas, peu importe, nos comportements deviendront la norme par le seul effet volumique… nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère où tous les modèles économiques, politiques, sociétaux, financiers et environnementaux doivent être réinventés. Kofi Annan parle de nous comme des héritiers sans héritages ».

La voilà la grande peur des politiques. La raison pour laquelle ils ne font rien pour leurs propres enfants, notre jeunesse. Ils ne comprennent pas, ne font aucun effort pour comprendre, tétanisés qu’ils sont,  par leur impossibilité à voir devant eux, par leur inaptitude à se libérer des chaines des interets particuliers, par leur incapacité à s’associer avec cette génération, « façonnée par les valeurs de transparence, de transversalité, d'ouverture, de fluidité, d'interconnexion, d'agilité... », nous dit Emmanuelle Duez. Des valeurs qu’ils ont oubliées, obnubilés par la survie de leur système fermé. (5).

 

Assignés à résistance.

Donc, ce PS, plombé par Hollande et Valls, Macron et Cambadélis, est reparti à nouveau sur les chemins de la droite, 

-en torpillant l'amendement au budget imposant aux entreprises la transparence sur les impôts payés dans les différents Etats voté précédemment par l'Assemblée,

-en continuant d’écouter les lobbies de la chimie en n’interdisant pas totalement le bisphénol A dans les jouets,

-en faisant l’impasse dans le budget 2016 sur la réforme de la fiscalité des déchets et sur la trajectoire de la taxe carbone, (6),

-en refusant d’adopter à ce jour une taxe ambitieuse sur les Transactions financières dans les négociations européennes, laquelle à été par ailleurs au cœur des négociations de la COP21,

-en tenant un double discours durant la COP21 sur la déréglementation sur l’énergie et les transports en cours de discussions secrètes dans le cadre des négociations sur les services Tisa (Trade in services agreement), comme l’a révélé WikiLeaks et Mediapart. (7)

 

Quelle chance a-t-il de rebondir ? Quelle chance nous offre-t-il comme choix progressiste à gauche ? Que peuvent en attendre les citoyens? Rien. Cécile Duflot et sa proposition d’une « coalition de transformation » n’a rien à attendre de Hollande non plus.

 

Nous sommes assignés à résistance sur l’état d’urgence climatique a écrit ATTAC après les chaines humaines du 29 novembre. Une idée à reprendre sur l’urgence politique.

 

(1) « Pour en finir avec le socialisme » Robert Laffont 2008.

 

(2)   Revue Esprit. Mars 2011.

 

(3) http://www.alterecoplus.fr/economie/le-gouvernement-bloque-en-pleine-nuit-un-outil-anti-paradis-fiscaux-201512161612-00002776.html

 

(4) https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/141215/l-offre-politique-est-effroyable-trois-propositions-pour-reenchanter-le-vot

 

(5) http://www.latribune.fr/opinions/blogs/l-oeil-des-bosons/quand-les-z-achevent-le-travail-des-y-534903.html

Et sur Youtube en direct du Forum :  https://www.youtube.com/watch?v=gkdvEg1kwnY

 

(6)  http://www.journaldelenvironnement.net/article/les-reformes-oubliees-du-projet-de-loi-de-finances-rectificative,64527

 

(7)  https://www.mediapart.fr/journal/economie/031215/energie-et-transport-malgre-la-cop21-tisa-dereglemente-tout-va?onglet=full

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