TARN/ Le procureur Dérens peut-il rester en place ?

Malgré les graves accusations que j’ai portées publiquement contre lui, malgré la plainte circonstanciée déposée contre lui par deux citoyennes tarnaises, malgré la demande faite au ministre de la Justice de saisir de son cas le Conseil supérieur de la magistrature, le procureur Dérens continue d’exercer à Albi et il était même présent à l’audience lors de « l’affaire Egidio »

J’ai relaté brièvement sur ce blog les conditions dans lesquelles le citoyen Egidio a été poursuivi par le procureur-du Tarn Dérens et relaxé par le tribunal correctionnel. Le Canard Enchaîné du 24 mai 2017 s’était fait l’écho de cette affaire de « délit d’opinel ».

Délit d’opinel ou délit d’opinion ?

Diverses questions se posaient avant le début de l’audience du 30 mai :

1- L’agent qui avait soi-disant été « outragé » par le citoyen Egidio allait-il être présent ou représenté et se constituer partie civile à l’audience pour demander des dommages et intérêts ?

2- Le procureur-du-Tarn Claude Dérens, que j’avais mis vertement en cause sur ce blog la semaine précédente, allait-il être présent ?

3- Dans ce cas, allait-il avoir l’audace de demander une peine contre le citoyen Egidio ?

La dernière question ne s’est pas posée.

Quant à la première, il aurait été certainement intéressant pour l’avocat de la défense d’interroger la partie civile pour savoir exactement ce qui s’était passé le 18 décembre 2014, quelles instructions précises avaient reçu les agents de sécurité chargés de l’accueil au tribunal et de qui. Mais l’agent ne s’est pas présenté…

Je note ici au passage (c’est le cas de le dire) qu’avec mes amis présents à l’audience du 30 mai 2017, nous avons vu ce que peut être un accueil courtois et diligent au portique du tribunal d’Albi. Chacun peut comprendre qu’il y ait des mesures de sécurité à l’accueil d’un tribunal correctionnel. Nous n’admettons pas en revanche qu’à certaines occasions, des opposants au barrage illégal de Sivens comme le citoyen Egidio aient pu être traités par avance comme des individus dangereux ou des sous-citoyens.

Pour en revenir à l’affaire Egidio, les avocats ont une fâcheuse tendance à dire qu « il n’y a rien dans le dossier » visant leur client. C’est de bonne guerre même si, en général, on peut présumer qu’il y a quelque chose… Mais là, dans le dossier Egidio, il n’y avait RIEN. Rien de rien. L’agent qui s’était senti outragé avait parlé d’une vidéo. Mais point de vidéo dans le dossier ! Qui peut croire que si cette vidéo avait été accablante pour le citoyen Egidio, elle n’aurait pas été référencée et conservée sur instructions du procureur Dérens ?

Pas moi en tout cas.

S’il n’y avait rien dans le dossier, si la « victime » ne s’est jamais constituée partie civile, comment justifier l’appel d’une telle affaire en correctionnelle ?

Ma réponse est simple :

Ce n’était pas un délit d’opinel, c’était un délit d’opinion qui était poursuivi.

Le procureur Dérens peut-il rester en fonction ?

Il se trouve que le citoyen Egidio était poursuivi par Claude Dérens, procureur-du-Tarn que j’ai mis en cause pour l’ensemble de son œuvre dans l’affaire de Sivens et tout particulièrement dans l’affaire de la Métairie Neuve.

Nonobstant les circonstances précises de la mort de Rémi Fraisse, je considère avec mes amis que c’est le comportement général des plus hautes autorités tarnaises et de l’Etat dans l’ensemble de l’affaire de Sivens qui est en cause dans ce gâchis et qu’il est important d’établir les responsabilités là où elles peuvent l’être.

N’en déplaise à tous les médias qui font silence sur l’affaire de la Métairie Neuve depuis deux années, cette affaire se trouve être la quintessence de l’affaire de Sivens :

Si des pro-barrage ont enlevé clandestinement le monument installé sur le site à la mémoire de Rémi, les plus hautes autorités du département ont rasé illégalement la Métairie, ouvertement et sous la protection des forces de l'ordre, en pure perte matérielle et financière, tout simplement parce qu’elle avait valeur de symbole d’une lutte environnementale légalement justifiée qui avait conduit à la mort d’un homme dans des conditions indéfendables. Effacer ce passé que l’on ne saurait voir. Pratiques barbares. Pratiques barbares institutionnalisées jusqu’à nouvel ordre.

Comme je détiens les preuves des délits commis à l’occasion de l’affaire de la Métairie Neuve, j’ai porté de graves accusations publiques contre le procureur Dérens que je me refuse à qualifier de procureur de la République.

Dans ces conditions, ce procureur va-t-il continuer à exercer tranquillement, à requérir des peines d’emprisonnement pour des quidams, coupables ou non des faits qui leur sont reprochés, et pire, à poursuivre abusivement des opposants politiques à des projets dénués de fondement légal, comme cela a été le cas le 30 mai 2017 ?

Cela me semble impossible. Il en va de la crédibilité de la fonction. Il en va de la crédibilité de l’institution judiciaire.

Je ne crois pas qu’une telle situation soit possible dans un autre pays d’Europe occidentale aujourd’hui.

Sous l’Ancien Régime (avant la révolution de 1789, je précise…) une telle situation eût été aussi impossible : l’un ou l’autre (lui ou moi !) aurait été derechef embastillé ou envoyé aux galères ! Et dans la République française de 2017, ce serait possible de mettre en cause de la sorte un procureur sans que rien ne bouge dans des rangs d’oignons ?

Le procureur Dérens DOIT me citer en justice pour les graves accusations que je porte contre lui, s’il est capable de les contester.

Sinon, le procureur Dérens doit en tirer les conséquences si sa hiérarchie hésite à le faire pour lui, à moins qu’il ne pense profiter du silence des médias dans cette affaire, comme l’ont fait jusqu’à présent le président/sénateur Carcenac et le préfet Gentilhomme.

Les affaires Dérens et Egidio et le silence des médias

En juin/juillet/aout 2015, époque où j’ai mis publiquement en cause le préfet Gentilhomme dans la même affaire, nous avions informé des faits le président Hollande et le ministre Cazeneuve, le citoyen Egidio de son côté et moi d’un autre. Nous avons les preuves de cette information et un document officiel que j’ai publié en témoigne.

Mes mises en cause publiques sont ici :

http://blogs.mediapart.fr/blog/bernard-viguie/050915/tarn-le-prefet-la-constitution-et-le-paillasson

http://blogs.mediapart.fr/blog/bernard-viguie/130715/tarn-le-prefet-gentilhomme-peut-il-rester-en-place

http://blogs.mediapart.fr/blog/bernard-viguie/040715/tarn-jaccuse-le-prefet-thierry-gentilhomme

Les médias ayant fait silence sur l’affaire, le préfet Gentilhomme est resté tranquillement en place plus d’une année après les faits délictuels ! J’en déduis que Bernard Cazeneuve, toujours prompt à donner des leçons de responsabilité, et le président Hollande, ont couvert ce qui s’est passé entre le 28 mai 2015 et le 2 juin 2015 à Sivens. Je précise qu'il était aisé pour Cazeneuve de couvrir son exécuteur des basses oeuvres sur Sivens s'il savait que Dérens était dans le coup et qu'il allait classer l'affaire sans suite !

Le procureur Dérens va-t-il aussi profiter du silence des médias sur cette affaire ? Va-t-il continuer à requérir des peines devant le tribunal d’Albi (ou son prochain lieu de nomination) comme si de rien n’était ? Alors que tout le Landerneau albigeois sait que je l'ai mis en cause sur des fondements précis ?

A l’heure où j’écris ces lignes, aucun media n’a parlé de la relaxe du citoyen Egidio le 30 mai alors que la salle du tribunal était pleine. Je suis seul référencé sur google pour avoir évoqué cette affaire.

J’ai essayé par 3 fois de faire passer par l’AFP l’info selon laquelle une plainte circonstanciée avait été déposée le 22 mai 2017 contre le procureur Dérens. Info aisément vérifiable. Sauf erreur de ma part, ce n’est pas passé.

Sommes nous en France ou chez les illuminatis ?

Payons nous avec mes amis le fait que nous soyons de simples citoyens libres, comme je le revendique sur mon blog, inféodés à aucun parti ou groupe de pression ?

Je détiens les preuves formelles des délits commis dans l’affaire de la Métairie Neuve par les plus hautes autorités tarnaises.

Je les tiens à disposition de tout journaliste d’investigation qui se respecte.

Je reconnais qu’il est plus facile de parler des frasques de Cyril Hanouna ou, comme s'il s'agissait d'un acte politique, de la dégradation de la tombe du général de Gaulle par un individu vraisemblablement dérangé mais certainement alcoolisé (qui venait de voler des bonbons). Plus facile que d’étudier un dossier circonstancié de 200 pages. Mais la France doit elle cultiver le simplisme, se repaître des activités des people et baigner dans la civilisation du tweet et du trop-long-pas-lu que je dénonce souvent sur Mediapart ?

En l’état, j’en appelle à tous mes lecteurs attachés aux principes républicains.

Y-a-t-il quelque chose de plus grave, pour l’esprit de la République et pour « l’Esprit des Lois » qu’un magistrat qui se croit au dessus des lois et qui commet lui-même des délits caractérisés ?

J’en appelle à mes lecteurs ! Je les remercie de diffuser ce billet comme ils le peuvent, partout où ils le peuvent (à leurs amis, à leur candidat, à leur avocat et aux journaux auxquels ils sont abonnés…)

Pour que se lève le voile du silence et de la désinformation.

Pour qu’une part de justice puisse enfin rendue dans l’affaire de Sivens.

Merci à vous, citoyens !

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