La justice, la magistrature française et l'honneur

Ancien président de la chambre criminelle de la cour de cassation, Didier Guérin est un membre éminent du Conseil supérieur de la magistrature. J’ai mis vertement, gravement et publiquement en cause Didier Guérin le 25 juin et le 2 juillet 2020. J’ai diffusé moi-même ces billets au ministère de la Justice et à diverses autorités.

Nous sommes aujourd’hui le 16 octobre 2020.

Alors qu’un magistrat occupant d’aussi hautes fonctions A LE DEVOIR de défendre son honneur ou de le faire défendre par son ministre, et que le ministre AVAIT LE DEVOIR de défendre Didier Guérin si mes accusations publiques étaient infondées (comme je l'ai expliqué dans mon billet du 25 juin 2020), aucun des deux n’a saisi la justice pour défendre son honneur dans le délai de 3 mois imposé par la loi sur la liberté de la presse pour le faire.

Car il en va de l'honneur de Didier Guérin et de l'honneur de la justice française.

Lorsqu’il était à la chambre criminelle, Didier Guérin a statué sur 350 affaires de diffamation (dont plusieurs affaires concernant Mediapart). Je le considère donc comme un des grands spécialistes français en la matière.

S’il avait quelque honneur à défendre, si j’avais raconté n’importe quoi sur ce blog, Didier Guérin avait tous les moyens, techniques, financiers et administratifs (par le système de la protection fonctionnelle évoqué dans mon premier billet le mettant en cause) pour me faire rendre gorge illico presto en saisissant la justice.

Comme je connais un peu le droit de la presse, j’attendais très sereinement qu’il le fasse mais je constate qu’il ne l’a pas fait, pas plus que ne l’ont fait en leur temps le procureur Dérens ou Thierry Carcenac que j’ai mis vertement en cause dans l’affaire de Sivens et qui ont bien compris aussi que leur seule chance, c’était l’omerta sur de telles infamies et sur de telles violations de nos grands principes républicains.

Didier Guérin va-t-il s’en tirer comme ça, alors qu’il a commis, dans le cadre de ses fonctions, un magnifique délit d’abus d’autorité dirigé contre l'administration, délit aggravé passible de 10 années d’emprisonnement, délit qui est très loin d’être prescrit ? 

deux poids, deux mesures ?

Les présidentes des deux principaux syndicats de magistrats français viennent de saisir des commissaires européens de « graves atteintes à l’indépendance de la justice en France », mettant en cause le ministre de la justice actuel qui aurait, selon ces magistrats, porté "une atteinte majeure à l’indépendance du parquet".

Or, l'affaire que je dénonce preuves à l'appui sur ce blog est d'une gravité toute autre... Au point qu'elle est d'ailleurs sans précédent dans l'histoire de la magistrature et de la justice française : jamais, en effet, on n'a vu à ma connaissance un procureur délinquant être couvert par autant de magistrats français, jusqu'au plus haut niveau des deux ordres de juridiction, au mépris de toutes les règles de droit et de déontologie.

Cette affaire va-t-elle rester encore longtemps sous le boisseau ?

L'Histoire le dira, et peut être bientôt

 

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