Le tocsin sonne à 120 kilomètres de Paris

Le tocsin sonne à 120 kilomètres de Paris et que fait la rédaction de Mediapart ? Rien. Venez donc voir comment vit et s’apprête à mourir la commune Saint-Nicaise sous les coups d’une municipalité socialiste.

Venez donc voir comment vit et s’apprête à mourir la commune Saint-Nicaise sous les coups d’une municipalité socialiste. Venez voir pour témoigner, pour qu’on se souvienne.

Vue de l'intérieur de l'église Saint-Nicaise, face au chœur flamboyant, depuis le buffet d'orgue de la nef du XXe siècle. © Rouen dans la rue - Nuit Debout-Rouen Vue de l'intérieur de l'église Saint-Nicaise, face au chœur flamboyant, depuis le buffet d'orgue de la nef du XXe siècle. © Rouen dans la rue - Nuit Debout-Rouen

Je sais bien que Mediapart ne peut couvrir tout un territoire en ébullition, mais cette initiative-là de Nuit Debout-Rouen est particulièrement originale et inspirante. Comment se fait-il qu’aucun reporter de Mediapart ne soit monté au front ? Faudra-t-il que les forces de l’ordre donnent l’assaut à un « immeuble protégé » du patrimoine rouennais, l’ancienne église des pauvres, pour voir rappliquer, un peu tard, quand Marianne pissera le sang, que le mal ne pourra plus être conjuré, micros, caméras et blocs-notes ? Combien faudra-t-il de traumatisés, d’estropiés et de borgnes dans une jeunesse française interdite d’avenir mais encore éperdue de rêves avant que le peuple entier, toutes générations confondues, ne fasse barrage aux milices féroces d’une caste aux abois ? Si le 49.3 emblématise un déni de démocratie qui se vit partout et à tous les étages de la pyramide branlante de nos institutions, l’arrêté d’expulsion émis à l’encontre des Nuitdeboutistes de Saint-Nicaise vire au déni de justice, comme l’atteste le déroulé de la journée du jeudi 12 mai, tel que rapporté par les communard(e)s sur leur page Facebook (voir ici) :

« Bilan du jugement de ce matin :

Le procès portant sur l'occupation de l'église, appartenant à la mairie, sera "Non nominatif". Cette procédure permettant une évacuation en urgence, étant donné que personne, selon le tribunal, n'a souhaité donner son nom pour revendiquer l'habitation du lieu.

La réalité est pourtant tout autre :

Après une journée entière d'attente de l'huissier hier, jeudi 12 mai, précisément pour donner les noms des occupants, personne ne s'est présenté (premier biais dans la procédure).

Les militants ont cependant pu avoir l'information du passage devant le juge du dossier "Commune Saint-Nicaise". Forts de cette information, les occupants se sont présentés ce matin au tribunal administratif pour donner leurs noms et demander un report afin de pouvoir préparer la défense, notamment avec les avocats soutenant la Commune. Demande refusée (deuxième biais ?) !

Enfin, ce premier procès ne portant que sur l'église appartenant à la mairie, le bâtiment attenant et la cour ne sont pas concernés par l'avis d'expulsion. Cependant, on peut craindre une évacuation aveugle de l'ensemble de la Commune (troisième biais ?) »

Comment ne pas crier à l’injustice quand les communard(e)s rouennais(e)s, bénévolement, ont fait précisément ce que la municipalité aurait dû faire depuis longtemps, à savoir nettoyer et sécuriser un monument religieux unique en son genre, qui renferme encore des trésors insoupçonnés non répertoriés et sert d’entrepôt à des verrières classées d’autres églises en attente de remontage ? Comment ne pas crier à l’injustice quand les communard(e)s rouennais(e)s, par leur occupation, ont permis de faire un état des lieux et des biens attestant de négligences coupables ? Comment ne pas crier à l’injustice quand les communard(e)s rouennais(e)s, en posant des serrures aux différents accès, empêchent les collégiens de l’établissement voisin de s’exposer aux périls au nom desquels l’arrêté d’expulsion a été émis et les pilleurs d’objets d’art de se servir ? Comment ne pas crier à l’injustice quand les communard(e)s rouennais(e)s, dans un bouillonnement d’idées et d’initiatives, ont rouvert un débat verrouillé par un maire assez infatué de lui-même pour répondre aux citoyen(ne)s qui l’interpellent en conseil municipal : « Je fais ce que je veux » ?

N’y a-t-il donc personne pour prêter à cette commune nouveau-née une assistance juridique digne de ce nom ? Personne pour s’interposer lorsque les Versaillais du cru enfonceront ses portes et y apporteront le désordre sous couvert d’ordre ? Personne, en dehors des soutiens de principe, pour la protéger contre une machine policière et judiciaire qui, comptant davantage sur l’intimidation que sur la loi, sert un terrorisme d’État, symétrique dans ses œuvres et dans sa phraséologie des terrorismes qu’il prétend combattre en notre nom ?

Que font les ténors du barreau investis dans les grandes causes ? Ils passent à côté des petites, dont la somme fait les grandes. Que font les conservateurs du patrimoine ? De la politique d’antichambre. Que font les autorités religieuses ? Leur examen de conscience. Que fait le conseil de quartier ? Il consulte ses statuts et voit qu’il est muselé. Que font les associations locales ? Elles frissonnent dès qu’une brise printanière les approche. Et nous, que faisons-nous ?

Le compte à rebours a commencé. Expulsion attendue pour mardi ou mercredi, attendue et redoutée. Les CRS enfonceront les portes d’une église enfin protégée, dans un renversement de perspective qui devrait faire honte aux commanditaires d’une telle action, puisque le vrai péril viendra d’une intervention de la police.

Pour mémoire, ce sanctuaire ne fut violé qu’une seule fois dans son histoire, en 1562, par les protestants, dont l’iconoclasme a laissé des traces partout dans la ville. La municipalité radicale, surmontant son anticléricalisme, l’avait reconstruit après l’incendie de 1934 ; la municipalité socialiste y envoie la troupe.

Anathème civique sur le maire Yvon Robert ? Tout dépendra de lespace de manœuvre quil voudra bien concéder à celles et ceux qui font. L’ecclesia, qu’elle soit religieuse ou laïque, reste l’ecclesia. Cest une place à défendre, mais comme forteresse ouverte.

 

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DERNIÈRES NOUVELLES : Fin de l'aventure de la Commune Saint-Nicaise, du moins sur son lieu physique. Elle redevient utopie au sens propre. Il vient d'être procédé, ce lundi 6 juin 2016, à 8 H 30, à l'expulsion des sept occupants pacifiques qui s'y trouvaient et qui ont été relâchés peu après car rien ne pouvait être retenu contre eux, pas même un micro-gramme de haschich. Déploiement d'une armada disproportionnée, de l'aveu même des policiers présents. Aucune violence à déplorer (préfète intelligente). Les services municipaux, brusquement réapparus, sous la garde bon enfant de quelques CRS, "font le ménage". Applaudissez, braves gens, spectateurs et instruments passifs du désenchantement, et place aux jeux du cirque ! 

 

 

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