Greta Thunberg: une leçon de présence et d’attention au monde

La jeune militante suédoise souffre, dit-on, du syndrome d’Asperger, rangé dans le spectre autistique. Si cette souffrance-là vous conscientise comme elle conscientise une partie de la jeunesse mondiale, alors il serait peut-être temps de cesser de qualifier nos dirigeants d’autistes. Ils sont juste criminels et stupides.

Greta Thunberg est devenue une manière d’Érinye poursuivant de ses larmes et alarmes une oligarchie dirigeante indécrottable sur son terrain, celui des grands raouts dispendieux autant qu’inutiles. Protectrice volontaire d’un monde en péril, elle est intraitable avec cet Olympe de jouisseurs sans entraves qui le pillent avant de passer à la planète suivante. Lorsqu’un engagement confine à la dimension allégorique et même apologétique, qu’il parle et enseigne universellement, il joue le rôle salutaire et libérateur d’un bas-les-masques.

Crime irrémissible pour les cyniques et les cinoques qui nous gouvernent. Voilà l’égérie lardée de tous côtés de banderilles infamantes, le mépris succédant à la curiosité condescendante. Ce n’est qu’une enfant. Qu’elle retourne donc sur les bancs de l’école ! Des intellectuels et des ministres jaloux d’une aura claire qu’ils n’ont jamais su mériter, trop occupés qu’ils sont à fouir la fange démagogique, l’accusent d’outrepasser les bornes de son âge et de sa condition, des docteurs ès logorrhées médiatiques la suspectent d’être instrumentalisée et chaperonnée par quelques oligarques un peu moins court-termistes qu’à l’ordinaire et un quarteron de lobbyistes verdâtres.

Combien cette adolescente leur est infiniment supérieure en tout, et cela se voit, s’entend de manière éclatante ! Chaque accusation rebondit sur elle et se retourne contre celui ou celle qui la profère. Son combat opiniâtre depuis le début de sa grève de l’école dénonce les déclarations d’intention non suivies d’effets des grands gesticulateurs de la cause écologique ; sa maîtrise de l’anglais et la solidité de son argumentaire achèvent de déconsidérer les bafouillis en globish de nos énarques ; sa prudence et son humilité face à une discipline scientifique ardue et en pleine révolution, la climatologie, lui font prendre conseil des scientifiques avant toute déclaration solennelle, ce qui la rend infiniment plus crédible que la plupart de nos experts dans la science du doigt mouillé et des frénétiques du tweet inconséquent, qui la jugent sans même s’être donné la peine de lire et de se faire expliquer les modélisations du Club de Rome et les rapports successifs du GIEC ; son émotion sincère, enfin, accuse l’hypocrisie des sociopathes encravatés qui l’écoutent, l’applaudissent parfois, la daubent ensuite d’importance, et nous servent la grimace de leur conversion à une écologie en plastique.

Que cette leçon de force de caractère, d’empathie et de lucidité vienne d’une « enfant­ » renvoie à leur mesquinerie morveuse et à leurs pugilats de cour de récréation tous ces grands immatures qui règnent par la petitesse et le caprice, en plus d’apporter la preuve qu’ils ne nous seront d’aucune utilité pour nous tirer de l’ornière où nous nous enfonçons collectivement.

Merci Greta ! Qui t’accable s’accable.

Dissonance cognitive. © Silex Dissonance cognitive. © Silex
  

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