Note de veille sur l'église Saint-Nicaise

Parfaite illustration de l'effet boomerang des décisions ineptes. On peut se demander s'il n'y a pas du côté de la municipalité de Rouen une volonté inavouée de provoquer le pire à force d'atermoiements et de demi-mesures. L'église Saint-Nicaise n'est visiblement pas encore assez dégradée à son goût pour justifier un déclassement patrimonial.

Presbytère de Saint-Nicaise après intervention des techniciens municipaux © L.A-M Presbytère de Saint-Nicaise après intervention des techniciens municipaux © L.A-M

On peut se demander s'il n'y a pas du côté de la municipalité de Rouen une volonté inavouée de provoquer le pire à force d'atermoiements et de demi-mesures. L'église Saint-Nicaise n'est visiblement pas encore assez dégradée à son goût pour justifier un déclassement patrimonial.

Hier, 30 août 2016, un peu moins de trois mois après l'expulsion fracassante des Communards de Saint-Nicaise sur ordre de la préfète, la police a procédé à une nouvelle expulsion, cette fois de squatteurs plus proches de vandales que d'occupants politiques. Ce qui était à craindre depuis l'évacuation du 6 juin dernier est finalement advenu. Les lieux ont été saccagés, du moins le local de l'aumônerie et celui de la sacristie attenante à l'église, où se trouvait tout l'électroménager permettant le fonctionnement de la soupe populaire (frigos renversés, nourriture éparpillée, vitres brisées). L'intérieur de l'église proprement dite n'a pas trop souffert, selon les policiers municipaux présents. Un agent municipal effectuait ce matin un récolement des meubles et objets du culte, d'après l'inventaire existant, tandis que d'autres s'affairaient aux deux entrées du clos du presbytère, rue des Requis et rue Saint-Nicaise (porte déjà murée en juin), pour en renforcer les "défenses". Les arbres débordant par-dessus le mur du presbytère, rue Saint-Nicaise, sont en cours d'élagage, car il est prévu de rehausser la crête d'une palissade.

Triste ironie de l'histoire, un superviseur technique de la municipalité, appuyé d'un hochement de tête par plusieurs agents, a reconnu que les Communards avaient fait du bon boulot et avaient protégé les lieux, qu'il aurait mieux valu parvenir à un accord avec eux pour maintenir une présence humaine équivalant à un gardiennage. Il a ajouté à demi-mots que Saint-Nicaise pâtissait du jeu de la "patate chaude" entre la préfecture et la municipalité. Interrogé par moi, un policier a dû concéder que dans cette affaire, faute de décisions cohérentes, il n'y aurait jamais que des actions palliatives. 

Pour ma part, je constate que sous couvert de rétablissement de l'ordre et de l'autorité, le désordre et la gabegie qui ont suivi l'emmurement partiel des dépendances de l'église ont réduit quasi à néant l'action positive de la Commune Saint-Nicaise. La porte et les ouvertures murées du presbytère, côté rue Saint-Nicaise, produisaient déjà une impression sinistre. Les frondaisons dégarnies des arbres et la palissade achèveront d'enlaidir les alentours d'un édifice qui, assurément, ne méritait pas cela.

Le maire PS de Rouen, Yvon Robert, a tout fait pour ne pas saisir la main tendue des Communards et des riverains quand il était encore possible de conjoindre les énergies autour d'un projet de reconversion. Lui qui n'avait que le mot "argent" à la bouche, voilà qu'il gaspille celui de ses contribuables à réparer ses erreurs (graves) d'appréciation.

L'alliance de l'autoritarisme et de la rustine. Cela ne vous rappelle pas quelqu'un, avec un léger changement d'échelle ?   

     

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