Pas d'accord avec la ligne éditoriale (de ce site)

vous me direz: on en a rien à faire. Et vous aurez raison. Ou bien “moi non plus” mais les conséquences seront les mêmes. Le commandant suit le cap prescrit par la compagnie en dépit des turbulences prévues. Mais qui commande au fait ?

Les habitués connaissent les critiques dont ne sont pas avares les commentateurs de ce site qui a le mérite de sa modération a posteriori. Elles tournent autour de l'insistance parfois lourde sur des sujets essentiellement sociétaux comme metoo et le féminisme, le sort des migrants et la défense des musulmans ou bien politiques comme les projecteurs braqués sur le RN (un peu moins depuis le buzz Zemmour) au détriment d'autres. Et là chacun y va de sa marotte: tel parti ignoré (UPR) ou maltraité (LFI), Julian Assange/wikileaks, démocratie directe, animalisme, décroissance, permaculture... Il serait fastidieux et vain de recenser tous les thèmes traités et leur poids respectif ici mais s'il en faut pour tous les goûts et toutes les couleurs, qu'est-ce qui détermine les choix rédactionnels?

On le sait, ils ne sont pas innocents et vu l'audience de ce journal et sa place dans le panorama médiatique français, ils ont des effets considérables sur l'opinion publique malmenée de toutes parts car manipulée. Les déclarations de principe sont connues de tous et se résument à l'indépendance brandie comme étendard déontologique (voir ici p.ex). Mais si les chantages aux petites et grandes annonces sont écartés par la louable absence de publicité ainsi que la censure insidieuse de propriétaires potentats, il n'en va pas de même pour la servitude au chiffre d'affaire: inscrite dans l'ADN de tout agent économique, la croissance dont dépend la prospérité du personnel de l'entreprise ne déterminerait-elle pas en partie ces choix, donnant raison aux méchantes plumes qui accusent Mediapart de mercantilisme ? Certains indices tendent il est vrai à démontrer le contraire: la défense des croyants musulmans ou le refus d'inféodation au principal parti de gauche, faits d'armes ayant valu à ce site bien des désabonnements. D'autres par contre laissent à penser que ce journal caresse dans le sens des poils ses lecteurs dont il ne nie pas sa dépendance ( “seuls les lecteurs peuvent nous acheter" :-) comme la prodigalité d'articles polémiques sur le voile et la laïcité qui passionnent les foules ou sur les mœurs et la violence familiale (nous parlerons de moraline une autre fois).

Un consensus certain se dégage bien autour du rejet du néolibéralisme malgré les luttes de chapelles qu'il renferme inévitablement mais une des accusations lancinantes est celle de l'atlantisme attribué à ce journal: traitement impitoyable des régimes s'opposant à Washington sans circonstances atténuantes, pincettes et discrétion dans le cas Assange pourtant emblématique de la cause des lanceurs d'alerte si ardemment défendue par Mediapart ou absence de curiosité pour les engagements militaires au proche-orient sous la tutelle étasunienne. De même l'Europe sous le prisme de Ludovic Lamant ne s'en sort-elle qu'avec des égratignures mais les commentateurs se déchaînent ensuite dans les fils de discussion pour en faire le monstre néolibéral brexitien source de tous nos malheurs. On pourrait poursuivre cette liste évidente aux yeux de beaucoup d'abonnés de longue date qui ont fait le deuil de leurs espoirs déçus. Alors pourquoi ces choix ?

Une conception dilettante du journalisme comme celle de l'auteur de ces lignes attribue à ce métier une déontologie qui tenterait de refuser toute tentative de manipulation du lecteur supposé majeur, vacciné et peut-être baptisé mais on s'en moque. Cette conception ingénue de la poursuite illusoire d'une neutralité utopique lui a été maintes fois reprochée par ses coblogueurs qui estiment que les parti-pris sont une façon honnête d'afficher ses convictions dans la tourmente du buzz. Ne vaut-il pas mieux dans ce cas aller picoter gratuitement les buzz tweetés de ci de là dans l'egosphére des réseaux sociaux ? Sciences dures contre sciences molles (formation recommandée ici), l'objectivité sort mieux lotie bien sûr dans la première catégorie mais le journalisme décidément s'accroche au positivisme en se pinçant le nez puisqu'il ne renie pas la subjectivité. La Vérité dans tout ça...

Il y a bien longtemps un blogueur notoire dénonçait la “pensée formatée” qui selon lui prévalait ici. Qui décide du formatage ? L'actualité ne suit pas un scénario pré-rédigé et nous nous y adaptons tous, mais quelles sont les circonstances et quels sont les mobiles qui orientent les projecteurs vers un sujet plutôt que l'autre ? Ce secret est jalousement gardé par les décideurs surtout et les décideuses s'il y en a.

Nous comptons sur la modération, porte-parole de la rédaction, pour fournir quelques éléments de réponse à la question liminaire ;-)

 

ADDENDUM : non pas des éléments de réponse mais une prise de position argumentée et claire a été apportée par Stéphane Alliès ici pour laquelle nous le remercions.

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