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Billet de blog 6 novembre 2025

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BRÉSIL■«Normalisant la terreur»

Pour le philosophe et pianiste VLADIMIR SAFATLE et le député fédéral TARCISIO MOTTA (PSOL, gauche de la gauche), «la politique qui attend les Brésiliens repose sur la désensibilisation des masses par la peur, qui engendre la rage, qui se transforme en haine» tandis que «la visite d'autres gouverneurs d'extrême droite à Rio de Janeiro n'est que le signe que la formule sera répétée.»

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Illustration 1
© DR

Jeudi dernier, le 29 octobre, entre les corps décapités, mutilés, poignardés et défigurés par des tirs de fusil, la place São Lucas, dans l'ensemble de favelas  "Complexe da Penha", s'est transformée en morgue à ciel ouvert. Des dizaines de cadavres étendus sur le sol ont fait de la mort une tribune électorale pour le gouverneur le plus discrédité du pays, désespéré par la nécessité de regagner sa popularité perdue et d'obtenir un siège au Sénat lors des prochaines élections, car il doit continuer à se protéger de l'enquête sur les scandales de corruption qui le poursuivent depuis des années.

À ce jour, 117 personnes sont mortes sans histoire, sans visage, sans famille, sans indignation, sans émotion. Juste un numéro, comme ceux qui comptabilisent les objets perdus. Ce sont des Brésiliens soumis à l'invisibilité de générations. Ce sont les Brésiliens qui, pour certains, ne méritent pas de larmes. Il est effrayant que ce silence et cette désensibilisation règnent encore aujourd'hui.

Parmi les morts identifiés, 20 n'avaient aucun antécédent judiciaire ni casier judiciaire, 7 n'avaient pas non plus d'antécédents criminels, mais sont désormais accusés d'implication dans le trafic de drogue (simplement pour des publications sur les réseaux sociaux), et 3 avaient de simples notes d'infractions lorsqu'ils étaient mineurs. Selon le secrétaire d'Etat à la Sécurité publique de Rio de Janeiro lui-même [Victor Santos], il s'agissait de « personnes qui passaient inaperçues aux yeux de la police ». 
 
Dans quel monde une opération policière qui tue 30 personnes qui « passaient inaperçues » peut-elle être qualifiée de « réussie » ? Qu'est-ce que cela montre réellement, si ce n'est que ces vies ne comptent pas, qu'elles n'ont aucune valeur ? En d'autres termes, le « crime » qu'elles ont commis était d'être noires, de vivre dans une favela et de se trouver sur la trajectoire des balles de la police.
 
Nous voulons connaître l'histoire de tous les morts, de leurs familles et de leurs rêves brisés. Il existe un devoir de deuil qui fonde le lien social et qui est inconditionnel. Personne ne peut être complice de cette déshumanisation macabre. De nombreux corps présentent des blessures par balle à la nuque, ce qui signifie qu'ils ont été exécutés. Mais personne n'a donné le droit à la police d'exécuter qui que ce soit. Une police qui exécute n'est rien d'autre qu'une organisation criminelle et n'a pas sa place dans une société démocratique.
 
Ce à quoi nous assistons à Rio de Janeiro est le reflet de ce qui nous attend. Cette politique repose sur la désensibilisation des masses par la peur, qui engendre la colère, qui se transforme en haine. Les gouvernements des États, incapables de résoudre le moindre problème dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'écologie et de l'emploi, mobilisent leurs troupes en tirant sur la population, en criant « ou tu te soumets ou tu disparais », comme s'ils étaient des généraux dans une guerre civile. La visite d'autres gouverneurs d'extrême droite à Rio de Janeiro, au lendemain du massacre, n'est qu'un signe que la formule sera répétée pour sauver d'autres dirigeants de leur propre incompétence.
  
Le Brésil est le nom d'une forme de violence. Un projet de normalisation de la terreur construit sur la base du génocide, de l'extermination et des massacres. De l'idéologie des « classes dangereuses » au discours « un bon bandit est un bandit mort », ce pays a toujours été un laboratoire du fascisme. Ceux qui pensent qu'il s'agit là de bavardages d'universitaires devraient se rappeler que le Brésil était, dans les années 1930, le pays qui comptait le plus grand parti fasciste hors d'Europe, avec 1,2 million de membres : l'Ação Integralista Brasileira, fondée par Plínio Salgado en 1932. Ces personnes n'ont pas disparu. Leurs idées sont restées vivantes et vibrantes. Et la fascination populaire pour le bolsonarisme en est la preuve la plus flagrante.
 
Ce que [le gouverneur] Cláudio Castro a fait n'était pas une « opération policière », mais simplement un crime barbare qui n'apportera aucune sécurité à l'État [de Rio de Janeiro]. Et il le sait bien. De tels massacres n'ont jamais rien résolu au cours des cent dernières années et continueront à ne rien résoudre au cours des cent prochaines années.

Au final, la dernière victime est le Brésil lui-même. Un pays dont les gouverneurs, devant une montagne de plus de cent morts, affirment « les seules victimes sont les [quatre] policiers », revient aux pires moments de la dictature militaire, avec ses escadrons de la mort, ses escadrons Le Cocq et ses policiers corrompus.

Nous sommes aujourd'hui pris d'assaut par des dirigeants qui cherchent à faire oublier à la population qu'ils sont complètement impuissants face aux crises économiques, sociales et écologiques qui nous frappent. Des dirigeants qui cachent leur impuissance derrière la puissance lâche des carnages exposés sur nos places publiques.
 

Vladimir SAFATLE
Tarcisio MOTTA

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