Le Club de Médiapart dans le viseur de France Inter

Ce matin, aux alentours de 9 heures, Sonia Devillers, chroniqueuse à France Inter, prend le mors aux dents en ciblant un blogueur auteur d’un billet qui a conduit le ministre de l’Intérieur à déposer une plainte contre lui sans avoir, préalablement, demandé au journal de le dépublier.

Ce matin, aux alentours de 9 heures, Sonia Devillers, chroniqueuse à France Inter, prend le mors aux dents en ciblant un blogueur auteur d’un billet qui a conduit le ministre de l’Intérieur à déposer une plainte contre lui sans avoir, préalablement, demandé au journal de le dépublier.

Edwy Plenel en a parlé dans un billet publié hier « À nos lecteurs ».

Le titre de la chronique d’abord « Médiapart, dernier média défenseur des blogs » : derrière le blog incriminé c’est donc Médiapart qui est visé, les choses sont claires ; Médiapart, à peine pubère, est déjà fossilisé, en tout cas très en retard par rapport à certains de ses confrères que la chroniqueuse se fait un plaisir de citer « Libération vient de fermer ses blogs. Idem Le Monde, L’Obs et L’Express. 

Quoiqu'il en soit, ça sent le sapin pour Médiapart...il faudrait donc éliminer les blogs. Et Médiapart, ce dinosaure, à l'occasion.

Ecoutons Sonia Devillers :

« La note visée par Gérald Darmanin est titrée " Exécution sommaire du suspect: nouvelle norme en matière de terrorisme ? ". Elle est publiée sur un blog intitulé « Hors les murs », tenu par un auteur sous pseudo qui compte en tout, quatre billets étalés sur cinq années, et douze abonnés. Autant dire que dalle. »

C’est son introduction, le ton est méprisant, les mots sont empreints d’une incontestable vulgarité, la trivialité du propos est révélatrice d’une allergie corporatiste mal contrôlée comme on pourra le constater plus loin.

Elle se range du côté du ministre de l’Intérieur sans le dire vraiment.

« Le blogueur s’est fendu d’une mise au point, reconnaissant après coup que sa qualification de la « barbarie policière » était 1 : une erreur, 2 : inappropriée, 3 : maladroite. Un champion, donc. »

Le blogueur en question dont je ne prends pas, ici, la défense, est un « champion » dans son genre…difficile d’aller plus loin dans le mépris.

Arrive enfin ce que nous pressentions, l’allergie corporatiste dont Sonia Devillers semble atteinte : « Sommes-nous tous journalistes ? Journalistes et non-journalistes se valent-ils ? Avons-nous encore besoin des journalistes ? » s’interroge-t-elle gravement, manifestement très inquiète par cette concurrence déloyale autant que sauvage de blogueurs et de blogueuses dont elle dit, par ailleurs, que leur diffusion, leur résonance est proche de zéro, car ce sont tous et toutes des zéros pointés si les mots, les siens, ont un sens.

Madame, c’est trop d’honneur que vous nous faites !

Nous ne méritons pas un tel intérêt.

Non, rassurez-vous, Sonia, nous ne sommes pas journalistes, vous n’avez donc rien à craindre de ce côté-là, les blogueurs expriment leurs opinions librement, spontanément, parfois maladroitement, gratuitement, en toute indépendance et sans aucune espèce de censure, pas même celle de la rédaction de Médiapart, c’est ce qui nous différencie, je crois.

Certains ont du talent, d’autres moins, c’est ce qui nous rapproche…

Oui, madame, nous avons besoin de journalistes, de bons journalistes libres et indépendants, si vous m’y autorisez.

Les « non-journalistes » que nous sommes, des sous-hommes, ont vocation à le rester, nous sommes les torchons, vous êtes la serviette, chacun à sa place !

Le mépris et la vulgarité, mais pas que…qu’on en juge par cette conclusion :

« D’un point de vue philosophique, Mediapart clame la liberté d’expression. Et, de fait, pourquoi laisser à l’Internet américain le monopole de nos opinions ? D’un point de vue pratique, le site ne pourrait pas vérifier les 2000 notes publiées chaque mois. D’un point de vue juridique, Mediapart a bétonné son statut. Mais d’un point de vue moral, sachant contre quoi on lutte sur le Web et les comptes qu’on demande désormais à tous ses acteurs, cette position est-elle encore tenable ? »  

La liberté d’expression, un point de vue philosophique ? Ou un droit tel qu’il est précisé dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dans ses articles 10 et 11 ?

Charly Hebdo, Samuel Paty et bien d’autres, on pourrait citer aussi Emmanuel Macron dans son discours-hommage rendu hier soir au professeur assassiné, ont le droit, ou le devoir, de revendiquer leur droit à la liberté d’expression, le droit aux blasphèmes, mais pas ce « petit » blogueur qui sort de nulle part, qui n’est même pas journaliste, un moins que rien.

À cause du contexte, ce blogueur devient l’exception républicaine, sa liberté d’expression lui est contestée.

Sonia Devillers est devenue militante d’une République à géométrie variable, d’une liberté d’expression à géométrie variable, il y a ceux qui sont du bon côté, elle, et les autres, c’est son « point de vue philosophique » qui n’a, en vérité, que de très lointains rapports avec le droit.

Elle n'en n'est pas à son premier coup d'essai, elle avait rédigé une chronique intitulée Le débat, nouveau tribunal de la pensée : « le débat est le lieu d'une fausse promesse, pire, le lieu d'une dangereuse illusion...» elle y expliquait que Zemmour ne posait pas de problèmes particuliers, elle préconisait qu'il ne fallait pas le mélanger avec d'autres chroniqueurs. Tout simplement.

Bis repetita placent.

Le simple fait d’être journaliste la placerait donc du bon côté. À voir …

Elle a le droit … indiscutablement !

Passons, la journaliste n’est pas à une contradiction prête, le plus grave est cette phrase que nous répétons, car elle est révélatrice d’un état d’esprit qui n’en finit plus de gangréner les rédactions : « Mais d’un point de vue moral, sachant contre quoi on lutte sur le Web et les comptes qu’on demande désormais à tous ses acteurs, cette position est-elle encore tenable ? »

Ce malheureux blogueur et Médiapart en sa qualité d’hébergeur se rendraient donc coupables d’une complicité plus au moins active avec le terrorisme, complices des frères Kouachi, complices des coupeurs de têtes ?

On retrouve, ici ou là, cette suspicion, Edwy Plenel, impénitent islamo-gauchiste, en fait régulièrement les frais, mais il sait comment faire face, ce qui n’est peut-être pas le cas de ce blogueur qui n’en demandait pas tant, on le sent débordé par les évènements, on peut le comprendre.

Tout est dit : le Grand Amalgame peut commencer, sans nuance, sans recul, sans analyse rigoureuse, certaines questions, certaines interrogations n’ont plus leur place dans le débat public, la dictature de l’émotion nous impose sa loi : se taire !

Laissons donc Darmanin traquer les islamistes politiques dans les rayons de cuisine communautaire des hypermarchés.

Cette approche manichéenne dont Sonia Devillers se fait (bêtement) l’écho est porteur de tous les dangers, de tous les excès.

Mais elle a l’immense mérite de placer Médiapart au-dessus de la mêlée, « Et s’il n’en reste plus qu’un, je serai celui-là » !

C’est de Victor Hugo, pas de Plenel, Sonia.

Précisons que le contenu de ce billet n'engage pas la rédaction de Médiapart, il est le simple reflet d'un corporatisme de Club qui entend lutter contre toutes les manifestations de la connerie envahissante, y compris lorsqu'elle s'exprime à France Inter comme c'est le cas ici.

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