La mort de Artemio Benki, producteur et réalisateur français

Le 17 avril, Artemio Benki, pragois d’adoption, est décédé d’une longue maladie. Il avait 53 ans. Son dernier documentaire, « Solo », avait été présenté il y a un an au festival de Cannes

J’ai rencontré Artemio en novembre 2018. Grâce à un ami commun, Artemio m’avait demandé de prêter ma voix pour son dernier documentaire « Solo », l’histoire de Martin Perino, un brillant pianiste et compositeur, interné durant quatre ans dans l’hôpital psychiatrique José T. Borda à Buenos Aires. Il lui fallait la voix d’un argentin qui devait dire trois mots en espagnol, en off, au moment de la sortie de Martín : « Chau maestro, suerte ! », on entend à la fin du film.

J’ai pu visionner quelques images de « Solo » avant d’essayer ma voix et j'ai été subjugué par des images qui dégageaient une rare émotion. Après plusieurs essais, ma « prestation » fut mixée et finalement gardée. En sortant du studio, j’ai pu discuter avec Artemio sur le film, sur son engouement pour l’Argentine. Il m’a raconté qu’il prévoyait de réaliser un documentaire sur une femme qui avait commencé à chanter le tango à l’age de 85 ans.

Artemio Benki © Cineuropa Artemio Benki © Cineuropa
Artemio fumait beaucoup, il parlait avec ses mains, il était préoccupé par la grave situation économique de l’Argentine du président Mauricio Macri (2015-2019). Pendant que Artemio me racontait les détails du tournage, je revoyait les images de Martín jouant le piano, les plans rapprochés montrant sa fragilité, l’évolution de sa guérison grâce à la musique. Cela m’a fait penser à La Colifata, la radio installée à l'hôpital Borda et qui a constitué la première expérience mondiale à émettre à partir d'un hôpital neuropsychiatrique, qui a obtenu en 2019 sa licence radio définitive après 28 ans de fonctionnement.

Lors d’un communiqué, les cinéastes et l'équipe de l'ACID lui ont rendu hommage le jour de son décès :

«  Artemio Benki nous a quittés. A l'ACID, nous l'avons rencontré par son film d'abord, SOLO, que nous avons aimé pour son intelligence sensible, la fragilité et la persévérance alliées ensemble. Puis nous avons rencontré Artemio en chair et en os à Cannes, dans une grande joie, le partage de cette émotion, de l'exigence qui lui avait donné vie. Artemio avait dansé toute la nuit (nous pensons aussi à sa monteuse et aux producteurs qui l'accompagnaient, avec la même joie, alors) ! Il va nous manquer.

SOLO nous reste, avec sa musique obstinée, sa tristesse et ses élans : une émotion vivante. Nous pensons chaleureusement à son petit garçon, rencontré lors de la reprise ACID au Louxor, levant fièrement la main dans la salle après la projection de SOLO, ainsi qu'à la mère de celui-ci et à tous ses proches. 

J’ai voulu rendre hommage à ce réalisateur peu connu, à son film sensible, à notre rencontre éphémère, qui m’a néanmoins, marquée. Mes mots d’adieux à Martín résonnent encore. Je les répète maintenant pour Artemio.

Chau Maestro !

Extrait de "Solo"

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