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Billet de blog 19 janvier 2026

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Argentine : l’apologie des crimes de la dictature par des partisans de Javier Milei

Alors que le président d’ultra-droite est accusé de saper les politiques mémorielles et de réhabiliter les discours négationnistes, une plainte pour apologie des crimes de la dictature vient d'être déposée contre la députée Lilia Lemoine de La Libertad Avanza, le parti de Javier Milei.

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Argentine : jusqu’où iront Javier Milei et ses partisans dans l’apologie des crimes de la dictature ?

Claudia Mabel Careaga, Cecilia De Vincenti et Carlos Oviedo, membres de l’association Familiares y Compañeros de los 12 de la Santa Cruz, viennent de déposer une plainte pour apologie de crime (article 213 du Code pénal argentin) contre la députée Lilia Lemoine (La Libertad Avanza, le parti politique fondé en 2021 par l’actuel président argentin Javier Milei), ainsi que contre les animateurs Alejandro Sarubbi Benítez et Alfredo « Rino » Gammariello. Proches de victimes des « vols de la mort » sous la dictature (1976-1983), les plaignants accusent les mis en cause d’avoir glorifié ces pratiques criminelles lors d’une émission diffusée en direct le 20 décembre 2025 sur la plateforme web Ánima Digital.

Illustration 1
Les 12 séquestrés et disparus par la dictature © Familiares y compañeros de la Iglesia de Santa Cruz

Des propos choquants

Lors de l’émission FDC, où la députée Lemoine s’exprimait au sujet de futurs projets gouvernementaux, un des présentateurs de l’émission a proposé « (le fait) de jeter des gens hors des avions ». S’ensuivirent plusieurs allusions directes aux avions utilisés durant la dictature pour jeter des détenus dans le Río de la Plata ou l’océan Atlantique, sous les rires et applaudissements.

En septembre dernier, Sarubbi Benítez avait déjà évoqué le sort de ces « fils de pute de « kukas » (militants kirchneristes, NDLR) : la seule chose qui leur pose problème, c’est l’eau. Quand ils participent à des manifestations, on les arrose ; si on les jette des avions, ils ne savent pas nager, et s’ils sautent quelque part dans le Sud, ils se noient aussi ». Des déclarations faisaient écho à la disparition de Santiago Maldonado en 2017, dont le corps avait été retrouvé noyé, ainsi qu’aux 12 disparus de l’Église Santa Cruz.

Un contexte de banalisation de la violence d’État

Les plaignants, dont les mères et sœurs figuraient parmi les victimes des « vols de la mort », soulignent que ces propos minimisent et justifient des crimes contre l’humanité déjà condamnés par la justice argentine. Ils rappellent que ces méthodes, utilisées par la junte militaire, ont été documentées et jugées dans plus de 350 procès depuis 2003. « Ces déclarations ne sont pas une simple provocation, mais une incitation à la haine et à la répétition de ces crimes », dénoncent-ils, citant la loi antidiscrimination (n°23.592) et le devoir de l’État de protéger la mémoire démocratique. La plainte, déposée devant un juge fédéral de Buenos Aires, s’inscrit dans un contexte marqué par la montée des discours négationnistes sous la présidence de Javier Milei.

Alors que le président d’ultra-droite est accusé de saper les politiques mémorielles et de réhabiliter les discours de la dictature, diverses associations de droits humains appellent à une mobilisation pour défendre la vérité, la justice et la mémoire, piliers de la démocratie argentine depuis 1983. Quant aux plaignants demandent à être constitués partie civile, invoquant leur statut de victimes indirectes. « Nous ne pouvons tolérer que des représentants de l’État banalisent l’horreur que nous avons vécue », déclarent-ils, exigeant une enquête immédiate et des sanctions exemplaires.

L’association Familiares y Compañeros de los 12 de la Santa Cruz, ils exigent que la Chambre des députés prenne des mesures face à cette nouvelle provocation de la part d’une députée, porte-parole informelle du chef de l’État et de sa sœur Karina Milei, chargée du secrétariat général de la présidence. « Aujourd’hui, nous sommes passés à une revendication ouverte du terrorisme d’État, ce qui ne peut être admis ni naturalisé par le corps législatif. Nous exigeons donc la destitution immédiate de la députée Lilia Lemoine de la Chambre des députés », ont-ils exprimé.

Il est grand temps que le gouvernement français prenne note de cette dérive négationniste et autoritaire du gouvernement de Javier Milei, marquée par une volonté de démanteler l’État social, réduire et supprimer les sites de Mémoire et en s’attaquant aux organisations de défense des Droits humains et réprimer les manifestations par un protocole sécuritaire qui vient d’être déclaré inconstitutionnel para un juge avec un retard de deux ans !

Un nouveau régime de vérité et le recours à la violence

Il est grand temps de dénoncer un président qui cherche à établir un nouveau régime de vérité et à légitimer le recours à la violence, tant symbolique que matérielle, en dégradant la vérité et en remplaçant le dialogue politique par l’insulte permanente.

Il est nécessaire de constater que Javier Milei et Emmanuel Macron coïncident en applaudir la séquestration du président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse par l’armée étasunienne le 3 janvier en rupture totale avec le droit international. Depuis longtemps, Milei a détruit la ligne diplomatique historique de l’Argentine et a même proposé une collaboration militaire aux USA car au cours des neuf derniers mois, Trump a sauvé Milei trois fois du précipice avec des milliards de dollars.

J’espère que la société française pourra se mobiliser cette année qui commence lors de la commémoration du 50ème anniversaire du coup d’État le prochain 24 mars 2026, afin de dénoncer ce gouvernement réactionnaire qui remet en cause le consensus historique sur les crimes de la junte militaire (1976-1983), crimes les plus atroces que l’Argentine ait connue dans son histoire.

(Ma tribune publiée le 10 janvier dans le journal L'Humanité)

https://www.humanite.fr/en-debat/argentine/argentine-jusquou-iront-javier-milei-et-ses-partisans-dans-lapologie-des-crimes-de-la-dictature

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