Affaire Boulin : Des bouches s'ouvrent (5)

Conformément à son intitulé, ce blog relate depuis le 5 janvier 2011, de nouveaux témoignages qui, tous mettent à mal le toujours officiel suicide du ministre Robert Boulin.

Ce fut d'abord le conseiller à la cour de Cassation Yves Corneloup, juge d'instruction de l'affaire Boulin pendant 4 ans, qui réclame la nomination d'un magistrat indépendant pour superviser les examens ADN demandés par la famille, ce que rejeta , le 8 juin 2010 le procureur général Faletti. Puis les remarquables témoignages rapportés par l'hebdomadaire Paris-Match, suivi de l'interview éclairante du ministre de l'intérieur Christian Bonnet recueilli par la journaliste Sylvie Matton, à ce jour inédit, sauf dans ce blog.

Ce jeudi 3 février 2011, un gendarme retraité s'est lui aussi décidé à parler aux medias, d'abord à notre confrère 20 minutes Il fait part de sa certitude : Robert Boulin ne s'est pas noyé. Et les coups visibles sur son visage lui ont été portés de son vivant, contrairement aux allégations contenues dans l'ordonnance de non-lieu signée en 1991 par la juge Laurence Vichnievsky.

A ce stade, à ce rythme de révélations, appuyé par l'arrivée en librairie du passionant livre de Fabienne Boulin, le dormeur du val , une question s'impose : A quel tour de passe-passe vont recourir les plus hautes autorités de l'état pour bloquer encore la nomination d'un magistrat instructeur indépendant ?

Pour éclairer ce que subit stoïquement depuis 31 ans la fille de Robert Boulin, rien de plus éloquent que les premières lignes du dormeur du val :

 

 

8 juin 2010, midi, palais de justice de Paris

 

Le soleil m'éblouit alors que je descends les marches du palais une fois de plus depuis le début de ce combat pour la vérité. Nous sortons, mon avocat Olivier Morice et moi d'une audience d'une heure et demi chez le procureur général. Il vient de nous informer que les pièces sur lesquelles nous demandions des analyses ADN ont disparu du dossier, comme tant d'autres auparavant, à chaque fois que nous avons eu l'idée de nous y intéresser. Je distingue mal à contrejour les visages des journalistes qui nous attendent au bas des marches. Eux savent déjà, tout aussi stupéfaits que nous. Mais ils vont aussi nous apprendre ce que le procureur, que nous quittons à peine, ne nous a pas dit : il vient d'opposer un refus à notre demande de réouverture de l'instruction sur la mort de mon père.

C'est là, à cet instant précis, en ce début d'été hésitant que j'ai ressenti la nécessité d'écrire ce livre, le dos au mur du palais et impatient d'en franchir les grilles. Cette dernière disparition de pièces est celle de trop.

 

à suivre


 

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