PhagoGate 15 Deux discours en Belgique

Nos voisins belges ont une sérieuse avance dans la compréhension des enjeux de la phagothérapie. 1. Les enjeux de la culture des phages donc de la réglementation à appliquer 2. Les enjeux de la phagothérapie : la disposition suffisante de littérature pour mettre en place un traitement sans danger pour le patient.

Le 12 décembre 2018 la phagothérapie est à la une du journal belge Le Soir.

Une article bien fait. Qui expose bien la contradiction dans laquelle se trouvent pris nos voisins.

Nous citons en italiques quelques phrases-clés de l'article de Myriam Bru

Une conscience du problème

L’OMS a eu beau insister sur l’urgence de développer de nouvelles classes d’antibiotiques, force est de constater que depuis plusieurs années, le nombre d’antibiotiques mis sur le marché n’a cessé de se réduire.
Le problème est posé clairement : la phagothérapie n'est pas une concurrente des antibiotiques mais la seule solution là où les bactéries sont résistantes aux antibiotiques.

Pas de langue de bois

 ... c’est en Géorgie que certains médecins occidentaux à bout de ressources, envoient leurs patients en danger de mort ou de risque d’amputation.
Dans l'hexagone, la gravité du problème est masquée, dans les articles sur la phagothérapie on ne parle pas trop des 12 mille morts annuels et des milliers d'amputations.

Une bonne définition

Pr Olivier Vandenberg : La phagothérapie représente donc ceci d’intéressant que l’on va prendre un organisme vivant (un phage lytique) pour empêcher un autre organisme vivant (une bactérie) de se multiplier au sein d’un être humain et donc de l’infecter. ... contrairement aux antibiotiques qui, par définition, sont des agents non vivants, des molécules fabriquées. 
Distinction de première importance : le monde vivant des phages versus le monde fabriqué des antibiotiques.
Des usines pour les antibiotiques avec des processus de qualité d'usines. Des "ateliers" pour cultiver les phages. 

Une affaire de pharmaciens

Considérant le traitement par phages comme une préparation magistrale et non comme un médicament classique, la Belgique figure à l’avant-garde dans le domaine de leur utilisation comme agents thérapeutiques.
Dans l'hexagone on confond "tout", ici les choses sont claires.
Tel phage, on le cultive spécifiquement pour telle bactérie qui affecte tel patient.
C'est de l'artisanat à réaliser par des pharmaciens au plus près du patient.
En France on parle de fabriquer des phages comme on parlerait de fabriquer des molécules de synthèse : c'est fou ! 

Une technique utilisée depuis des milliers d'années

Le concept de l’utilisation des phages en médecine existe depuis plus d’un siècle. En 1896, on parlait déjà, sans encore pouvoir l’expliquer, de l’effet de l’eau du Gange sur le choléra et sur certaines bactéries pathogènes. 
La phagothérapie n'est pas une invention, c'est une découverte.
Découverte que, depuis la nuit des temps, on soigne les malades avec les phages présents dans les eaux "miraculeuses" des rivières et des sources. Voir l'histoire des bergers dans PhagoGate 10.

Un siècle de science phagothérapeutique

En 1917, le Franco-Canadien Félix d’Hérelle, chercheur à l’Institut Pasteur de Paris, qui avait appris les bases de la microbiologie en Amérique du Sud, mit les bactériophages en évidence et leur donna ce nom.
En un siècle, le nombre de personnes soignées se compte en millions.
Des publications académiques très nombreuses ont été écrites en français, anglais, russe, brésilien, etc.

Nous manquons de données publiées ...

... dit le Dr Maya Hites.
Même discours qu'à l'ANSM parisienne. Pourquoi ?
Quel médecin-chercheur a lu toutes les publications faites sur la phagothérapie ? Personne !
Il faudrait d'abord traduire certains articles très importants.
Il faudrait publier les écrits des chercheurs de l'Institut Pasteur pendant un siècle : où sont ces écrits ?
On découvrirait ansi que l'on a tout ce qu'il faut pour un Diplôme de médecin phagothérapeute !!!

Un seul moyen pour faire progresser la recherche

Il faut soigner un maximum de patients, c'est la seule méthode connue à ce jour.

Nos voisins belges sont sur la bonne voie, ils ont compris qu'il faut :
- sortir le phage du champ du médicament
- former les pharmaciens à la culture des phages
- former les médecins à la phagothérapie

Puissent-ils nous transmettre ce "virus" !!!

Une phrase clé de l'usage des phages est "c'est la thérapie qui est contagieuse" = ce sont les phages guérisseurs que l'on transmet d'un patient à un autre.

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