Le crime premier, en politique, c'est de prendre un mot pour un autre : phagothérapie

La liste des scandales sanitaires s'allonge (2).On risque la banalisation. Notre chantier - la phagothérapie - se complète. Les actions minuscules des pouvoirs publics contrastent avec la littérature académique : les bactéries résistantes aux antibiotiques flambent ! La mortalité augmente. La morbidité est dramatique. Nos alertes auprès des élus commencent à créer des frémissements.

"Le crime premier, en politique, c'est de prendre un mot pour un autre. "
Patrick Boucheron nous le rappelle en parlant du film Les yeux de la parole.

Et c'est ce qui nous a frappé et continue de nous frapper quand nous lisons les écrits du Ministère de la santé à propos de phagothérapie - éliminer les bactéries par leur prédateur naturel, le phage.

Le message que le Directeur de l'ANSM voudrait nous faire entendre est : "Dormez ! Braves gens ! Nous nous occupons de votre santé. Les bactéries résistantes aux antibiotiques mettent votre vie et votre intégrité physique en péril mais nous sommes présents !"

Le Directeur de l'ANSM est présent aux patients de manière ahurissante, surréaliste, kafkaïenne, ubuesque !

Cherchez l'erreur : dans les textes de l'ANSM, etc. le mot de "bactérie mortelle" n'apparaît jamais en face du mot phage.

D'un côté il y a les publications académiques et administratives avec le danger - les bactéries qui résistent aux antibiotiques.
D'un autre côté il y a les textes avec la solution - les phages.
Mais il n'y a pas le LIEN entre péril et thérapie.

Pourquoi ? Eh bien simplement parce le péril ce sont 12 mille morts par an et 60 mille amputés et invalidés par bactéries multirésistantes aux antibiotiques.
Un péril comparable à celui de la guerre contre lequel il faut d'urgence un arsenal, une machine de guerre contre les bactéries mortelles et invalidantes.
Mais qu'annonce le Directeur de l'ANSM en guise de machine de guerre ?
En 2019 - comme en 2016 - on va autoriser quelques rares patients à bénéficier des phages.
Les patients qui savent faire une soustraction ont la vraie réponse : en 2019 on va laisser mourir 11 mille neuf cent 90 patients !!!

Oui, oui, pas d'erreur. Le projet thérapeutique 2019 ce sont des milliers de veuves, de veufs, d'orphelins, des milliers d'amputés, des milliers d'invalidés.

"Le crime premier, en politique, c'est de prendre un mot pour un autre."

Le crime commence dès le premier mot du premier document "Comité scientifique spécialisé"
L'analyse du rapport de 2016 est claire : les acteurs du comité n'ont rien compris au problème.
De quoi étaient-il "spécialistes" s'ils n'ont rien compris ?
En quoi étaient-ils "scientifiques" ? 
Dans le domaine de la santé, la "science" consiste, en principe en l'art de sauver les gens, de leur éviter la mort, l'amputation.
Le CSST phagothérapie de 2016 a refusé que les CHU cultivent les phages qui auraient pu sauver les gens.
Le CSST a refusé la seule solution. Ce n'est pas scientifique de laisser mourir les gens !!!

Le crime continue : "Le comité ... est chargé de réaliser un retour d'expérience sur I'utilisation des bactériophages."

La seule vraie expérience - faire pousser des phages spécifiques pour tuer des bactéries spécifiques - est clandestine.
Le comité va-t-il aller voir dans les garages clandestins comment on fait pousser les phages ?
On sait que des milliers d'expériences sur les phages et la phagothérapie ont eu lieu en un siècle, des centaines de publications académiques montrent l'efficacité et l'innocuité de la phagothérapie : le CSST refuse de les prendre en compte (1).

Troisième crime : "Les membres du comité pourront conduire leurs travaux notamment à partir d'auditions."

L'audition des spécialistes de la phagothérapie a déjà eu lieu en 2016. La pression était telle que ces spécialistes ont quasiment dit des choses "contre" l'usage urgent de la phagothérapie à la carte. Un des spécialistes a, depuis, émigré hors de France, pour pouvoir soigner des patients.
Le CSST de 2016  a totalement ignoré la vraie phagothérapie, la thérapie à la carte.

Le crime continue dans le second document.

 "évoquer les perspectives ... d’Autorisations Temporaires d’Utilisation (ATU) ... individuelles ... "
Chaque année, 72 mille personnes sont en situation d'urgence - les bactéries résistante vont les tuer, les invalider.
Or il est totalement impossible de traiter de manière centralisée 72 mille demandes d'ATU ... individuelle.
La solution des ATU est donc totalement à côté du problème.
Alors comment faire  ?
Solution très simple pour l'ANSM : pour qu'il n'y ait pas de demandes d'ATU, on ne forme pas les médecins à la phagothérapie.

Cinquième crime : "Depuis 2016 ... mises à disposition de bactériophages à titre compassionnel."

A la lecture du rapport de 2016, on voit trois cas clinique pour trois patients en grand danger : l'ANSM décide que la mise à disposition des phages à la carte leur est refusée.
Nous avons décrit ces trois cas dans notre premier billet.

Le crime de 2016 continue donc en 2019.
L'ANSM produit quelques nuages de fumée et, pendant ce temps, les patients qui pourraient être sauvés meurent, sont amputés, sont invalidés.

Suite aux deux actions du réseau Une fabrique de communs - octobre 2018 puis février 2019 - des députés et sénateurs ont envoyé des questions écrites formelles ou informelles à Agnès Buzyn.

On attend de l'ANSM qu'elle cesse de procéder de manière ahurissante, surréaliste, kafkaïenne, ubuesque 

Les patients - et les médecins qui sont en grande souffrance de devoir laisser crever les gens - tous attendent que viennent enfin un discours où chaque mot est employé à sa juste valeur.

Notes

 (1) Dans le rapport anglo-saxon de Jim O'Neil il y a des dizaines de références de travaux académiques sur les bactéries multirésistantes et les thérapies. Dans le rapport ANSM de 2016 il y a zéro références - pas mal pour des "scientifiques spécialistes" !!!

(2) Notre sélection de scandales sanitaires https://sanigates.com/ 

Citer cet article
Bois, Christian. Le crime premier, en politique, c'est de prendre un mot pour un autre : phagothérapie Blogs de MédiaPart Paris : MédiaPart ; 2019 https://blogs.mediapart.fr/christian-bois-343/blog/280219/le-crime-premier-en-politique-cest-de-prendre-un-mot-pour-un-autre-phagotherapie

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