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Billet de blog 22 déc. 2021

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Rabindranath Tagore, pédagogue

Ecrivain, poète et philosophe, Rabindranath Tagore était aussi un critique féroce de la « modernité », ce cadeau empoisonné apporté par le capitalisme colonial. Cette dénonciation de la cupidité, du matérialisme et de l’utilitarisme est au coeur d’une anthologie de ses textes sur l'éducation.

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Rabindranath Tagore, Une école sans murs. Arts, nature et cosmopolitisme au coeur de l’éducation, Ecosociété, 2021.

Ecrivain, poète et philosophe, Rabindranath Tagore était aussi un critique féroce de la "modernité", ce cadeau empoisonné apporté par le capitalisme colonial1. Cette dénonciation de la cupidité, du matérialisme et de l’utilitarisme est au coeur d’une anthologie intitulée Une école sans murs. Arts, nature et cosmopolitisme au coeur de l'éducation, publiée par les éditions Ecosociété.

Tagore, prix Nobel de Littérature en 1913, était issu d'une famille de la grande bourgeoisie indienne mais d'humeur réformatrice. Débarrassé des basses contingences matérielles, il s'est efforcé sa vie durant de proposer une alternative au conservatisme et à l'assimilationnisme. Au début du 20e siècle, l’intellectuel quadragénaire se met en tête de bâtir une école à Santiniketan, au nord de Calcutta, une école qui ne ressemblerait en rien à celle dans laquelle, dans la douleur et l’insatisfaction, il vécut sa scolarité. Trois citations illustrent sa critique de l’enseignement : « Les maîtres ne se souciaient pas de faire du travail une source de joie » ; « un enseignant qui n’a plus de rapport vivant avec ses connaissances et qui se contente de répéter ses leçons à ses élèves, celui-là ne peut que charger leur esprit : il ne peut pas l’animer. » ; « notre société n’est pas une société cultivée, mais une société de candidats pourvus de diplômes ».

Le Tagore pédagogue plaide pour la mixité, contre les châtiments corporels, pour un enseignement dispensé dans la langue vernaculaire et dans lequel les arts et le rapport direct de l’enfant avec la nature qui l’entoure tiennent une place centrale. Puisque nous pensons et éprouvons aussi avec nos corps, il veut que les élèves soient le plus libres possibles, libres de bouger, danser, expérimenter, de se déplacer ; car l’école, dit-il, nous « oblige à penser assis », ce qui fait que seul notre visage, malheureusement, soit encore capable d’expression. En ce sens, il rejoint les conceptions défendues par nombre de pédagogues libertaires de sa génération comme Paul Robin, Sébastien Faure ou Francisco Ferrer. Il y ajoute une dimension mystique et un attachement profond à la culture indienne où « l’ancestral système d’éducation populaire indien (…) ne faisait qu’un avec la vie des gens ».

Pour le prix nobel Amartya Sen qui fut son élève, Tagore considérait qu’il fallait « se connaître soi-même pour être un être humain sans nationalité ». Car l’érudit idéaliste et d’esprit libertaire était à la fois profondément indien et profondément cosmopolite. Défendre la culture indienne contre l’impérialisme culturel occidental était sa contribution à l’enrichissement de la culture du monde.

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1Mohammed Taleb, Rabindranath Tagore et le règne de la machine, Le Passager clandestin, 2021.

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