L'arabe: Blanquer dans les pas de Najat-Vallaud Belkacem? Et bis repetita?

Comme tout peut recommencer, mais de façon amnésique, je réitère le billet que j'avais mis le 10 septembre 2018, mais en demandant ce que Blanquer a pu faire effectivement depuis pour que Macron présente la fin des «Elco» (enseignements de langue et de culture d’origine) comme une mesure nouvelle d'avenir...

L'arabe: Blanquer dans les pas de Najat Vallaud-Belkacem? Et bis repetita?

Le ministre de l'Education nationale a déclaré ce lundi 9 septembre 2018 que'' l'arabe est une grande langue littéraire et qui doit être apprise; pas seulement par les personnes qui sont d'origine maghrébine ou de pays de langue arabe''

Il répondait ainsi à Jacques Bourdin qui lui avait demandé si l'arabe allait être enseigné dès le CP pour mieux encadrer sa pratique comme le préconise notamment le rapport que l'Institut Montaigne a remis dimanche dernier pour lutter conte le fondamentalisme islamiste.

C'est la députée LR Annie Génevard qui va être surprise! Elle a pourtant beaucoup salué en son temps la nomination de Jean-Michel Blanquer à la tête du ministère de l'Education nationale; et elle s'en était pris très vivement à la ministre Najat Vallaud-Belkacem sur cette question.

Rien de mieux que la reprise intégrale du billet que j'avais mis à l'époque sur Mediapart le 26 mai 2016 pour se remémorer la vivacité de l'affrontement. Serait-il derrière nous ? On peut en douter.

«La requalification des enseignements de langue et de culture d’origine (Elco) en cours de langues étrangères» est à l’origine de l'intervention de la députée LR Annie Genevard à l'Assemblée nationale le 24 mai 2016: « Vous introduisez officiellement l’étude de la langue arabe dans le programme national […]. L’urgence commande que notre culture, pour être mieux partagée, s’affirme avec son mode de vie, son histoire et sa langue. Ne croyez-vous pas que l’introduction de langues communautaires dans les programmes scolaires encouragera le communautarisme qui mine la cohésion nationale ? »

Réponse tranchée et ironique de la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem: «  Je vous dois des remerciements pour cette question, par laquelle vous avez démontré, je crois, à une grande partie de nos concitoyens et j’espère qu’ils nous écoutent, la conception que vous vous faites notamment de la langue arabe […]. La langue arabe doit, bien entendu, si je vous suis, être considérée comme une langue communautaire ? Nous ne serons jamais d’accord Madame la députée ! ».

Inculture académique et historique de la députée LR Annie Genevard : l'agrégation d'arabe a été instituée en France dès 1907. Après certes celles d'allemand et d'anglais en 1849, puis celles d'espagnol et d'italien en 1900. Mais avant celles de russe en 1947, de portugais en 1973, d'hébreu moderne en 1977, de polonais en 1978, de japonais en 1984, et de chinois tout récemment.

Il y en a un autre, en l'occurrence, dont on peut se demander où il se situe: Bruno Le Maire ( l'actuel ministre de l'Economie et des Finances) qui n'avait pas manqué d'insérer une incise ravageuse dans son discours sur la ''reconquête éducative": " Comment en sommes-nous arrivés là ? Par le délaissement de ce que nous sommes. Au lieu de défendre et de valoriser ce que nous aimons, notre culture, notre langue, notre histoire, nous avons lâché du terrain à ceux qui ne nous aiment pas […]. Comment reprendre la main ? Par la reconquête éducative, qui tient en trois mots : autorité, transmission et fierté [...]. En France, notre langue fait notre nation : on apprend donc le français au CP, pas la langue arabe [sic]. Par quelle lâcheté avons-nous abandonné ces valeurs qui font notre honneur ?" (cf mon billet du 16 août 2016 sur Médiapart: "La reconquête éducative" de Bruno Le Maire).

Comme il était prévisible, la position du ministre de l’Éducation nationale lui a valu une déferlante de critiques sur sa droite. Ainsi Nicolas Dupont-Aignan et les Républicains ont accusé Jean-Michel Blanquer d'encourager"l'islamisation du pays" et Luc Ferry a dénoncé "une fausse bonne idée".

Fin de mon billet du 10 septembre 2018 reprenant celui du 26 mai 2016. Inutile de recommencer...

PS: mis en difficulté sur ce dossier, l'actuel ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer n'a pas trouvé mieux que de mettre en cause la ministre qui l'a précédé: Najat Vallaud- Belkacem. Bien à tort , et bien malencontreusement car cela lui est revenu en pleine figure, comme un boomerang.

La fin des Elco a en effet été décidée lors du précédent quinquennat par Najat Vallaud-Belkacem  dès 2016. Passées avec neuf pays, ces conventions permettent à des professeurs étrangers de venir enseigner leur langue à des enfants immigrés en France récemment. Elle était alors ministre de l’Education nationale dans le gouvernement où travaillait également un certain Emmanuel Macron en tant que ministre de l’Economie. Et elle n'a pas apprécié du tout de voir le chef de l’Etat faire sienne une mesure décidée il y a près de quatre ans. «Il aurait au moins pu inventer un nouveau terme pour conforter l’idée de la nouveauté, non ?» s'est-elle exclamée sur tweeter mardi dernier, se demandant ce «qu’a fait ce gouvernement pour finir le travail préparé ainsi de longue haleine», en rappelant qu'à partir de la rentrée 2016, les Elco devaient progressivement être transformés en sections internationales à l’école primaire et que le  Portugal et le Maroc ont signé les nouvelles conventions avant qu'elle ne quitte le ministère, mais que la transformation s'est arrêtée là – avec la nouvelle équipe gouvernementale.

 



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