"Les disparus mexicains nous manquent à tous"

Le salon international du livre de Guadalajara, au nord du Mexique, s’est clôturé le 4 décembre par un forum citoyen sur le sujet « Les disparus nous manquent à tous ».

Les disparus mexicains nous manquent à tous © Collectif Paris-Ayotzinapa Les disparus mexicains nous manquent à tous © Collectif Paris-Ayotzinapa

Des centaines proches de disparus, principalement des mères de famille, étaient présents au forum « Les disparus nous manquent à tous » à Guadalajara au nord du Mexique. Les interventions des mères de familles, des collectifs de soutien et des organisations non gouvernementales (ONG) ont fait ressortir les similarités existantes entre des milliers d’enlèvements récents présentant toutes les caractéristiques de disparitions forcées. Une caractéristique importante : des jeunes personnes qu’on recherche depuis des mois voire des années, et qui ont été arrêtées en premier lieu par des policiers, locaux ou fédéraux.

Les disparus mexicains nous manquent à tous © Coolectif Paris-Ayotzinapa Les disparus mexicains nous manquent à tous © Coolectif Paris-Ayotzinapa

Enlèvements d’Iguala : démêler le tissu de mensonges

Le premier temps de parole a été réservé à Hilda Legideño, mère de l’un des quarante-trois étudiants disparus dans la nuit du 26 au 27 septembre à Iguala, état de Guerrero. Elle a dénoncé plusieurs « mensonges » des autorités mexicaines. Tout d’abord la version du Parquet fédéral sur l’incinération des étudiants dans la décharge de Cocula, qui a été invalidée par le Groupe international d’experts indépendants (GIEI). Puis elle est revenue sur la manière dont le Parquet local de l’état de Guerrero, au départ, a traité leur demande.

 « Ils ont trouvé des fosses, nous ont montré des ossements et nous ont dit : c’est là que se trouvent vos enfants, vous pouvez les emmener. Que serait-il advenu, à ce moment-là, nos avocats n’avaient pas fait appel aux experts argentins ? Nous serions encore en train de pleurer devant des corps qui ne sont pas ceux de nos enfants ».

Hilda Legideño a également mentionné des tentatives de corruption des familles des quarante-trois disparus d’Iguala peu de temps après les faits par des huissiers du Parquet régional.

Les disparus mexicains nous manquent à tous © Collectif Paris-Ayotzinapa Les disparus mexicains nous manquent à tous © Collectif Paris-Ayotzinapa

La tragédie d’Iguala, reflet d’une douleur nationale

Le fils de Leticia Hidalgo, Roy Rivera, est censé avoir 24 ans aujourd’hui. Il a disparu le 11 juillet 2011. Lui aussi a d’abord été arrêté par des hommes en uniformes de policiers municipaux. Leticia Hidalgo est venue de Monterrey pour représenter à Guadalajara le collectif « Nos forces unies pour nos disparus ».

« Nous sommes dans une guerre, dans la phase la plus sanglante que le Mexique a connue depuis cent ans. […] Ce qui s’est passé à Iguala n’est que le reflet de ce qui se trame dans tout le pays. Lorsque nous autres, mères de disparus de la ville de Monterrey, avons appris la tragédie d’Iguala, nous avons cru revoir ce qui nous était déjà arrivé il y a des années. Des policiers – souvent locaux, parfois fédéraux – ont emmené tous ces jeunes, mais ce n’était pas une arrestation ».

Les disparus mexicains nous manquent à tous © Collectif Paris-Ayotzinapa Les disparus mexicains nous manquent à tous © Collectif Paris-Ayotzinapa

L’autonomisation de la recherche des disparus

La réunion a porté également sur l’organisation des recherches autonomes de disparus menées actuellement par plusieurs collectifs, dont Nos forces unies pour nos disparus. Les recherches, qui sont conduites dans plusieurs états dont ceux de Vera Cruz, Jalisco et Nuevo León, ont débouché sur la découverte de fosses clandestines qui recèlent parfois des milliers de restes osseux. Il manque encore à ces collectifs une capacité d’expertise, qu’ils sont déterminés à acquérir, toujours dans le but de trouver les disparus en vie.

Les participants ont rappelé à plusieurs reprises que le Mexique ne s’est toujours pas doté d’une loi générale de lutte contre les disparitions forcées, en dépit des préconisations du Comité des Nations unies contre les disparitions forcées.

Les « disparus » d’une part, les « non localisés » d’autre part…

La guerre des forces armées mexicaines contre la drogue, qui dure depuis la déclaration de l’état d’exception en 2006 par l’ex-président Felipe Calderón, a plongé le pays dans une situation que de nombreux observateurs locaux et internationaux qualifient de catastrophe humanitaire. Aux deux cents mille morts mentionnés par le quotidien mexicain de référence La Jornada s’ajoutent près de trente mille personnes disparues, que leurs proches demandent toujours à voir vivants. Le ministère mexicain de l’Intérieur (Secretaría de Gobernación), pour sa part, compte moins de vingt-sept mille personnes manquantes, et sépare le phénomène en deux catégories : les « disparus » et les « non-localisés ».

Le crime de disparition forcée, selon la mission Mexique du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, n’est dénoncé aux autorités que par deux familles sur dix. 

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