Prochaine révolution: propositions de date pour 2021

L'histoire est derrière nous et parfois elle nous dépasse. C'est-à-dire que certains évènements prévus ou mis à l'agenda politique donnent une impulsion à ce qui fera date. Le gouvernement, consciemment ou inconsciemment, peut-être les deux à la fois, semble vouloir réunir tous les ingrédients pour une nouvelle explosion sociale. Chronique d'une nouvelle saison des gilets jaunes, plus violente.

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L'histoire est derrière nous et parfois elle nous dépasse. C'est-à-dire que certains évènements, nous y reviendrons, prévus ou mis à l'agenda politique donnent une couleur, une tonalité voire une impulsion à ce qui fera date.

Le 1er juillet 2021, les chômeurs, en tout cas une bonne partie d'entre eux, verront leurs indemnisations baisser drastiquement. Nous parlons ici, pour la grande majorité d'entre eux, de leurs principales sources de revenus. Pour avoir déjà été sous le régime de Pôle Emploi, je peux indiquer que la chose en soi, même sans réforme, n'est pas évidente. Certes, cette "assurance" en l'absence d'un emploi est la bienvenue. Ceci le temps d'en trouver un nouveau ou de préparer un nouveau projet professionnel.

Néanmoins, socialement, les choses ne sont pas aussi fluides. Personne ne revendique d'être à Pôle Emploi. L'ensemble des bénéficiaires, mis à part une toute petite minorité, souhaite que cette période soit la plus courte possible. D'autant faut-il rappeler que la période d’indemnisation est limitée dans le temps. Et que cette même indemnisation peut parfois être remise en cause (retard de déclaration, bug informatique du côté de Pôle Emploi etc.). Rien d'agréable en somme.

En ce qui me concerne, j'estime avoir été dans la case la plus "positive". En revanche, quand vous êtes sur une indemnisation déjà faible, que celle-ci va baisser, et ceci avec une perspective de nouvel emploi plus faible, ce n'est pas juste des nuages qui s'amoncellent, c'est une tornade accompagnée d'une éclipse qui arrive. Un crépuscule sans fin.

Nous aurions pu en rester là. Seulement, je me souviens des gilets jaunes. Qui eût cru la naissance d'un tel mouvement ? C'est en cela que l'histoire se fait et qu'elle ne prévient pas. Parfois, à la faveur d'une loi, d'une annonce, d'une rumeur, tout éclate, et la foule se déverse. Les JT s'affolent, toute profession commençant par le mot «expert» est alors mobilisée pour tenter d'apporter une explication à un présent aussi mystérieux que sauvage qui s'installe dans notre actualité aussi désagréablement qu'un nouveau voisin bruyant pourrait le faire.

Nous avons tous en tête cette image que lorsque la bouteille d'eau tombe, l'eau ne finit de se déverser que lorsque la bouteille s'est considérablement vidée. Or, ici, rappellerais-je que le mouvement des gilets jaunes ne s'est pas arrêté de lui-même, une pause a été faîte, comme lors du visionnage d'un film, le temps d'aller récupérer des munitions en pop-corn dans la cuisine. Oui, rien n'a été réglé avec les gilets jaunes. Rien. Et la situation sociale s'est même dégradée. Socialement ET psychologiquement des effets du confinement.

Et c'est ainsi que le gouvernement décide, si je puis me permettre l'expression, de remettre une pièce dans le Jukebox en allant donner un peu « d'entrain » à une partie de la troupe, ici les chômeurs mais également les emplois précaires oscillant entre Pôle Emploi et CDD formant une partie du bataillon des gilets jaunes.

Il n'était et n'est pas drôle d'être sans emploi. Il ne restait plus qu'un petit coup de pouce, que le gouvernement s'apprête à donner, pour que cette situation, pour ceux et celles qui la vivent, devienne un enfer.

Date de la révolution

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Ainsi, si je devais me risquer à donner une date dans ce continuum de précarité et de colère sociale, disons que le coup de sifflet sera donné le 1er juillet. Bien-entendu, les choses ne seraient pas si simples. La colère ne se décrète pas à la faveur d'une date. Elle doit mûrir avant d'éclore.

Je ne sais pas si cela était intentionnel mais la date choisie précède de deux mois la période habituellement chargée en matière de mouvements sociaux. Je parle de septembre. Donc les "dépossédés" auront deux mois de "vacances" entre désespérance et mise en jachère de leur sentiment d'injustice en attendant une récolte à la rentrée.

Deux réserves. Ou deux points à révéler. Certes les manifestations ont tendance à attirer moins de monde, cependant la violence n'en déserte pas moins le terrain. Ma principale interrogation porte davantage sur la forme. Beaucoup de gilets jaunes, mais pas que, ont pu observer la décroissance de rendements des classiques mouvements sociaux. Dit autrement, manifester rapporte de moins en moins. Entre le risque grandissant de revenir avec un œil ou une main en moins et ceci, depuis Hollande, un gouvernement de moins en moins enclins à écouter la rue.

Une partie des "furieux" seraient donc tentés d'agir autrement. L'on a vu, par-exemple, des occupations de ronds-points, des opérations de blocages aux péages. Ici, la limite n'est que l'imagination.

Pour résumer, des mouvements plus violents mais sous d'autres formes habituellement observées. Je parlais dans un autre billet de révolution douce. C'est-à-dire une forme de désobéissance que chacun prendrait à son niveau. À cet endroit, nous restions sur une forme plutôt passive.

À partir du 1er juillet, si les conditions suivantes sont réunies : pas d'annulation de réforme et assouplissement des restrictions sanitaires, les choses prendront une tournure plus "musclée".

Et à titre personnel, je ne serais pas surpris que, entre autres, des incidents se fassent de plus en plus fréquents autour des agences Pôles Emploi à partir de la période indiquée plus haut. Il fera de moins en moins bon de représenter l'État.

Conclusion

Il n'est dans l'intérêt de personne que les choses aillent de mal en pis. Simplement, peu d'arguments viennent contrecarrer cette sombre projection.

Restrictions protéiformes des libertés. Celle de se déplacer, de s'amuser, etc. Ce gouvernement dit "progressiste" va ici mettre une ultime restriction. Je ne dirais pas forcément la plus essentielle au regard que l'on peut porter sur l'argent mais il est évident que pour le public ciblé cette question est centrale. Ce n'est pas un livret dont vous réduisez les versements ou les capacités d'achat d'actions qui seront réduites mais celles essentielles de pouvoir payer un loyer ou/et de se nourrir.

Selon le général chinois Sun Tzu, une efficace et efficiente stratégie militaire consiste à ne jamais encercler un village complètement. Autrement, le tribut pour votre armée sera très lourd. Pour quelle raison ? Les villageois ne voyant pas d'échappatoire se battront alors avec l'énergie du désespoir afin de vendre chèrement leurs peaux.

La bonne stratégie consiste alors à encercler le village tout en laissant un espace pour s'enfuir. Face à une imposante menace, les villageois préféreront fuir.

Ici notre gouvernement n'a laissé aucune échappatoire à une partie de sa population.

Michaël Capgras - CEO du réseau d'affaires You Work Here

Mon blog professionnel : Savoir réseauter

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