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Billet de blog 16 avr. 2016

GRIGNON, lieu de mémoire, ne doit pas devenir le centre d’entraînement du PSG

Si l'Etat laissait construire sur le domaine de GRIGNON à THIVERVAL-GRIGNON (78), le nouveau Centre d’entraînementdu PSG, il commettrait une faute grave. L'atteinte aux précieux patrimoines du site serait en effet irréversible, notamment celle portée au patrimoine mémoriel. Car GRIGNON n'est pas seulement un site naturel et historique remarquable : c'est aussi un important lieu de mémoire.

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Le domaine de GRIGNON, lieu de mémoire, ne doit pas devenir le centre d’entraînement du PSG !

Visite du Président Raymond POINCARÉ à GRIGNON en 1918

On sait que l’Etat s’apprête à vendre le domaine de GRIGNON à THIVERVAL-GRIGNON (78) et que le club de football du Paris Saint Germain, dont le propriétaire n’est autre que QATAR INVESTMENT AUTORITY, pourrait s’en porter acquéreur.

Pourtant, construire à GRIGNON un « Centre d’entraînement et de Formation » capable de rivaliser avec les structures pharaoniques dont bénéficient les principaux rivaux européens du PSG à MANCHESTER, MILAN ou MADRID, serait une aberration !

Et un formidable scandale.

Si l’Etat cédait le domaine à son riche client, c’en serait en effet fini de GRIGNON.

Pour ceux qui en douteraient, il suffira pour s’en convaincre de se pencher sur le cahier des charges dont Le Parisien a livré les grandes lignes et dont nous avons rappelé ici même le contenu.

Ou de lire les propos du président du club, affirmant dans son livre « PSG Backstage » : « Nous travaillons depuis le début avec une vision à long terme. C’est pourquoi nous devons absolument nous doter du centre d’entraînement le plus moderne du monde au sein duquel serait intégré notre centre de formation ».

Le directeur délégué du PSG, Jean-Claude BLANC, ne disait pas autre chose lorsqu’il déclarait à L’Express le mois dernier : « Nous n'avons pas peur de faire de gros investissements, mais à condition que l'on ait la garantie, si l'on fait une offre, que notre projet pourra réellement et légalement se réaliser sur le site que nous aurons choisi »

Le « centre d’entraînement le plus moderne du monde » ? De « gros investissements » ? Voilà bien qui fait froid dans le dos pour GRIGNON, pour peu que l’on ait la curiosité de regarder au-delà de nos frontières, la réalité concrète de l’ETIHIAD CAMPUS MANCHESTER ou de la CIUDAD REAL MADRID à VALDEBEBAS, que les propriétaires du PSG voudraient supplanter  ….

Ces « gros investissements » qui se concrétiseraient dans la construction de 18 terrains de football, d’un stade de 1000 places, d’un parking de même contenance, du « centre de formation » proprement dit et « outre la zone sportive d'entraînement (…) un centre médical et de recherche, une zone résidentielle et scolaire pour les apprentis footballeurs, des bureaux administratifs, un espace pour les médias et différentes zones techniques. » sans compter la cession de« droits à construire pour un hôtel, un restaurant ou une boutique. » défigureraient fatalement et définitivement GRIGNON.

 L’Etat n’a pas le droit de laisser s’opérer un tel désastre.

 Tout d’abord parce que GRIGNON est un bien commun inestimable, aux patrimoines multiples :

- patrimoine historique avec son château Louis XIII et ses divers bâtiments remarquables,

- patrimoine scientifique avec ses laboratoires, vénérables ou à la pointe du progrès, mais aussi ses parcelles et ses  vastes champs d’expérimentation qui en font une plateforme unique de l’innovation en agroécologie,

- patrimoine naturel avec son site magnifique classé en ZNIEFF, véritable écrin de verdure abritant, dans ses 300 hectares clos de murs, un riche arborétum, une faune multiple, des espèces protégées, une rivière, de riches prairies, une vaste forêt, etc ...,

- patrimoine géologique et paléontologique avec sa Falunière mondialement connue, où Cuvier réalisa des travaux fondateurs, et qui constitue aujourd’hui un lieu unique pour l’étude des changements climatiques.

Mais l’Etat n’a pas non plus le droit de permettre ce désastre parce que GRIGNON est aussi un lieu de mémoire.

 1°) Mémoire des enseignants et des élèves tombés au Champ d’Honneur des guerres mondiales et dont deux monuments aux morts rappellent le souvenir.

2°) Mémoire des rescapés de la Grande Guerre, accueillis à « l’Ecole nationale d’agriculture de GRIGNON » transformée en 1917 en centre de rééducation professionnelle pour les soldats blessés.

Là, les courageux combattants, parfois lourdement mutilés, ont appris ou réappris le travail de cette terre qu’ils avaient vaillamment défendue.

Le Journal Le Temps, dans son édition du lundi 13 août 1917, évoque dans des termes émouvants la vie de GRIGNON en ces années terribles : 

« Sous les auspices de MM. Fernand David, ministre de l’Agriculture ; Justin Godard, sous-secrétaire d’État du Service de santé militaire, et du médecin-inspecteur Polin, directeur du service de santé du gouvernement militaire de Paris, un centre de rééducation professionnelle pour les blessés de guerre (blessés en traitement et blessés réformés) a été créé à l’École nationale d’agriculture de Grignon (Seine-et-Oise). La direction en a été confiée à M. Constant Verlot, officier principal, député des Vosges, qui avait créé le centre de Troyes

Le centre de Grignon comprend des cours pratiques de motoculture, de jardinage, de travaux agricoles et de tous métiers d’appoint nécessaires aux cultivateurs : sellerie-bourrellerie, vannerie, menuiserie, forge, maréchalerie, maçonnerie, tonnellerie, etc...

Pour les blessés réformés qui ne peuvent plus continuer leur profession d’avant-guerre, des cours d’enseignement général, de comptabilité, de sténo-dactylo, de dessin industriel, des ateliers de prothèse dentaire, de tailleur, de coiffeur, de cuisine, de fabrication de jouets, dirigés par des professionnels dont le savoir-faire égale le dévouement, fonctionnent dès à présent.

Les blessés réformés qui désireraient se faire inscrire comme élèves de cette école de rééducation devront envoyer leur demande sans retard à M. Trouard-Riolle, directeur de l’École nationale, qui leur fera connaître les conditions pour être admis. » 

Une série de 124 photos du site datant de cette époque, représentant notamment la visite rendue à GRIGNON par le Président Raymond POINCARE et son épouse, est disponible à la Bibliothèque Nationale.

Par ailleurs, un petit film tourné par le Service Cinématographique des Armées évoque de manière vivante le quotidien de ces survivants dans des centres tels que celui de GRIGNON 

3°) Enfin, mémoire des résistants établis à GRIGNON, rattachés au réseau Prosper PHYSICIAN, parmi lesquels le professeur Alfred BALACHOWSKY, le jardinier Marius MAILLARD, chargé de la réception des parachutages, ou encore Noor INAYAT KHAN, premier agent secret féminin britannique à être envoyé en FRANCE comme opérateur radio et qui, pendant quatre mois d’activité en région parisienne, maintint le contact radiotélégraphique avec LONDRES, informant les alliés sur les terrains de parachutage et sur les réseaux.  C’est depuis la serre de l’école de GRIGNON qu’elle  commencera à émettre, le 18 juin 1943.

Toutes ces mémoires doivent être honorées. 

Toutes ces stèles doivent être respectées.

Mais on n’honore pas les mémoires et on ne respecte pas les stèles en transformant les lieux qui les hébergent en centre d’entrainement pour footballer ou en parc d’attraction pour supporters !

Travaux des champs au Centre de réadaptation de GRIGNON en 1917

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