Covid-19, cohérence des chiffres français officiels totaux, hopitaux et INSEE.

Face aux soupçons d'une part de sous-estimations du nombre de morts pour cacher des lacunes des gouvernement et d'autre part d'attribution de toutes la mortalité au Covid-19 pour justifier le confinement, que dit la comparaison des différentes sources de données ?

Des questions légitimes peuvent se poser sur la fiabilité des chiffres émis régulièrement par les différents organismes de santé. Ceux qui me lisent régulièrement savent que je ne suis pas complotiste : le complotisme est un pessimisme et que si le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté (Alain). Cependant, sans supposer de mauvaise volonté, une partie non négligeable des chiffres pourrait “passer sous le radar” du fait de défauts d’organisation. Au contraire un compte un peu rapide pourrait attribuer au virus SARS-CoV-2 (le virus de la maladie Covid-19) la mort de toute personne le portant, quand bien même elle était déjà mourante. 

Pour évaluer si de telles distortions peuvent apparaître, il y a essentiellement 3 manières de faire : comparer des chiffres de sources différentes sur un même endroits, comparer des chiffres issus d’endroits différents et aller voir. Je présente ci-dessous des résultats de ces différentes approches en commençant par celle qui me semble la plus convaincante : la cohérence des différentes sources nationales françaises.

Cohérence des chiffres nationaux français : mortalité INSEE, mortalité en hopitaux et chiffres nationaux officiels

Depiuis début avril, l’INSEE publie chaque semaine et avec un décalage d’une semaine les chiffres de mortalité dans un effort remarquable de transparence. Ces chiffres permettent de comparer l’augmentation du nombre de morts par rapport aux années précédentes avec les chiffres officiels annoncés pour le Covid-19 au niveau national d’une part et avec les chiffres des hopitaux d’autre part.

Comparaison de la mortalité INSEE, et de la mortalité officielle en hopitaux et totale © Corentin Barbu Comparaison de la mortalité INSEE, et de la mortalité officielle en hopitaux et totale © Corentin Barbu

Courbe mise à jour quotidiennement

Sur le graphique ci-dessus on voit tout d’abord le nombre de morts attribuées officiellement au Covid au niveau national en vert (disponibles par exemple sur le site du centre pour le contrôle des maladies européen, l'ecdc).

La sur-mortalité depuis le 1er mars par rapport aux années 2018 et 2019 est indiquée en bleu. Comme elle était négative et décroissante jusqu’à un soudain retournement de tendance entre le 10 et le 20 mars, nous considérons la date du 15 mars comme notre “point 0” : la sur-mortalité est considérée comme nulle au 15 mars. Ainsi recalée, la courbe de sur-mortalité apparaît largement proportionelle à la courbe de mortalité en hopitaux (en rouge, calculée à partir des données Santé publique france départementales). La courbe en pointillés bleus traduit cette proportionalité : elle correspond à la modélisation des données INSEE en fonction des données des hopitaux (une régression linéaire : la sur-mortalité INSEE est estimée à peu près égale à 1.7 fois la mortalité en hopitaux + 422). L’excellente correspondance entre la courbe en trait pointillé bleu et la courbe bleue valide cette transformation et permet de continer la courbe pour les chiffres INSEE non encore publiés.

On remarque ainsi que la courbe des chiffres officiels (verte) initialement et jusqu’au 1er avril à peine supérieure aux chiffres en hopitaux est maintenant très proche de notre estimation à partir des chiffres INSEE.

Cela démontre que les mortalités publiées officiellement pour les hopitaux français et les mortalités totates annoncées au niveau nationales sont totalement compatibles avec la sur-mortalité estimable à partir des chiffres de l’INSEE au moins depuis mi-avril 2020. Les chiffres officiels français au niveau national ne sont donc ni scandaleusement sous-estimés, ni scandaleusement gonflés même si peut-être légèrement sous-estimés : la courbe verte reste un peu en dessous de la courbe bleue ou pointillée bleue. 

Cohérence des chiffres internationaux

J’ai déjà développé ce point sur ici ou . Ces comparaisons doivent se faire en prenant en compte les tailles de population où se déroulent les épidémies ainsi que les structures d’âge de ces populations. La conclusion est claire, les ordres de grandeur sont similaires entre différents pays (France, Italie, Espagne et même la Ville de Wuhan en Chine) ce qui ne permet pas de conclure à un grain très fin (en épidémiologie en temps réel, les facteurs 2 arrivent vite, comme on l’a vu le 17 avril en Chine avec l’augmentation soudaine de 50% du nombre de morts à Wuhan ou comme on vient de le voir pour les chiffres officiels français qui n'ont été capables d'incorporés les morts au delà des hopitaux que début avril). Cependant, il les dynamiques entre pays sont bien comparables avec une stabilisation de l’épidémie au niveau des pays généralement au niveau ou sous le niveau atteint à Wuhan.

Ca donne une indication chiffrée mais encore très imprécise (un facteur 2 est aussi vite arrivé quand on regarde des courbes en échelle logarithme) de ce que les pays indiquent des chiffres compatibles les uns avec les autres.

Evaluations indépendantes

Aller voir, c’était par exemple la démarche de l’OMS en Chine en début d’année, la mission d’observation est venue (en février 2020) elle a vu et elle a alerté le reste du monde en disant qu’il fallait se préparer au pire :

“Le virus COVID-19 est un nouvel agent pathogène très contagieux, qui peut se propager rapidement et doit être considéré comme capable de provoquer d'énormes répercussions sanitaires, économiques et sociétales dans n'importe quel contexte” (traduction de l'auteur du blog). 

Sa mission n’avait pas explicitement pour mission d’évaluer la fiabilité des chiffres mais elle a clairement conclu à un contrôle réel de la maladie par le gouvernement chinois grâce à une réaction imparfaite mais exceptionellement forte et agile (Rapport officiel, p17, point 3). L’OMS a fait du bon boulot, elle est d'ailleurs attaquée et il faut la défendre.

On manque un peu à ma connaissances d’évaluations externes dans d’autres pays mais vu ce qui sort de la communauté hospitalière internationale via les réseaux sociaux, il semble assez claire que la maladie est exceptionelle, et que là où l’épidémie a frappée, elle est en décrue dans tous les endroits où quelques semaines après des mesures strictes de distanciation sociale (la plus sévère étant le confinement à la maison de l’ensemble de la population). 

Dans l'ensemble ces différentes manières de regarder la données convergent: il y a sans doute des imperfections dans les données mais elle sont du bon ordre de grandeur et peuvent être une considérées comme une base fiable pour décider quelles doit être notre attitude collective face à cette pandémie. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.