Les portes dérobées par lesquelles passent les marchands de pesticides

Par-delà les manœuvres techniciennes, qui instrumentalisent la science et le droit, il y a bien sûr l'omniprésence des lobbies de l'industrie dans les couloirs et des commissions d'études des parlements, à l'échelle nationale et européenne. Mais, toute cette artillerie, chèrement et savamment déployée semble se révéler, de plus en plus, dérisoire...

Comme chantait Pierre Perret, au début des années 70: "C'est bon pour la santé tous ces produits traités!" Cette contre vérité, chantée depuis lors avec beaucoup de cynisme dans les rapports officiels, est enfin combattue par la plus grande majorité des citoyens.

Les premiers touchés - ce qui est logique - sont ceux qui les pulvérisent. Une omerta dans le milieu, maintenait dans l'ombre la tragédie de l'intoxication des travailleurs agricoles. Est-ce par honte de s'être fait blouser par des marchands de mort? Et d'être rentré dans un cercle vicieux de dépendance?...

Après les témoignages courageux et bouleversants d'agriculteurs qui ont payés de leur santé, viennent les études, les procès et les décisions de justice - les uns nourrissant les autres. Un décret publié le 9 juin 2015 reconnaît le caractère professionnel de la maladie du lymphome malin non hodgkinien chez les agriculteurs. En cause, l'usage habituel des "composés organochlorés, aux composés organophosphorés, au carbaryl, au toxaphène ou à l'atrazine."

Au nombre des premiers exposés aux effets toxiques des pesticides se trouvent les riverains des champs traités, qui pour le coup se trouvent impliqués bien malgré eux. C'est l'objet de la vague d'arrêté municipaux qui fait boule de neige ces derniers mois (Lire: Une action contre l'usage des pesticides donnant du crédit aux discours écologiques) et qui tente de palier à la lâcheté des Gouvernants successifs, qui reculent devant l'obligation de statuer sur la distance à respecter vis-à-vis des habitations pour l'épandage des pesticides. "Mardi 10 avril 2018, une étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) et éditée par l'agence sanitaire Santé publique France, montre que le risque de maladie de Parkinson ne se limiterait pas seulement aux agricultures, mais à la population habitant dans des régions agricoles et plus particulièrement viticoles, en France métropolitaine." (Lire l'article de Sciences et Avenir)

Tous ces déballages médiatiques dirigent l'attention vers les portes dérobées par lesquelles passent les marchands de pesticides. Celles-ci ont été dénoncées depuis toujours par les milieux scientifiques et les organisations non gouvernementales. Des souterrains occultes ont été percés à plusieurs niveaux; notamment celui de l'évaluation des effets des pesticides et de leur imbrication juridique dans les accords de libre échange.

Un rapport de l'ONG "Génération futures" montre comment l'industrie des pesticides édicte ses propres règles. Il s'agit d'une forme organisé de duperie passant par l'instrumentalisation de la science au service des intérêts industriels et financiers. « Sur 12 méthodes d’évaluation des risques des pesticides étudiées dans ce nouveau rapport du Pesticide Action Network, publié en collaboration avec Générations Futures, il s’avère que 11 ont été développées ou promues par l’Industrie ! »  Les employés des industries ont infiltré tous les cabinets d'expertises pour y obtenir la validation de leur contre-vérité scientifique.

Les études toxicologiques indépendantes, suite à des recours, font toujours apparaitre des résultats très différents et particulièrement accablants pour les industries du pesticide. (Voir: "Rejet des contestations de retrait de l'autorisation de mise sur le marché du Gaucho") Mais, comme chaque produit est l'objet de nouveaux risques, toujours perfidement cachés, la preuve de la supercherie est à refaire à chaque fois...

Quand le rejet est plus massif et porte sur une famille de produits, comme les néonicotinoïdes, la perfidie est toujours de mise. L'association Pollinis déplore dernièrement que "le sulfoxaflor et la flupyradifurone soient (...) habilement classées dans une catégorie différente des néonicotinoïdes au moment précis où l'interdiction de ces derniers commençait à être envisagée par les autorités." Et précise que "Cette classification opportune – par et pour l’agrochimie – est contestée par les chercheurs indépendants."

L'autre porte dérobée, par laquelle les ventes des pesticides sont soustraits au contrôle, est en fait une véritable autoroute: ce sont les accords de libre-échanges, anciens et plus récents (CETA, Mercosur...) Les clauses facilitatrices du commerce, savamment libellées, permettent à des produits, qui ne répondraient pas aux exigences de la législation européenne de faire, malgré tout, l'objet de commerce avec l'Europe (pesticides, OGM...)

Par-delà ces manœuvres techniciennes, qui instrumentalisent la science et le droit, il y a bien sûr l'omniprésence des lobbies de l'industrie dans les couloirs et des commissions d'études des parlements, à l'échelle nationale et européenne. Mais, toute cette artillerie, chèrement et savamment déployée semble se révéler dérisoire face à la généralisation du ras le bol sur cette question lancinante de l'usage des pesticides.

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