On dirait le Sud

Je suis né dans une région de notre "douce France", où le paysage s'est considérablement transformé, sous l'invasion des infrastructures urbaines, commerciales et agricoles. Alors que je ne m'en suis pas encore remis, voilà que le climat, qui évolue mal, lui aussi, malmène franchement le peu de nature qui y subsiste.

Le climat d'une douce France, vallonnée et verdoyante, (est) était globalement tempérée, à l'exception de quelques zones montagneuses ou méditerranéennes. Ceci semble ne plus être le cas.

Si vous vous égarez, cet été, dans le Morvan, zone verdoyante, s'il en est dans la mémoire collective française -ainsi que dans les manuels de géographie,- vous assisterez à un spectacle surréaliste: des forêts, qui tentent de conserver leur toison verte contrastant radicalement avec des pâturages devenus paillassons, où des bovins agars foulent une herbe jaune comme de la paille.

Et, cela, depuis deux étés consécutifs: 2018 et 2019. C'est peut-être une anomalie, mais peu banale, car déjà trop durable pour ne pas être prise en considération.

Certains climatosceptiques, ou même libres penseurs, qui ne se laissent pas impressionner pas les faits, soutiennent que le poncif du réchauffement est une mode ridicule; et, qu'il y a bien d'autres facteurs en jeu, que nous oublions de prendre en considération...

Si le but est de tenter de dédouaner de leur responsabilité les évolutions radicales des activités humaines depuis l'ère industrielle, je leur propose de considérer un autre aspect, moins patent pour le commun des mortels (donc plus aisément passé sous silence): la disparition accélérée des espèces vivantes; la fameuse 6e extinction des espèces, qui alarme tant les biologistes et laisse si froid l'opinion publique!

Sur ce sujet, relativement délaissé, la responsabilité de l'espèce humaine est unanimement reconnue. Particulièrement, du fait d'une causalité directe, l'homo sapiens étant un redoutable et impitoyable chasseur; responsable, à part entière, de la disparition de certains grands mammifères, comme le mammouth. Cela ne date donc pas d'hier. Aujourd'hui s'ajoute, l'usage généralisé de puissants écocides en agriculture. Un insecticide tue immanquablement et massivement des êtres vivants, et pas seulement de manière ciblée, contrairement à l’argument illusion destiné à déculpabiliser son utilisateur et, au delà l'opinion publique qui acceptera d'autant mieux la production industrielle de la nourriture.

Cet impact très négatif de l'être humain sur la survie des autres habitants de notre planète, est peu discutable et même très fortement dénoncé, par des minorités engagées, dont le grand public peine encore à emboiter le pas. Ainsi, si le but des climatosceptique est de tenter de dédouaner de ses  responsabilités l'être humain, la démarche est vaine ou, au pire, très court-termiste.

La corrélation entre la concentration des gaz à effets de serre, dont notre civilisation est magistralement productrice, et l'augmentation moyenne globale de la température à la surface du globe est raisonnablement incontestable. Il reste que les manifestations précises et localisées, dans le temps et dans l'espace, ne peuvent être prédites précisément, ni comment les mécanismes de régulations du climats sont impactés. Les fluctuations seront, et sont d’or et déjà, considérables; ce qui ne peut en rien nous rassurer. Dans un temps très rapproché en Bourgogne, comme dans bien d'autres régions françaises, le mois de mai a été le plus froid depuis 40 ans et les mois de juin et juillet ont enregistré des extrêmes totalement inédits!

Il ne s'agit plus de parler de climat tempéré en Bourgogne. Je lui est donné un nom, certes peu précis et scientifique, mais très évocateur des conséquences qu'il engendre: climat "chaotique". C'est un climat de transition, sans doute durable, extrêmement surprenant et imprévisible par les méthodes habituelles, empiriques ou statistiques. Il ne s'agit pas d'une simple remontée du climat du Sud vers le nord - ce qui est déjà, en soit, une catastrophe, par l'extension des zones arides, - mais d'un régime improbable, créant pour le moins des déphasages et de graves problèmes d'adaptation, comme pour les prairies morvandelles et le cheptel qu'elles sont censées alimenter.

Dans différents secteurs de l'agriculture, tout au moins, les activités, déjà mises à mal par une pression économique insensée, se trouve menacée par un tel régime climatique.(Lire, également, ce billet) Dans le secteur apicole, où j'ai acquis, en Bourgogne, une certaine expérience - le plus souvent à mes dépends, - la situation est extrême. Ce n'est, d'ailleurs, pas la seule région a être autant impactée cette année, en particulier dans le grand est de la France. (Exemple en Alsace)

Les abeilles, issues de climat tropical, de par leur constitution, ne craignent nullement les fortes chaleurs, pourvu qu'elles aient accès à l'eau. Cependant, la flore dont leur survie dépend totalement, ne peut s'adapter à des fluctuations aussi fortes. C'est donc en cascade que le bouleversement climatique perturbe fondamentalement la chaine alimentaire; sol, flore, insectes, autres animaux et êtres humains.

Lorsque nous sommes urbains – ce que nous sommes en grande majorité,-  nous nous estimons hors de portée de cette menace; préservés -mais pour combien de temps encore? - par la longue chaine commerciale qui alimente nos étalages. Pour le moins, nous subirons une augmentation des prix des denrées alimentaires, mais pas encore dans l'immédiat de pénuries, forts de notre insolant pouvoir d'achat. Je vois là un excellent prétexte pour ne pas nous soucier du réchauffement climatique, à la hauteur de la menace qu'il représente, à termes.

Mais, nous parer de prétextes, n'est guère digne et dénote une certaine mollesse de l'être. Et, c'est peut-être cela le plus préoccupant: cette paresse de nos sens et de notre pensée, qui conduit inéluctablement à celle de notre conscience. Le fait que le Sud atteint les frontières du nord, ne devrait pas nous inciter à nous vautrer dans la plus béate des insouciances. Il ne suffira pas de mettre en route la clim, pour arrêter de transpirer à grosses gouttes?... Si nos étalages manquent de denrées consommables; il faudra  bien aller cultiver, nous-mêmes, une portion de terre congrue, devenue tellement plus ingrate par notre insoutenable et durable indifférence!

On dirait le Sud, cet été, en Bourgogne... Mais cela n'est pas, du tout, une bonne nouvelle dans le climat, lui aussi très inquiétant, de passivité ambiante actuelle!

 

Document 1: Surexploitation des terres et climat: le Giec souligne un cercle vicieux Source Mediapart

Extrait: "Dans le résumé rendu public jeudi, les scientifiques du Giec documentent un cercle vicieux : plus les terres sont dégradées, moins elles participent à la lutte contre le dérèglement climatique, et plus la crise climatique s’exacerbe, et plus les terres sont dégradées" Christophe Gueugneau, juriste et journaliste

Document 2: CLIMAT Pourquoi faut-il changer de système agricole et alimentaire? Source CCFD - Terre Solidaire

Document 3: Quelles voies de sortie pour la crise agricole? Source notre-planete.info

Extrait: "Nous assistons dans le plus grand désarroi à l'enlisement dans une crise agricole profonde, qui a des racines dans une crise sociale et économique profonde impliquant une menace écologique sans précédent. L'absence de prise en main collective des propositions concrètes et pertinentes formulées depuis plus d'un siècle va-t-elle durer? A nous tous et nous toutes d'en décider!"  Yves Robert, agroécologue et auteur

Document 4: Pourquoi promouvoir l’agroécologie paysanne? Source CCFD - Terre Solidaire

 

 

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