La récolte sera bonne

Ironie du sort : la pression économique, source de tous les maux, qui s’est d’abord exercée directement en tentant d'éliminer les paysans, s’exerce, aujourd’hui, de manière démultipliée: - par l’érosion des écosystèmes sous la pression des engins, des engrais et des pesticides, et, - plus récemment, encore, par la fréquence des épisodes climatiques extrêmes.

Canicule © Yves Robert Canicule © Yves Robert
Dans le champ récolté, sous la canicule soudaine de juin - qui a suivi le printemps le plus froid depuis quarante ans, - le tracteur a pris feu. Les sols, les hommes et jusqu’aux machines ont atteint les limites des sollicitations, qu’ils peuvent endurer.

La mauvaise nouvelle, c’est que cela ne fait que commencer…

 

En effet, comme le titrait, il y a déjà une décennie, Novethic: « Les conséquences du réchauffement climatique sont irréversibles » Voir l'article

La conséquence, c’est que nous sommes « désormais dans un scénario d'adaptation » et plus seulement «d'atténuation des impacts. »

Sur ce sujet, les interventions, même récentes, laissent encore trop planer la confusion : le retard pris, ces trois dernières décennies, dans les mesures appropriées, entraine définitivement des conséquences lourdes pour l’évolution du climat et son impact sur les écosystèmes et les activités humaines.

Il peut, effectivement, être un peu douloureux d’évoquer une telle première défaite…

Allons-nous pour autant, continuer à nous montrer aussi inconséquent face au défi toujours plus lourd  à relever ?!

 

Il y a eu - et il y a encore - beaucoup trop de non-dits, et, surtout, d’impardonnables ignorance et indifférence. Les auteurs des rapports du GIEC déplorent, publiquement, le manque d’intérêt persistant et quasi systématique des décideurs politiques à l’égard de ces questions brûlantes, s’il en ait. Trop brûlantes ?…

Lors de son dernier rapport remis fin 2018, le GIEC a dépassé un tant soit peu, le cadre de ses missions en suggérant certaines des mesures exceptionnelles et sans précédent qu’il convient de prendre dans les plus brefs délais. Toujours sans réaction significatives de la classe politique…

Il est à craindre, que cette dernière ne parvienne de la sorte à user la patience et la docilité des sociétés humaines prises en otage du jeu politique. En particulier, chez la jeune génération qui va prendre de plein fouet les premiers chamboulements à très grande échelle.

Greta Thunderberg, adolescente de 16 ans et initiatrice des marches pour le climat, s’exprimait de la sorte à la tribune de la COP24 : « Notre biosphère est sacrifiée pour que les riches des pays comme le mien puissent vivre dans le luxe. Ce sont les souffrances du plus grand nombre qui paient pour le luxe du plus petit nombre. Et si les solutions au sein du système sont impossibles à trouver, nous devrions peut-être changer le système lui-même. » La seule réponse juste aurait dû être un silence respectueux face à cette indignation exprimée avec tellement de retenue… Au lieu de cela, les applaudissements qui ont suivi ont paru tellement dérisoires et incongrus. Voir la vidéo

 Nous tardons à accepter, collectivement, la défaite de notre système ; à commencer par ceux à qui il profite encore le plus… L’émission de gaz à effet de serre est, encore très majoritairement, le fait des pays dits « riches ». Cela veut bien dire que le modèle économique, pourtant dominant, s’est très complaisamment et lourdement fourvoyé.

De quelle crédibilité peuvent encore se parer les tenants d’un pouvoir et d’un dogmatisme économique qui nous ont propulsés aussi loin dans le décor ? L’exemple de la politique d’industrialisation de l’agriculture est un modèle de non-sens et d’inconséquence sur un sujet primordial, l’alimentation.

Cette politique s’est littéralement acharné sur nos écosystèmes, patiemment constitués, par la main de la nature et amendés par celle de l’homme :

  • arrachage de centaines de milliers de kilomètres de haies et de parcellaires boisés, sans aucune compensation,
  • imposition de l’usage de semences brevetées et de produits phytosanitaires,
  • réduction drastique de la diversité des cultures et des pratiques,
  • destruction de la faune auxiliaire, dont les pollinisateurs.

Il reste, à la génération à venir, une terre en grande partie « brûlée », aux écosystèmes exténués, et qui plus est, n’arrêtera pas de se réchauffer…

Les récoltes prochaines risquent de ne pas être bonnes…

La toute première initiative à prendre me parait être de ne pas laisser l'indifférence prospérer.   En particulier, en ne laissant la classe laborieuse, seule face à son désarroi. Les marches pour le climat pourraient aller aussi à la rencontre des fermes, qui se meurent dans le silence des campagnes. Dans le même ordre d’idée, ces marches pourraient avoir d’autres destinations bien ciblées.

Face aux très mauvaises passes, aux mauvaises récoltes qui vont se répéter, il est possible de répondre par une solidarité évidente. C’est la base indispensable d’un vrai et urgent changement de politique, qui ne contourne pas l’ampleur et la hauteur des obstacles à surmonter. Et qui conduise à prendre des décisions, loin des ornières d'un dogmatisme criminel.

 

Document 1: Complicité de malfaiteurs contre l'humanité Source Mediapart

Document 2: Composer humblement avec les lois sociales et celles de la nature  Source Mediapart

Document 3: On dirait le Sud Source Mediapart

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.