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Billet de blog 12 sept. 2019

Notre addiction à la rationalisation est une folie

Pris entre la nécessité morale de changer radicalement de cap et la poursuite, dans les faits, de la mauvaise trajectoire de notre civilisation, nous nous trouvons en pleine dissonance cognitive.

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Sébastien Bolher, rédacteur en chef de la revue Cerveau & Psycho, a mis au jour "le bug humain" de ce XXIe siècle consistant dans le fait que "notre cerveau nous pousse à détruire la planète", selon le titre même de son livre publié récemment aux éditions Robert Laffont en 2019.

Son argumentaire soulève, notamment, les questions suivantes: "Peut-on lutter contre soi-même ? Et si notre cerveau était devenu notre pire ennemi ?" Cela expliquerait que, dans la situation extrêmement difficile où se trouve l'humanité, nous nous contentons de rester en roue libre. Comme si le contrôle de nos fonctions cérébrales pouvait nous échapper à ce point. Comme si nous étions, déjà, toutes et tous devenus fous...

Certes, nous nous trouvons dans une situation psychique assez particulière, du fait de la dissonance cognitive sévère qui provient de la contradiction entre la nécessité morale de changer radicalement de cap et notre contribution, dans les faits, à la poursuite de la mauvaise trajectoire de notre civilisation.

« Dans la situation de soumission induite, les participants sont conduits à réaliser des actes allant à l'encontre de leurs attitudes ou opinions ou encore de leurs motivations(…) Des expérimentations montrent :

  • Qu’il est possible de modifier les attitudes d’un individu en l’amenant à réaliser un acte qu’il n’aurait pas réalisé spontanément et qui, par conséquent, peut être qualifié d’acte de soumission : défendre oralement ou par écrit un point de vue différent du sien.
  • Que les modifications d’attitude consécutives à l’acte de soumission dépendent de la rémunération offerte.

(...) La théorie de la dissonance décrit le processus par lequel un agent obéissant et déclaré libre rationalise ses comportements problématiques impliqués par son obéissance, c’est-à-dire finit par attribuer suffisamment de valeurs à ses comportements pour que leurs réalisations soient justifiées. Il s’agit de la rationalisation cognitive. » (Source : https://www.researchgate.net service d’accès à des textes scientifiques)

Partant de l'hypothèse "bolherienne" d'une inadaptation de nos fonctions cérébrales aux enjeux de la civilisation humaine moderne, nous voilà aiguillé sur une piste nous re-responsabilisant: notre addiction à la soumission.

Soumission, certes non voulue délibérément; et, surtout, non dite, puisque nos instituons démocratiques proclament officiellement la poursuite de la préservation de nos libertés. Mais, nous voyons bien que, dans les faits, que ce n'est pas le cas. Nous nous trouvons, bel et bien, en situation de soumission, certes induite, mais bien réelle. Nous en avons pris l'habitude, l'éducation nous ayant aidé à prendre le pli.

Les agriculteurs sont soumis à l'usage des pesticides, que la plupart d'entre eux réprouvent. (Lire: Sortir de la dépendance aux pesticides  Source: fondationbiodiversite.fr). Les salariés sont soumis aux perversions institutionnalisées d'un système socialo-économique mettant au commandes les plus narcissiques d'entre-nous (Lire: Le pouvoir comme perversion narcissique  Source:inventin.lautre.net). Les citoyens est soumis à des autorités qui conduisent notre destinée en sans inverse, risquant à tout moment le crash... (Lire: Complicité de malfaiteurs contre l'humanité... Source Blog Mediapart)

Le vrai danger n'est pas tant notre situation actuelle de soumission que le fait que dans la trajectoire de la soumission, il n'y a pas de point limite... Puisque, tout être vivant, par nature autonome, a déjà franchi une ligne rouge en se soumettant durablement, pour quelque motif que ce soit.

Qu'est-ce qui fait que nous passons plus de temps à justifier que nous ne le faisons pas, plutôt qu'à chercher les possibilités de le faire?

Au demeurant, il est aussi évidant, qu'isolément, nous sommes grandement fragilisés. C'est pourquoi l'individualisme forcené est un ennemi bien plus grand que notre propre cerveau, qui certes, à la fâcheuse tendance à fonctionner plus allègrement sur les plans à très courts termes, que dans les perspectives à long termes. Mais, cela reste une question de manque d'entrainement.

Oui, nous pouvons - et sans doute devons - lutter contre nous-mêmes, pour d'abord sortir de la soumission et de l'isolement et, recouvrir ainsi nos pleines capacités à relever les défis du XXI siècle!... Et ne pas laisser faire plus d'autoritarisme dans le secret espoir d'être obligé par d'autres à faire ce que nous n'avons pas le courage, par nous-même, d'entreprendre.

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