L’exposition des abeilles aux pesticides

Dans ma pratique apicole, je me sens prioritairement concerné par les enjeux la destruction du vivant par des modes de production, de consommation et de pensée inappropriés. J'évoque ici le triste sujet la dépendance aux pesticides. C'est un dur combat, qu'il faut mener pour en sortir... Telle une vraie cure de désintox!

Effondrement des écosystèmes

Dans son livre aux éditions Rustica : « Un petit rucher bio. Tous les conseils pour débuter » Jérôme Alphonse, apiculteur dans le Vercors explique posément : 

« Des milliers d’apiculteurs ont cessé leur activité ces dernières années , ne comprenant pas pourquoi ce qui avait toujours fonctionné conduisait à la mort de leurs chères protégées (…) Le réflexe est de penser que tout cela n’est sûrement pas si compliqué et qu’il suffit de revenir à des pratiques plus naturelles (…) Malheureusement, c’est oublier que les marais riches de biodiversité, les grandes prairies emplies de fleurs et fauchées lentement , les fermes plantées de multitudes de fruitiers, de tilleul et autres framboisiers, ont été remplacés dans bien des régions par de grandes surfaces agricoles de monocultures dopées aux traitements chimiques dévastateurs. »

L’indifférence impensable à l’égard de l’effondrement biologique de notre environnement et l’usage des pesticides vont de pair.

L'arrivée des néonicotinoïdes

Il y a déjà quelques années, je me suis procuré un ouvrage de référence sur les pesticides : « Enjeux phytosatinaires pour l’agriculture et l’environnement » aux éditions Lavoisier.

« L’arrivée des néonicotinoides sur le marché est considérée comme l’évènement le plus important des trois dernières décennies dans le domaine des insecticides organiques de synthèse. », ai-je pu lire à la page 31 de cet ouvrage… Cela m’a véritablement glacé le dos. Il est clairement expliqué : « les néonicotinoîdes sont des insecticides systémiques, de contact et par ingestion ». C’est une redoutable invention, qui a fait des ravages considérables dans toutes les populations d’insectes non visés, dont les polinisateurs. On compte, dans cette famille infernale de molécules tueuses, le thiamethoxam.

Les abeilles se sont trouvées concernées par ces molécules destructives, alors même qu’elles contribuent très significativement à la pollinisation des cultures des oléagineux, comme le colza ou le tournesol. Faut-il en conclure que des experts, inventeurs et hommes d’affaire seraient en sérieux déficit de connaissances en matière de biologie et d’expérience du vivant ?... En tout cas, il me parait  évident que beaucoup de chemin est à faire pour réintégrer, dans nos préoccupations humaines prioritaires , la compréhension de la réalité de la vie sur Terre, dont notre avenir dépend pourtant.

Enlisement dans le recours aux pesticides depuis le début de l'ère industrielle

Le Cruiser a été retiré du marché en France en 2012, au début de notre installation en apiculture. Un article publié à l’époque commente : « Après l'annonce d'une probable interdiction du Cruiser OSR utilisé en enrobage de semence du colza, faite durant les élections présidentielles, la LPO (La Ligue de Protection des Oiseaux) se réjouit de constater que Le Ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, ait annoncé le 29 juin le retrait de son autorisation de mise sur le marché. La LPO rappelle que la matière active concernée est le Thiaméthoxame (Cruiser), substance appartenant à la famille des néonicotinoïdes, tout comme l'imidaclopride (Gaucho).

La LPO regrette en conséquence que ce ne soit pas la famille des néonicotinoïdes, présentant une toxicité semblable, qui soit en totalité retirée du marché. L'imidaclopride, par exemple, possède une toxicité équivalente à 7297 fois celle du DDT interdit en 1972 ! On trouvera par ailleurs, ci-joint, la carte de la contamination des eaux de surface par cette molécule (…)» (www.lpo.fr)

L’enlisement dans la problématique des pesticides, qui a culminé durant ces dernières décennies persiste depuis le début de l’ère industrielle. En touchant, au passage, bien d’autres aspects que le maintien des pollinisateurs.

Les abeilles ne sont pas équipées biologiquement pour détecter la dangerosité des molécules de synthèse produites pas le génie ( ?!) de notre science. Elles n’ont probablement jamais croisé pareille incongruité depuis leur existence sur Terre, légèrement antérieure à la nôtre…

La scène qui se joue actuellement au niveau européen fait désordre

Dans le magazine Santé de l'abeille numéro 290 d'avril 2019 , Janine Kievits, commente ainsi les hésitations actuelles au niveau décisionnel européen:

" La scène qui se joue actuellement au Comité permanent des plantes, animaux et aliments (SCOPAFF, Standing ommitee on Plant, Food and Feed) fait désordre: il est assez gênant de voir les États membres remettre en cause, pour des raisons d'ordre économique, les conclusions de l'expert scientifique de la Commission (l'EFSA, Autorité européenne de sécurité alimentaire). Car enfin; l'EFSA avait produit avec le BDG (Bee Guidance Document), il y a 5 ans déjà un véritable travail d'expertise. Le BGD est scientifiquement fondé et justifié en chacun de ses points."

Quand il s'agit de santé, de santé environnementale, de protection de l’environnent et in fine de sauvegarde de notre avenir alimentaire, comment se fait -il que d'autres intérêts, en particulier mercantiles et à courts termes, puissent être mis en balance? (Voir: Sortir de l'impasse écologique actuelle )

Des États et une classe dominante dans le déni

Les États et les élus sont dans le déni, contre l'avis scientifique et celui de l'opinion publique, comme le commente le Journal de l'environnement:

"Intense actualité sur le front des pesticides en France. Alors que se déroulaient ce 1er février quelque 780 rassemblements en France à l’appel du mouvement des Coquelicots – qui appelle à l’interdiction de tous les pesticides de synthèse –, Emmanuel Macron était aux Antilles pour animer une réunion du Grand débat national.

S’en est suivi un échange tendu sur le chlordécone avec Victorin Lurel, sénateur et ex-ministre des Outre-Mer. Échange au cours duquel le président de la République a affirmé, contre toute évidence scientifique : « Il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérogène parce qu’à la fois on dit quelque chose qui n’est pas vrai et on alimente les peurs. »

Deux éminents spécialistes du sujet (les professeurs Luc Multigner, directeur de recherche à l’INSERM et Pascal Blanchet, professeur à l’université des Antilles et chef du service urologie du CHU de Pointe-à-Pitre) ont immédiatement répondu de manière circonstanciée. Et indignée."  http://www.journaldelenvironnement.net/article/pesticides-l-etat-et-les-elus-dans-le-deni,95974

 

Document 1: Entre la promesse de l’infini et la réalité de la destruction Source lecourrier.ch

Extrait: "A partir du XVIIe siècle, une poignée de penseurs mâles, occidentaux, marqués par un contexte religieux spécifique, ont proposé une vision du monde très questionnable, et qui perdure. La plupart des universités proposent des formations en «sciences de l’environnement». Comme si l’humain pouvait se détacher de ce qui l’environne, et le gérer, à l’image d’une machine." Blaise Bonvin

Document 2: Une action intelligente et coordonnée donnant du crédit aux discours écologiques  Source Mediapart

Bibliographie: La haine de la nature, de Christian Godin, Collection L’Esprit libre, Champ Vallon, 226 pages, 19 €. Sortie : septembre 2012.

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