Sortir de l’impasse écologique actuelle : l’exemple emblématique des abeilles

La pollinisation est un service gratuit dont la pérennité est remise en question avec le nivellement de la biodiversité végétale qui assure l’approvisionnement des abeilles. La restauration des écosystèmes ne se fera pas sans une remise en cause radicale des poncifs erronés de notre économie et sans en tirer toutes les conséquences.

Moins de fleurs, moins d’abeilles ; et, vice versa

 Nous sommes tellement habitués aux paysages cultivés que nous n’avons pas une idée très claire de la biodiversité végétale naturelle sur laquelle s’est appuyé le fabuleux développement de l’abeille mellifère. Fabuleux développement auquel elle a participé dans une spirale montante : davantage de ressources donc davantage d’abeilles, et davantage d’abeilles donc davantage de ressources à terme.

Pourtant, depuis quelques décennies, une spirale dépressive se développe presque sans frein : la baisse de la diversité et de la qualité des ressources entraîne immanquablement une diminution du nombre d’abeilles… et vice versa.

L’urbanisation et l’agriculture ultra-mécanisée ont uniformisé les paysages, nivelant radicalement la biodiversité. Dans ces zones, les espèces animales dépendant directement de cet approvisionnement disparu ont dépéri en nombre, dont les insectes pollinisateurs de tout bord. Et c’est toute la chaîne alimentaire qui en est affectée (dans laquelle s’inscrit l’être humain, ne l’oublions pas).

Dans ces conditions, l’élevage d’abeilles devient une activité agricole des plus ardues.

 Une apiculture de repli et de résistance

 La diversité d’alimentation des abeilles indispensable à leur bonne alimentation et donc à la viabilité de leur système immunitaire est de moins en moins assurée par l’érosion de la biodiversité végétale. Les répercussions sur la santé des colonies est évidente.

La densité de ruches qui peut être prévue dans un rucher est de plus en plus restreinte, tant les ressources se font rares sur toute la saison apicole. Les apiculteurs déplacent de plus en plus souvent leurs ruches sur des distances de plus en plus grandes. Et, dans les zones où les risques d’intoxication par les pesticides sont importants le service de pollinisation devient déficitaire, y compris par les pollinisateurs sauvages.

L’apiculture se replie dans les niches écologiques restantes. (Voir:  Apiculture respectueuse de la nature )

Devant un tel désastre, des apiculteurs et naturalistes revendiquent une autre approche : une apiculture de sauvegarde. Sauvegarde des terroirs, de l’abeille locale, recensement et préservation des colonies en habitats sauvages, mise à disposition d’habitats pour ces colonies sauvages dans les lieux préservés.

 Une priorité : la restauration des écosystèmes

 La restauration des écosystèmes va au-delà des mesures immédiates prise pour compenser un tant soit peu les disparitions des ressources mellifères.  La promotion est faite des jachères fleuries en attendant que des actions de fond soient engagées.

L’aménagement des zones agricoles est fondamentalement à revoir avec la disparition d’une strate essentielle : les arbres. L’exploitation même des forêts, avec la simplification des essences présentes et une mécanisation outrancière souffre d’un déficit important de savoir-faire.

Pour le moment, la monoculture agricole est défaillante pour créer un environnement permettant  l’approvisionnement des colonies d’abeilles. Mais d’autres modes de conduite agricole commencent à se développer. L’agroécologie repense les cultures en termes d’écosystèmes. L’agroforesterie, quant à elle, propose de réintroduire les arbres dans tous les systèmes de cultures. En effet, les arbres en fleurs fournissent une abondance de ressources pour les pollinisateurs. Ils possèdent une importante surface de floraison et du nectar en grande quantité grâce à leur important flux de sève et leur capacité à puiser l’eau dans les sols, même en période de canicule. Ils offrent aussi une protection contre la chaleur excessive aux plantes poussant à l’ombre et préservent les sols qu’ils abritent de l’évaporation. Les arbres ont un point commun avec les abeilles : ils jouent pleinement la réciprocité. Se nourrissant des ressources du sol, les arbres en développent la surface et la qualité.

 Sortir les alternatives du confinement social et économique

 L’information sur l’existence des alternatives reste très faiblement relayée dans les media, en dehors des pionniers, qui ont une visibilité médiatique surtout personnelle, malheureusement ; et, trop peu orienté sur le contenu précis de leurs propositions.

Des alternatives, pourtant pertinentes restent confinées dans des niches sociales et économiques. Cependant, des propositions concrètes, formulées et mises en application pour sortir de l'impasse ne manquent pas.

Le volet économique et social est inséparable de la refondation de l’agriculture évoquée précédemment. Il s’agit en, priorité de relocaliser la production agricole, au plus près des consommateurs. C’est aussi le moyen  le plus simple de garantir l’approvisionnement, mais aussi la transparence des procédés de production et de commercialisation. L'agriculteur libéré d'une pression économique insupportable peut consacrer toute son attention à l'impact de ses pratiques et à la qualité de ses productions.

La proposition en a été faite à différente reprises, de manière récurrente, d'une législation en faveur de l'exception agricole au sein du régime de l'économie libérale. L'alimentation n'est pas une banale marchandise. Légitimé par la nécessité universellement reconnue de garantir le premier de tous les besoins humains, celui de s'alimenter, cette exception s'appliquant à un domaine aussi significatif de l'économie ouvrirait une brèche pour la remise en cause intégrale de règles sociales et économiques devenues insoutenables.

 Pourquoi réorienter radicalement l’économie ?

Pour restaurer la viabilité de nos modes de vie, nous allons être amenés à rétablir le lien avec nous-mêmes (quels sont nos buts ? nos besoins humains ?...), entre nous (par un retour à plus de solidarité) et, enfin, avec la nature. Ces aspects ne sont guère séparables. C’est la séparation des choses qui conduit à leur incohérence.

Nous allons rétablir de la cohérence ; celle du sens commun, celle de nos aspirations profondes, qui ne nécessite pas du tout cette débauche actuelle de moyens et de compétition.

L’agroécologie part du principe qu’il y a des valeurs humaines et que la nature ne peut produire que si on respecte durablement ses cycles biologiques.

Il faut bien admettre qu’il s’agit là d’agir dans une perspective incompatible avec les dogmes et poncifs de l’économie déconnectée de la nature et des contraintes géographiques. Il n’est pas possible de ne pas en prendre acte et de ne pas en tirer toutes les conséquences.

 

Document 1Les plantes mellifères Source Mediapart

Document 2: D’après Emmanuel Macron, le capitalisme ultra libéral et financier court à sa perte… Source Mediapart

 

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