De Salomon à Mucchielli : flagrant délit d’imputabilité à deux vitesses.

Nos sens nous mentent et sont limités. Pour prendre conscience de certains phénomènes nous devons observer les effets qu'ils produisent pour nous rendre compte qu’ils existent bel et bien et comprendre leur nature. De Salomon à Mucchielli une chose est certaine : la différence de traitement est flagrante concernant la rigueur méthodologique des données et le traitement médiatique qui en est fait.

Enfoncé profondément dans mon plumar, j’étais bien parti pour faire ma nuit d’un trait quand soudain je me réveille en sursaut. Mes yeux s’ouvrent brutalement et mon cœur fait du rock’n roll. C’est à peine croyable, la vieille armoire de mémé Ginette tremble et une lumière blanche illumine l’entourage des portes. Je m’approche doucement et j’ouvre l’armoire. Un écran se trouve là-dedans, une vidéo démarre directement précisément à 22 minutes et 46 secondes.

Jérôme Salomon, point de situation coronavirus du mercredi 25 mars 2020 © ministère de la Solidarité et de la santé

Q ?: Comment les autorités de santé publique envisage à tester ceux qui sont décédés dans les Ephad pour savoir s’ils avaient le virus ou non ?

JS : Alors c’est une question évidement très douloureuse, il y a depuis des années des décès dans les Ehpad malheureusement et il y a des infections respiratoires aiguës dans les Ehpad, que ce soit VRS (virus respiratoire syncytial) des Bronchiolites ou de la grippe et la stratégie est la même, c’est-à-dire que quand quelques malades arrivent, quand quelques malades surviennent dans un établissement d’accueil, un ehpad, il faut les tester, c’est notre stratégie actuelle, pour savoir si le virus circule. Donc quand il y a deux ou trois cas, on teste deux ou trois premiers cas pour savoir si le virus circule dans l’établissement. Si d’autres malades surviennent, on est assez logique et c’est du bon sens, c’est toujours le virus qui circule, et en particulier en ce moment nous avons de moins en moins de grippe et de plus en plus de covid. Après l’enquête sur les décès est quelque chose de très délicat puisque c’est assez difficile de proposer un test post-mortem soit une autopsie, les familles souvent le refusent mais par contre il n’y a pas de débat sur l’imputabilité, sur le fait que oui ou non ce décès serait comptabilisé, je crois qu’il ne faut pas rentrer dans ce genre de débat : dans une période épidémique, les décès, même s’il n’y a pas de tests, sont considérés comme liées à l’infection virale, à l’épidémie et il ne faut pas aller dans ce genre de sujet difficile, pour les familles en particulier qui, voilà, sont dans le deuil et n’ont pas besoin qu’on rajoute des investigations qui peuvent être pénibles.

Tout droit arrivé du passé, l’archive laisse une trace indélébile pour ressortir au moment propice, lorsque l’urgence et la frénésie du présent est derrière nous. Cet extrait est accablant car il montre la légèreté avec laquelle les statistiques de santé sont construites alors que c’est sur celles-ci que notre suprême leader épidémiologiste et ses chevaliers de la table ronde s’appuie pour justifier les mesures de politiques sanitaires qui restreignent nos faits et gestes.

Leur stratégie est donc de tester «  deux ou trois premiers cas pour savoir si le virus circule dans l’établissement » puis on met tous les suivant dans la même case. Du « bon sens » et de la « logique » nous dit J.Salomon qui dans la foulée nous confie «  en ce moment nous avons de moins en moins de grippe et de plus en plus de covid » Et pour cause !

Ça ne choque personne ? Nos déplacements, nos boulots, nos relations sociales, nos modes de vie, la restriction de nos libertés reposent sur des données totalement artificielles ? Bons sens, logique vous dites ? Il n’en n’est rien ! Derrière cette pudeur face aux morts se cache un amateurisme coupable, de l’ incompétence, un artefact honteux. La fin de ce passage truffé d’injonctions pour bien faire comprendre que cet amateurisme ne doit pas être remis en cause est lourd de sens : il n’y a pas de débat sur l’imputabilité ; je crois qu’il ne faut pas rentrer dans ce genre de débat ; il ne faut pas aller dans ce genre de sujet difficile.

Non seulement ce n’est pas sérieux mais en plus se reposer sur le deuil des familles pour se justifier c’est vraiment minable et ce bégaiement terminant cette phrase inachevée en dit long également : « il ne faut pas aller dans ce genre de sujet difficile, pour les familles en particulier qui, voilà, sont dans le deuil et n’ont pas besoin qu’on rajoute des investigations qui peuvent être pénibles. » On essaiera de se convaincre et de croire que l’on ne peut pas vérifier l’imputabilité des décès au Covid sans examens intrusifs...



Soudain le masque tombe, non je vais pas dire que selon la commission d’enquête parlementaire la pénurie de masque en début de pandémie est imputé à Jérôme Salomon et qu’il a fait pression pour modifier ce rapport. (Voir Le Parisien) Non, le masque tombe car soudain je repense à l’article de Laurent Mucchielli censu.. heu « dépublié » par Médiapart. Je referme l’armoire et m’assoie sur le bord de mon lit.

L’argument principal de cette dépublication repose sur cette fameuse imputabilité. Médiapart nous a dit : « Mais il ne suffit pas de déclarer un effet survenu peu de temps après la vaccination pour qu’il soit considéré comme indésirable et imputable au vaccin : le lien de cause à effet doit être étayé. Pour ce faire, une investigation est réalisée afin d’écarter les autres causes possibles de survenue de l’effet en question telles qu’une autre maladie, la prise d’un autre traitement ou la durée qui s’est écoulée entre la vaccination et l’observation des symptômes. »

Et les « collègues » « sociologues » de Mucchielli rajoutent tout en délicatesse dans une tribune que son analyse « confond les décès intervenus durant une période consécutive à une vaccination avec ceux causés par la vaccination – une causalité qui, bien sûr, n’a été nullement avérée, et dont la probabilité est infinitésimale ». La conclusion arrive immédiatement : « C’est là un exemple de la confusion classique entre concomitance et causalité. Une faute de raisonnement qui ferait sourire de la part d’étudiants en première année mais qui, commise par un chercheur au CNRS, constitue une démonstration d’incompétence professionnelle ».

Nous sommes donc de manière flagrante face à une imputabilité à géométrie variable. Il serait légitime de reprendre ces leçons et de dire à la place :  « il ne suffit pas de déclarer un effet (la mort) survenu peu de temps après la contamination pour qu'il soit considéré comme imputable au virus : le lien de cause à effet doit être étayé. » Bon sens, logique, Nan ?

Pourquoi ce traitement différencié, cette exigence à deux vitesses ? Que font les journalistes, les experts en tout et sur tout ? (et surtout expert en fréquentation des salons du gotta) Que fait la justice ? Que font les scientifiques et les intellectuelles qui voient clairement cette mascarade, fanfaronnant en petit comité sans la dénoncer ouvertement ? Qu’est-ce qu’ils attendent tous ? Le courage certainement.

Laurent Mucchielli a le mérite de dire tout haut ce qu’il pense en s’appuyant sur ce qu’il voit, les chiffres du terrain, le réel et il n’est pas dupe face à ce traitement médiatique à deux vitesses qu’il dénonce dans son article qui a fait polémique.

« En d’autres termes, pour la plupart des journalistes, les statistiques sanitaires sont indiscutables quand elles vont dans le sens de la narration officielle, mais elles deviennent soudainement discutables lorsqu’elles contredisent cette même narration. Cette malhonnêteté intellectuelle devrait sauter aux yeux. »

Pendant ce temps d’autres s’appuient sur rien, produisent des données artificielles et interdisent le débat devant une foule conquise et des médias complices.

Je sens mon pouls s’accélérer avec cette montée d’adrénaline. Que signifie ce traitement différencié ? Suis-je sûre au final d’être dans le bon camp, celui du gouvernement qui nous assomme de spots publicitaires débiles et débilisants ? Et puis ce gouvernement il ment beaucoup depuis le début nan ? Je suis soudain pris d’angoisse, j’ai envie de fuir cette réalité en me plongeant dans un écran et me faire totalement absorber, ne penser à rien. Du coin de l’œil je vois mon smartphone, je résiste ! Je reste seul face à moi-même, à mes doutes et cette question dans ma tête qui m’obsède... Je n’ai plus envie de dormir, mon mental tourne à mille à l’heure. Je titube jusqu’à la cuisine, je débouche une quille de rouge et j’ouvre la fenêtre en grand. Je respire profondément, je bois une gorgée, je regarde toutes ces maisons avec à l’intérieur tout ces gens endormies confortablement. Est-ce que par peur de mourir je ne serai pas en train de sacrifier la démocratie, la liberté de penser, de se déplacer, la vie privée ? Merde est-ce qu’en fait ce ne serait pas moi le putain d’égoïste qui sacrifie l’avenir pour ma sécurité personnelle ? Et cette question qui revient sans cesse : que signifie ce traitement différencié ?

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