Pas de justice (sociale) pas de paix (sociale).

La hiérarchie sociale conduit à une discrimination institutionnalisée, non pas raciale mais sociale. Le combat contre ces inégalités a un ennemi commun, le capitalisme. L'absence de conscience de classe conduit aux communautarismes et empêche toutes luttes massives permettant l'avènement de profondes avancées égalitaires.

Le capitalisme ne porte-t-il pas en lui une part de la responsabilité du racisme ?

Le capitalisme impose la hiérarchisation et la compétition entre états, groupes sociaux et individus. La discrimination institutionnalisée n'est pas raciale mais sociale et l'assimilation de ces deux caractéristiques comme étant inhérente l'une de l'autre ne serait-elle pas le réel problème ? De plus, les crises économiques et les craintes qu'elles suscitent incitent les plus démunis à s'opposer les uns aux autres pour tenter de se maintenir à un niveau de vie acceptable.

 

Depuis toujours le capitalisme a besoin de main d'œuvre  peu chère pour satisfaire ses besoins de compétitivité et de profits, pour cela quoi de mieux que la main d'œuvre  venant d'une société moins développée et dont le mode de vie traditionnel a été déstabilisé et rendu obsolète par l'arrivée brutale du monde libéral. Par conséquent s'établit des rapports de forces inégales entre les nations et aussi entre les individus.

Comme le montre le sociologue Abdelmalek Sayad dans son ouvrage intitulé "La double absence " « le travailleur immigré constitue la figure idéale de l'OS1; objectivement inséparable l'une de l'autre. » A.Sayad ajoute que ces deux conditions, immigrés et OS sont dans la réalité appliqué comme si elle ne faisait qu'une et que cette fusion/confusion des identités n'est pas nouvelle puisque depuis toujours les individus provenant de la communauté la dernière arrivée sur le territoire occupe toujours la position socio-professionnelle la plus basse. Ainsi par nature le capitalisme et sa division du travail classe les individus en leurs attribuant une valeur économique et sociale différente et quantifiable selon leurs rangs dans la hiérarchie du monde du travail reposant de manière visible sur l'origine ethnique de l'individu mais de manière plus subtile sur une différenciation hiérarchique entre individus issus d'un pays industrialisé dominant en terme économique et technologique et ceux provenant d'un pays traditionnel considéré comme inférieur et donc dominé.



Ces rapports de forces ne sont pas seulement la conséquence du lien entretenu entre les états, territoires d'émigration et territoires d'immigration mais également la conséquence d'un monde des travailleurs en concurrence.

Lorsque le marché du travail se tend, en conséquence des crises systémiques, on voit apparaître une concurrence au sein des classes sociales les moins privilégiées et donc les plus touchés. L'immigré qui était jusqu'ici nécessaire pour le développement économique en exécutant les tâches les plus ingrates et les plus mal rémunérées, devient la source des problèmes socio-économiques. On lui attribue le rôle du voleur d'emploi et du profiteur de prestations sociales.

Puis quand "ceux qui ne sont rien," comme dirait notre Méprisant de la république E.Macron, de toutes couleurs confondus, n'en peuvent plus du mépris et de toutes les formes de violences symboliques qu'ils subissent de la part des politiques et des conséquences de l'ultralibéralisme entraînant chômage et précarité ; ils décident alors de manifester leur colère et certains finissent par mettre un gilet jaune pour être vu à défaut d'être entendu. C'est alors qu'intervient la police sur ordre du pompier pyromane : l'état, à la solde de la grande bourgeoisie financière internationale qui finance les campagnes électorales et récoltent par la suite le fruit de leurs investissements. Il faut être de mauvaise foi pour penser que les agents du maintien de l'ordre frappent plus fort sur les gaulois réfractaires en gilets jaunes que sur les habitants de banlieue racisés.

D'ailleurs, bien que ces deux groupes ne manifestent pas ensemble, ils sont composés d'individus aux propriétés sociales proches : les classes populaires et plus globalement les individus appartenant aux groupes sociaux les plus dominés sur le plan économique, social et culturel. La police n'est pas envoyée pour matraquer ou gazer spécifiquement des gilets jaunes ou des individus issus des minorités visibles mais dans les deux cas pour soumettre par la force les plus démunis afin qu'ils acceptent les décisions prisent par un gouvernement qui est composé de 12 millionnaires expliquant peut-être que les intérêts des premiers ne peuvent concorder avec ceux des seconds.

Le capitalisme met en compétition et classe les nations selon leur développement et attribue un rôle distinctif aux individus selon leur provenance. Les individus issus d'un pays dominés structurellement sont assimilés et condamné à occuper un poste qui renvoie à l'image subjective et similaire à leur pays d'origine. De plus, la peur du manque, manque de travail, dans un marché en compétition engendre des manifestations sociales et des violences physiques et verbales à l'encontre de la police qui malgré elle, par le rôle des hiérarchies, défend les intérêts des puissants plutôt que ceux de la république. Et des violences verbales et morales voir physiques, entre ouvriers à l'encontre des derniers arrivants accusés d'être responsable de la déstabilisation du marché alors que c'est également à cause de ce système que ces derniers ont dû quitter leurs pays d'origine.

 


Gilets jaunes et habitants de banlieue : proximité sociale derrière les apparences

Si l'on regarde derrière les apparences, qui peuvent être trompeuses, ces individus en compétition à travers des luttes pour la reconnaissance de l'état de leurs situations défavorisées, gilets jaunes et habitants des banlieues, racisés ou non, sont proche socialement. Pourtant chacun lutte de son côté contre les prétendus responsable de leur situation défavorable, inconscient que leurs luttes ont un ennemi commun.

 

Même s'ils ne sont pas proche spatialement, les uns vivant dans des HLM en périphérie des villes tandis que les autres sont plutôt issus du monde rural ou on fait le choix de prendre leurs distances avec les HLM pour vivre en pavillon et avoir l'illusion de progresser socialement en se rapprochant des classes intermédiaires, ces deux groupes appartiennent en majorité aux classes populaires. Ce sentiment illusoire de progression sociale et d'appartenance à un milieu plus élevé repose surtout sur l'imprécision de la définition de la catégorie sociale intermediaire2. Gilets jaunes et habitants de banlieue appartiennent majoritairement aux classes populaires, ils sont relégués en seconde zone sur le plan économique et scolaire tout en restant proche à travers leurs modes de vies. L'accès à l'emploi stable est compliqué et le chômage est élevé rendant le quotidien difficile et les perspectives d'avenir incertaines. Leurs enfants sont peu présents dans les études supérieures et leurs possibilités d'évolution sociales sont donc restreintes. Enfin, on observe un "familialisme populaire" similaire avec une mise en couple et une parentalité précoce3.

Malgré une volonté de distanciation sociale pour améliorer sa situation mais aussi l'image de soi, ouvriers/employées des banlieues et ouvriers/employées des pavillons restent assez proche socialement et subissent les crises économiques, les injustices et les inégalités.



Pourtant chacun lutte de son côté contre les prétendus responsable de leur situation défavorable, les institutions ou les membres de l'exogroupe aux caractéristiques différentes des siennes permettant de renforcer la représentation positive de "son" endogroupe. Comme les pions sur un échiquier, à la fois semblable mais ennemi, sous les yeux des puissants de la finance internationale sans que jamais ces derniers ne soient inquiétés par une remise en cause de leurs privilèges ; pions blancs, pions noirs ou pions bleus avec une matraque sont en lutte, inconscient que leurs situations sont similaires et que la solution pour résoudre leurs problèmes est identique. Une union des classes défavorisées luttant ensemble pour améliorer leur situation réciproque et faisant face à la haute bourgeoisie financière internationale qui s'accapare toutes les richesses entraînant inégalités, précarité, misères, colères, contestations et affrontements. Seule la répartition des richesses de manière plus équitable peut désamorcer les conflits car sans justice sociale pas de paix sociale.

Ne voyant pas les points communs qui les unissent, manquant de recul pour voir les structures au-delà des individus, les classes les plus défavorisés s'affrontent dans une lutte de classement, lutte pour la reconnaissance. Inconscient de la notion de classe qui devrait les rassembler et qui semble pour certains être obsolète, l'adage "diviser pour mieux régner" prend aujourd'hui tout son sens. Comme l'ont montré les sociologues S.Beaud et M.Pialoux: « Sur le plan politique, l'expression de ce déclin de l'appartenance subjective de classe est l'apparition de revendications fondées sur d'autres catégories de perception que les catégories sociales proprement dites : catégories nationales (front national), ethniques, communautaires, culturelles, etc4. »

 

Une prise de conscience pour une convergence des luttes semble inévitable pour établir plus de justice sociale et la fin d'un productivisme immoral favorisant la compétition et l'individualisme qui met en danger les individus et les sociétés les plus démunis ainsi que notre écosystème tout entier. Il est nécessaire de préciser que ces luttes doivent être pacifiques pour ne pas légitimer la violence physique et décrédibiliser la lutte. Le vrai responsable de ces violences symboliques, physiques et de la discrimination, violence morale, c'est le système ultralibéral qui exploite, brutalise, maltraite tout sur son passage : états, individus, nature... Cette bête inhumaine et tous ses sbires aux quatre coins du monde qui pillent détruisent et entraînent avec eux dans une course folle et effrénée vers le profit, toutes les espèces peuplant notre planète vers une probable extinction finale. Derrière des luttes communautaires qui divisent voyons ce qui nous unis car en se trompant d'ennemi, on se trompe de combat. Toutes les luttes actuelles ont un ennemi commun : le système ultralibéral capitaliste.

 

 

 

1  Ouvrier Spécialisé: poste le plus bas dans la hiérarchie de l'usine

2  Thomas Amossé, « Classes moyennes, l'ambivalence d'une progression sociale » Savoir agir, 2019/2 N48 p17 à 26

3  https://blogs.mediapart.fr/vincent-goulet/blog/100615/que-sont-les-classes-populaires-devenues

4  Stéphane Beaud et Michel Pialoux, « Retour sur a condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux- Montbéliard ». (Paris, coll. 10/18, 2005 [1999]).

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