Mayotte: la loi de la jungle ?

Après un mouvement social de deux mois, les tensions sont loin d'être apaisées à Mayotte où les actions xénophobes prolifèrent.

Mayotte, île de l'archipel des Comores administrée par la France, est devenue département en 2011. Sept ans plus tard, le bilan est sans appel, Mayotte est un territoire abandonné qui cumule les pires records et est en fait géré comme une colonie. Les Mahorais exigent le rattrapage de l'important retard de développement mais tombent souvent dans le piège xénophobe. En effet, la population étrangère est régulièrement pointée du doigt et certains lui attribuent tous les maux de l'île. C'est pourtant bien l’État français qui a failli à ses obligations. La frustration d'une partie de la population est telle qu'on assiste à des débordements et exactions.

La mobilisation de ces dernières semaines a vu l'apparition de milices et de groupes violents se livrant à des décasages. Ces opérations consistent à expulser de force des populations étrangères de leur habitat et le plus souvent à détruire celui-ci. Bien que les barrages soient désormais levés et qu'un nouveau préfet soit au commande, les tensions restent palpables.

Outre le fait que certains s'en prennent à des agents du service public (ayant justement dénoncés les dérives de la mobilisation) et se livrent à une véritable campagne de diffamation à leur égard, les tensions communautaires sont à leur paroxysme. Ce mardi 8 mai, des habitants de la ville de Sada se sont livrés à des décasages. Environ 200 personnes se sont rendues dans le quartier de Mtsangamtiti pour y déloger par la force plusieurs familles, jetant les enfants dans la rue et détruisant leur habitat de fortune. Ces actions inhumaines sont aussi illégales et – comme l'a rappelé la ministre de l'Outre-mer – contraires à l’État de droit. Elles s'effectuent pourtant sous le regard passif des gendarmes qui laissent donc une foule en colère bafouer délibérément les lois de la République. Cela ne semble gêner personne qu'en 2018, sur un territoire français, on assiste à des scènes qui rappellent les heures les plus sombres de l'Histoire. Certains groupes, ici appelés « collectifs » ont ainsi pris l'habitude de faire justice eux-mêmes et appliquent, au mépris des lois républicaines, la loi de la jungle. Ces actes illégaux et contraires à la déclaration des Droits de l'Homme n'empêchent pourtant pas ceux qui les pratiquent de s'afficher fièrement avec le drapeau français. L'hypocrisie est à son comble.

De plus, sur cette île où 95% de la population se déclare musulmane, de tels agissements ont de quoi surprendre. En effet, le Coran condamne clairement ce genre d'actes à plusieurs reprises, comme par exemple :

« Nous obtînmes de vous l'engagement de ne pas vous verser le sang, de ne pas vous expulser les uns les autres de vos maisons. »1

« Mais la bonté pieuse est […] de donner de son bien, quel qu’amour on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent de l'aide »2

Le premier extrait condamne clairement les expulsions. La deuxième notion, d'aide aux nécessiteux, revient régulièrement dans le livre saint des Musulmans. Pourtant ici, les personnes qui aident les populations précaires – le plus souvent constituées de migrants – sont très mal vues. L'entraide entre communautés a cédé la place aux exactions et ce à seulement quelques jours du Ramadan...

 

1Sourate 2 Al-Baqarah, verset 84

2Sourate 2 Al-Baqarah, verset 177

 

Minaret de la mosquée de Tsingoni, plus ancienne mosquée de France © Damien Gautreau Minaret de la mosquée de Tsingoni, plus ancienne mosquée de France © Damien Gautreau

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