Après un mois de blocage, Mayotte agonise

Voilà exactement quatre semaines que des barrages paralysent Mayotte. Sur le plan sanitaire, social ou économique, le bilan est catastrophique.

Le mouvement de protestation contre l'insécurité et pour le développement de Mayotte s'est initié début février. La mobilisation s'est ensuite amplifiée avec l'instauration de barrages qui paralysent l'île. Voilà désormais un mois qu'ils sont en place, nous pouvons en dresser un premier bilan.

Sur le plan sanitaire, la situation est véritablement catastrophique. Alors qu'à Mayotte le système de santé est déjà dans un état précaire et que le département est le plus touché par des maladies comme la lèpre ou la tuberculose1, les barrages empirent les choses. En effet, les malades et les femmes enceintes ne peuvent se rendre chez leur médecin car ceux qui tiennent les barrages ne laissent passer aucun véhicule privé. Les ambulances peuvent circuler mais sont fortement ralenties par la douzaine de barrages érigés aux quatre coins de l'île. L’hôpital commence à être à cours de médicaments et les évacuations sanitaires sont devenues impossibles. A cela s'ajoute l'absence de ramassage des ordures, propice à la prolifération de maladies en tout genre. La nuit dernière, des arbres ont été abattus, donnant ainsi naissance à deux nouveaux barrages lesquels bloquent totalement l’hôpital de Dzoumogné (Nord). Les malades ne peuvent s'y rendre et les ambulances ne peuvent plus en sortir.

Les ordures s'entassent © Damien Gautreau Les ordures s'entassent © Damien Gautreau

Pour ce qui est de l'aspect économique, ce n'est pas mieux. Les activités sont fortement ralenties par les blocages, quand elles ne sont pas complètement stoppées. Nombreuses sont les entreprises à avoir déposé une demande de chômage technique afin de bénéficier d'une prise en charge de l’État. D'autres ont annoncé qu'elles ne paieront pas les salaires du mois de mars. Il en est même qui craignent de fermer boutique. Entre le port qui est bloqué et les barrages qui stoppent les camions, les livraisons ne se font que très rarement et les magasins se vident. En plus des produits de première nécessité, il devient très difficile d'obtenir de l'essence ou du gaz. On assiste à de longues files d'attentes devant les stations-services ou les boulangeries ouvertes.

Les rayons des magasins sont vides © Damien Gautreau Les rayons des magasins sont vides © Damien Gautreau

Les établissements scolaires sont fermés ou vides d'élèves. Malgré la volonté du vice-rectorat de faire comme si de rien n'était, la rentrée n'a réellement pas eu lieu et les élèves ont déjà perdu deux semaines de cours. Pour les élèves de terminales le baccalauréat approche, on s'interroge sur le retard à combler et certains parlent de donner 90 points d'avance aux bacheliers mahorais.

Alors que les tensions communautaires sont à leur paroxysme, la situation globale de Mayotte est particulièrement alarmante et le dialogue de sourd entre le gouvernement et le collectif fait craindre un enlisement. La population est de plus en plus divisée et de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer la levée des barrages.

1 25,9 cas pour 100.000 habitants à Mayotte et 7,1 cas pour 100.000 habitants au niveau national.

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