L’agence de l’information sociale, ou la Russie des projets et du journalisme social

Source, parmi d'autres, de ce blog, l'agence de l'information sociale (ASI) est aussi un acteur du développement associatif et de la transformation sociale, dans une Russie qui en a bien besoin.

L’agence de l’information sociale (ASI), structure associative déjà citée plusieurs fois dans la Russie du social, a fêté ses 25 ans le 24 octobre dernier. J’ai monté dans le cadre de fonctions antérieures quelques projets avec elle, finalement peu nombreux, j’ai eu d’autres occasions de travailler avec sa directrice, Ielena Topoleva-Souldonova, membre également de la chambre sociale de la Fédération de Russie, l’équivalent de notre conseil économique, social et environnemental. J'en fais aujourd’hui une présentation plus complète , fondée sur la page de présentation de l'ASI sur son site, qui comporte, in fine, quelques lignes en français et sur ma propre perception. Cette dernière est positive. J’ai l’esprit critique, je sais que le social n’est pas fait que de gens « formidables », je connais la force des logiques d’organisation mais je conserve dans ce billet l'oeil de Chimène, quitte à me corriger ensuite.

Ielena Topoleva-Soldounova, directrice de l'ASI, et Natalia Kaminarskaïa, directrice du centre blagosphère, à l'ouverture de la conférence du 24 octobre 2019 sur l'avenir du journalisme social © Vadim Kantor (ASI) Ielena Topoleva-Soldounova, directrice de l'ASI, et Natalia Kaminarskaïa, directrice du centre blagosphère, à l'ouverture de la conférence du 24 octobre 2019 sur l'avenir du journalisme social © Vadim Kantor (ASI)

L’ASI a été créée en 1994 par les fonds caritatifs «Душа человека» (L’âme humaine) et «Нет алкоголизму и наркомании» (Non à l’alcoolisme et à la toxicomanie), l’union pédagogique «Радуга» (Arc-en-ciel) et d’autres personnes partageant un engagement social et progressiste. Plus que cette parenté, c’est la période qui est importante à relever. La Russie est alors plus profond d’une crise économique et sociale causée par la thérapie de choc. C’est aussi, dans le champ de l’action sociale et de la solidarité, le début du ressaisissement. Les initiatives sont celles d’individus ou de petits groupes, à la recherche de nouveaux cadres d’actions.

L’ASI est une association : organisation non commerciale, NKO, dans la terminologie russe. Elle prend place au sein de ce que nous appelons la société civile, expression ambigüe et de toute façon plus réductrice que la russe, qui renvoie plus fortement à l’engagement individuel et à l’exercice de la citoyenneté. Elle est aussi d’emblée un média, un vecteur d’information, prenant peut-être appui, et rénovant en tout cas les savoirs faire anciens de l’agitprop. Elle communique, et c'est le titre du billet qu'Ielena Topoleva fait sur le site pour l’anniversaire de l’ASI « 25 лет с функцией коммуникатора ».

Ce double positionnement est un choix d’origine. L’objectif de l’association est d’aider et d’accompagner le développement du secteur associatif en Russie. Elle le fait au travers « du journalisme social », de la mise à disposition d’outils, de campagnes de sensibilisation, et du lobbying pour obtenir un cadre favorable à leur action.

Le journalisme social, sans être propre à la Russie me semble y avoir une tonalité particulière. Je fais une traduction, littérale, et ambigüe, des deux mots russes социальная журналистика. On est proche de plates-formes citoyennes, centrées sur l’observation des faits de société, mais avec une grande place à l’appel aux dons, souvent à la charité. Avec aussi, de façon surprenante pour un lecteur français, la présentation répétée de situations individuelles et de microprojets, des storytellings (comme disent les russes), qui sont une des principales méthodes de collecte de fonds. Avec d'autres équilibres, et plus que nos pages société, c’est un journalisme de la solidarité et de l’engagement citoyen, qui témoigne peut-être en Russie du fait que cet espace y est ouvert, alors que le politique ne l'est pas. Il s’exprime notamment sur les sites de l’ASI ou de Takie dela (dont la devise est « Revenons au journaliste humain »), qui font partie de mes sources d’information pour ce blog.

L’ASI fait connaitre sur son site l’action des associations russes et les réponses qu’elles apportent aux problèmes de société. Elle y publie des actualités, des notes d’analyse, des commentaires d’experts, des reportages photographiques et des interviews. Elle offre la possibilité pour les associations de publier leurs propres informations, et fait, comme d’autres sites, une compilation dans un fil d’actualité des informations publiées dans la presse russe sur les faits sociaux, souvent, cette fois, des faits divers. La cible éditoriale est le grand public, ceux qui font le choix d’un engagement citoyen, les experts et les décideurs du développement social, de santé, d’éducation, d’environnement, les associations et aussi les entreprises affirmant leur responsabilité sociale.

J’insisterai aussi sur un autre volet de son action, l’appui opérationnel aux associations. Il se traduit par une activité multiforme : publications, mise à disposition d’outils, diffustion des meilleurs pratiques et de modèles de développement, conférences, séminaires, …. Une partie de cet appui consiste aussi à faire avancer les débats sur la transparence, la responsabilité et les principes éthiques des associations, et ceux sur la relation avec les autorités et les administrations russes. La place donnée aux outils numériques est importante, et ils sont maîtrisés. Beaucoup d’échanges se font dans le cadre de webinaires. Si je compare à ce que je connais des démarches comparables en France, nous faisons aussi cela, mais avec moins de pragmatisme et d’efficacité. Leur professionnalité est remarquable.

Je passe plus rapidement sur les campagnes de promotion de l’engagement citoyen, par exemple les programmes «Шаг вперед» (Un pas en avant), dont l’objectif est de prévenir et de lutter contre la pauvreté, autour des valeurs d’assistance mutuelle, de solidarité et de responsabilité, ou «Так просто!» (C’est si simple), qui vise à inciter dans les activités caritatives et le bénévolat, et sur le travail de lobbying fait auprès des autorités pour lever les obstacles à la montée en puissance du tissu associatif, et créer une compréhension commune et une convergence de vue des différents acteurs qui soutiennent ou encadrent son action en Russie.

J’aimerais pouvoir aussi donner quelques éléments sur les ressources de l’ASI, le sujet est bien sûr déterminant. J’y reviendrai. Une première indication : la conférence sur l’avenir du journalisme social, organisée avec le centre Blagosphéra pour le 25ième anniversaire de l’agence, était financée par différents fonds caritatifs, dont le fonds Timchenko, le fonds de la présidence de la Fédération de Russie, au titre d’un projet intitulé «Меняющие мир» (Changer le monde) et deux entreprises, dont Nestlé Russie.

 https://www.asi.org.ru/agency/

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