Celui qui vient en premier, il prend ce qu’il trouve.

La vie en Russie pendant la pandémie, cela a été aussi fouiller dans les poubelles d’un magasin pour trouver de quoi manger, et, pour une jeune mère seule avec son enfant, se heurter à la bureaucratie plutôt que toucher l’allocation promise par le pouvoir.

Comme dans mon précédent billet, un second récit repris au journal en ligne Meduza, et au dossier qu’il tient sur le covid-19. Un de ses articles expose plusieurs témoignages de Russes aidés par des associations ou des fonds caritatifs. Je traduis celui de Ksenia, le nom a été changé. C’est le fonds Konstanta, une association de Tver, qui lui a apporté une aide. 

Ksenia a un peu plus de vingt ans, elle vit dans la région de Tver. Elle élève son fils de trois ans et a elle-même a grandi sans parents. Elle n’a pas de relations avec le père de l'enfant. Elle a été dans une école professionnelle, mais n'a pas obtenu son diplôme. En tant qu’orpheline, elle a eu droit à un logement, mais son seul revenu fixe est l'allocation mère célibataire, qui est de 402 [5 euros] roubles par mois.

Ksenia et son enfant se nourrissent de pommes de terre, de pâtes et de vermicelles. Elle va chercher les produits périmés jetés dans les poubelles d’un magasin d’alimentation. « Celui-ci, la date d'expiration est dans deux jours, par exemple. Nous le récupérons dans le container », dit-elle. « Les produits sont jetés le soir. Nous allons simplement la nuit, et prenons ce qui se présente. Dieu merci, il y a toujours quelque part du lait, ou des yaourts, ou du pain, ou des pommes de terre, quelque chose comme ça ».

Elle est en concurrence avec des habitants, ceux qui abusent de l'alcool, et des sans-abri. Mais ce n’est pas un problème. La règle est simple – celui qui vient en premier, il prend ce qu’il trouve. Selon Ksenia, il n'y a pas de conflits. Tout le monde se connaît et sait négocier ».

Le problème, c’est les agents de sécurité du magasin. Selon Ksenia, il est arrivé que les gardes les enferment à côté des poubelles, et  les menacent de la police, mais ils les ont relâchés. « Ils m’ont dit : " vous vous introduisez ici encore une fois, et nous appelons la police "  Et j’ai répondu : " Eh bien, pour quelle raison, cela vous le jetez de toute façon, non ?". Et si quelqu'un en a besoin ? ». Les menaces des gardiens ne sont selon elle pas seulement liées au fait qu'en Russie, les magasins n'ont pas le droit de distribuer des aliments périmés. Certains employés de l'épicerie ramènent de la nourriture à la maison.

Trouver un emploi stable a toujours été difficile pour Ksenia, à cause de son petit enfant qu’elle n’a personne à qui laisser. Maintenant, c'est presque sans solution. Elle cherche les postes vacants de vendeur, de cuisinier, mais les employeurs, dit-elle, ont peur d’embaucher de nouveaux employés. « Ils ne prennent personne, car ils disent qu'il y aura maintenant une deuxième vague de coronavirus. Tous en sont avertis »..

Maintenant, Ksenia doit demander la nouvelle allocation pour son fils. Mais l’administration exige un certificat de revenu et officiellement elle n'a pas jamais travaillé.  « Ils m'ont dit: " trouvez un emploi !", j’ai répondu " Je suis une mère célibataire et je n'ai personne avec qui laisser l'enfant ". C’est que le jardin d’enfant est fermé. Et eux : " Eh bien, cela signifie que la mère n'a pas besoin d'argent "».

Ksenia s'est adressée à l'un des centres de secours de Tver, a écrit que l'enfant avait besoin d’habits et de jouets. Mais ce centre ne pouvait aider que les enfants enregistrés à Tver. Ensuite, elle a pris contact avec le fonds Konstanta. « Ils nous ont apporté de la nourriture, ils nous aident », explique Ksenia. L'indemnité de 402 roubles [5 euros] ne lui est plus versée, de sorte que l'aide du fonds est désormais indispensable. Ksenia accepte calmement sa situation avec son maigre budget et avec des sorties la nuit pour de la nourriture périmée. « Rien ne me surprend. Je suis déjà habituée à tout cela ».

Meduza (30 juin 2020)

 

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