La Russie veut que les familles adoptent des personnes âgées dépendantes

Le système d'hébergement des personnes âgées dépendantes change en Russie, les maisons de retraite se transforment, comme les services à domicile, souvent assurés par les centres d'action sociale. Les enjeux sont énormes, un marché se profile, et des groupes privés cherchent à s'implanter. À l’est, c'est un dispositif, simple et peu coûteux, qui émerge : l'accueil familial. Billet basique.

Comme je l’indiquais dans un précédent billet, le vieillissement démographique qui s’engage en Russie fait douter de la capacité du pays à prendre en charge, quantitativement et qualitativement, les personnes âgées ayant perdu leur autonomie. Les maisons de retraites, héritées pour partie de la période soviétique, sont décriées, bien qu’elles se transforment, et les autorités régionales, en charge de l’action sociale, sont à la recherche de solutions alternatives.

L’une d’elles est l’accueil familial. Il existe en France, et a été relancé par la loi du 28 décembre 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissement (voir par exemple ici sur le site de la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie). En Russie, le ministère fédéral du travail et de la protection sociale vient de publier une recommandation faisant la synthèse des bonnes pratiques régionales : 43 régions ont mis en place un dispositif, l'Altaï depuis 2008, le district autonome des Khantys-Mansis, qui est considéré comme une des plus avancés, depuis 2012.

L’accueil familial s’adresse aux femmes de plus de 55 ans et aux hommes de plus de 60 ans, « dans l’impossibilité de prendre soin d’eux-mêmes, d’exercer et de protéger leurs droits et de remplir leurs devoirs de manière indépendante ». Les services de tutelle désignent une famille d’accueil, un contrat tripartite est conclu pour fixer les conditions d’hébergement et de prise en charge, un suivi social est organisé. L’encadrement juridique du dispositif prévoit, par exemple, un plafond de deux personnes âgées par famille d’accueil. L’accueillant-aidant et l’accueilli se connaissent souvent depuis longtemps, ils peuvent être aussi parents proches. Une formation des accueillants est assurée dans toutes les régions qui ont mis en place l’accueil familial, et dans le district des Khantys-Mansis, ce sont aussi les personnes âgées qui ont été formées.

 La famille d’accueil reçoit une compensation financière de la région, dont le niveau varie substantiellement : 10 263 roubles par mois (145 euros) dans le district des Khantys-Mansis, 6200 dans le Bachkortostan, 4977 dans l’oblast de Kirov, …, montants qui rendent cette forme de placement la plus avantageuse pour les administrations.

L’accueil familial, qualifié « d’adoption d’une personne âgée », suscite des réactions favorables, et correspond bien à la représentation naïve et centrée sur la cellule familiale qu’on les russes de la solidarité. En pratique, il se développe surtout en zone rurale, pour éviter un départ dans une maison de retraite éloignée. Il reste encore peu développé, de l’ordre d’une centaine de personnes accueillies dans les régions citées par le ministère russe (Kirov, Altaï, Khantys-Mansis, Bouriatie, Krasnoïarsk). En France, un recensement de 2014 faisait état de 6700 personnes âgées résidant dans une famille d'accueil.

Rossiskaïa gazeta

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