Un restaurant gratuit pour les retraités ouvert à Moscou

Les autorités russes poursuivent une politique de « longévité active », et de développement d'activités sociales et culturelles pour les aînés. Le fort intérêt porté à un restaurant gratuit pour les retraités montre qu'une inquiétude subsiste sur la couverture des besoins les plus élémentaires des personnes âgées.

Comme indiqué dans un précédent billet, l’Agence de l’information sociale (Агентство социальной информации, ASI) est une structure associative qui apporte son appui et facilite les échanges d’informations et de pratiques entre les associations russes qui interviennent le champ du social.

Depuis plusieurs jours, l’actualité la plus lue sur son site est l'annonce de la création à Moscou d’un restaurant gratuit pour les retraités.

Ce restaurant, le Café Dobrodomik, a commencé à fonctionner le 7 octobre, et, après une période de test, a ouvert officiellement le 22 octobre. Les personnes âgées présentant leur carte de retraité peuvent y déjeuner gratuitement, de 14 à 16 heures, d’un menu comportant une salade, une soupe, d’un plat chaud et une boisson. La salle compte 70 couverts, et le restaurant a servi 380 repas le 22 octobre. Elle a été aménagée pour être commode et facilement accessible pour des personnes âgées.

Le restaurant est soutenu financièrement par un fonds caritatif. Son modèle économique repose aussi sur le bénévolat, notamment des serveurs, et sur les recettes tirées de son activité en matinée et soirée, où il fonctionne comme un restaurant ordinaire. Un café analogue a été créé par la fondation en 2017 à Saint-Pétersbourg.

Le succès de l’article sur le café Dobrodomik, comme son existence, montre au-delà de la solidarité exprimée en faveur des générations âgées, une inquiétude des acteurs sociaux sur leur situation. Elle me semble avoir pour origine les facteurs suivants :

- leur faible niveau de ressources : selon le service fédéral des statistiques, le montant moyen des retraites s’élevait à 14 150 roubles (198 euros) au deuxième trimestre de 2019, pour un minimum vital fixé à 9 236 roubles (129 euros) par mois pour les retraités.

- le souvenir de la crise économique et sociale des années 1990, dont les retraités avaient été parmi les principales victimes, avec notamment de longues périodes de non-versement des pensions.

- le grignotage et les menaces de remise en cause des avantages individuels et collectifs dont ils pouvaient bénéficier, comme la gratuité des transports.

- le vieillissement démographique, qui ne fait finalement que s’engager en Russie, et qui soulève la question nouvelle de la capacité du pays à prendre en charge, quantitativement et qualitativement, les aînés.

Avec la réforme des retraites, la Russie va aussi assez rapidement cesser d’être un pays où les retraités étaient jeunes (les pensions pouvaient être liquidées à 55 ans pour les femmes et à 60 ans pour les hommes, plus tôt dans certaines professions) et actifs (1/3 d’entre eux travaillaient). Ce changement alimente aussi la crainte d’une relégation et de fins de vie plus dures.

ASI (9 octobre) - ASI (22 octobre) - BFM.RU

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