Handicap : une attitude des Russes plus ouverte, peu de changement pour l’État ?

Une enquête de VTsIOM montre qu'une majorité des Russes pensent que le regard porté sur les personnes handicapées est de plus en plus positif dans leur pays, mais que les pouvoirs publics accordent trop peu d'attention à leur situation. Elle fait le point de la perception, par les répondants, des problèmes qu'elles rencontrent.

J’ai à plusieurs reprises tiré des billets de ce blog d’enquêtes du centre Levada. Je le fais aujourd’hui à partir une autre source, VTsIOM, le Centre panrusse d’étude de l’opinion publique. Il a été créé en 1987 par Iouri Levada, qui l’a quitté en 2003 après le renouvellement de son conseil d’administration par l’État. Il emploie actuellement une centaine de collaborateurs, et a une activité d’enquête, de recherche et de formation. 

Il a publié le 4 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, une enquête sur la perception du handicap en Russie et de la situation des personnes handicapées.

Celle-ci fait apparaitre que le rapport des Russes aux personnes handicapées s’améliorerait significativement. 54 % des répondants relèvent un changement positif d’attitude au cours des 5 à 10 années, soit deux fois plus que dans l’enquête réalisée en 2010 (26%). Ce constat est tout particulièrement fait par les femmes (59%, 47 % pour les hommes), ainsi que les jeunes de 18 à 24 ans (59%) ; elle descend à 50 % pour la classe d’âge 25-34 ans et remontent ensuite avec l’âge.

Une large majorité des Russes considèreraient en revanche que l’État est défaillant : 26 % des répondants indiquent que les pouvoirs publics accordent trop peu d’attention aux problèmes des personnes handicapées, et 47 % une attention insuffisante. Seuls 20 % considèreraient qu’elle est à un niveau suffisant. 

Je trouve dans ces résultats d’enquête confirmation d’une thèse que j’ai soutenue à plusieurs reprises : la sensibilité des Russes au handicap est réelle et croissante. Elle traduit une volonté de solidarité, qui s’exprime tout particulièrement en direction des enfants handicapés, et est d’autant plus ancrée qu’elle reflète le besoin qu’a tout peuple de se donner des espaces où il a une vision généreuse et positive de lui-même. L’interpellation faite aux pouvoirs publics en est d’autant plus forte - elle se lit dans les réponses à l'enquête -  et ceux-ci savent qu’il s’agit d’un sujet à risque politique, pour lequel ils essaient d'avancer, malgré les difficultés à réformer leur système de prise en charge du handicap. Cette appréciation positive vaut en particulier pour le ministère fédéral du travail et de la protection sociale, en charge de cette politique.

Le sondage donne également une hiérarchie, selon les répondants, des principaux problèmes rencontrés par les personnes handicapées (cf. graphique) : les cinq premiers sont les difficultés de déplacement en ville (36% des réponses), les difficultés d’accès au domicile (30%, 3 points de plus qu'en 2018), l’absence des traitements nécessaires (26%), des services insuffisants (26%) et des problèmes d’accès à l’emploi (24%). 

Notons que plusieurs questions, et donc les réponses qu'elles induisent, reflètent une vision très médicalisée du handicap et de sa prise en charge qui prévaut encore en Russie. Nous avons vu dans un autre billet que des associations défendaient une approche plus globale et sociale. 

Selon vous, quels sont les principaux problèmes auxquels sont confrontées les personnes handicapées en Russie à l'heure actuelle (question fermée, jusqu'à trois réponses, en % des personnes interrogées) © Daniel Mathieu, données VTsIOM Selon vous, quels sont les principaux problèmes auxquels sont confrontées les personnes handicapées en Russie à l'heure actuelle (question fermée, jusqu'à trois réponses, en % des personnes interrogées) © Daniel Mathieu, données VTsIOM

VTsIOM (4 décembre 2019) 

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