Russie : ne pas croire dans la covid-19 est mortel, comme ne pas croire en Dieu

Un argument métaphysique au service de la prévention sanitaire.

J’avais signalé dans un billet d’avril dernier les dissensions au sein de l’Église orthodoxe russe, et le fait que le dissidentisme du Covid-19 (nier l’existence du virus) s’exprimait largement en son sein, relayé par des prêtres et des évêques. Je croyais pouvoir suivre l’avis de quelques experts, en indiquant que le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie, à la tête de cette église, voyait son autorité contestée. Mais, contraint par son alliance avec le pouvoir à relayer les mesures prises pour lutter contre l’épidémie, il avait appelé les fidèles à prier chez eux, afin de se protéger de la maladie, leur assurant qu’il était aussi possible de trouver le salut sans se rendre dans les églises.

Un certain nombre de prêtres n’avaient suivi cet appel, et des églises étaient restées ouvertes pour la Pâque orthodoxe. D’autres avaient refusé que la communion se déroule dans les conditions prescrites par le patriarche (désinfection du cuiller, pas de baiser au calice).

Cyrille est revenu sur le sujet dans le sermon qu’il a prononcé à la cathédrale du Christ-Sauveur, le 6 janvier, pour le Noël orthodoxe. Je traduis les extraits de ce sermon cité par l’agence TASS :

« Je sais qu'il y a des gens qui ne croient en rien - ils ne croient pas à la maladie ou au danger, ils négligent ces prescriptions médicales. Mais nous, croyants, savons qu’il n’y a pas qu’eux à être stupides — c’est bien ainsi qu'ils peuvent être appelés —, il y a aussi beaucoup de gens qui ne croient pas en Dieu. <...> Ceux qui ne croient pas en Dieu sont en grand danger, en danger de mort. Comme le sont aussi ceux qui ne croient pas à la propagation de l'infection et ne se protègent pas de cette infection. Une simple négligence peut provoquer une flambée de l’épidémie. Et c'est pourquoi je vous invite tous, mes très chers, à vous comporter conformément à ces exigences que la médecine moderne impose à chacun d’entre nous, à toute l’humanité. Aucune de ces exigences, aucune de ces prescriptions ne doit être négligée ».

Pour Noël, à la différence de Pâques, les compromis ont été trouvés, sans semble-t-il de conflit particulier. Les églises n’ont pas été fermées, mais la hiérarchie orthodoxe a demandé, de façon appuyée, aux paroissiens âgés de ne pas se rendre sur les lieux de culte, et à regarder les services télévisés. Elle a maintenu les aménagements apportés à la liturgie en mars dernier, comme l’interdiction de baiser la croix à la fin de l’office.

Les prescriptions de Rospotrebnadzor, l’agence fédérale chargé de la prévention et du suivi épidémiologique prévoyaient la désinfection des églises avant et après le service, le port du masque et une distance de un mètre et demi entre les personnes. Lorsque que cette distance ne pouvait être respectée, l’établissement devait être fermé, sans que ce point ne soit contrôlé. Le nombre des offices aurait été augmenté, avec aussi des offices supplémentaires le matin de Noël, pour éviter que les fidèles ne se retrouvent trop nombreux.

Tass (6 janvier 2021)

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