Russie, homoparentalité : classement sans suite pour Karen Chaïnian

Le parquet russe a abandonné des poursuites engagées contre le journaliste Karen Chainian pour promotion de l’homosexualité auprès des mineurs.

Dans l’amas funeste de mauvaises nouvelles qui nous vient de Russie, il est parfois un éclat d’espoir. C’est le cas avec cette décision qu’a prise le parquet du tribunal de district d’Ostankino à Moscou en abandonnant les poursuites engagées contre le journaliste Karen Chaïnian pour avoir publié sur sa chaîne YouTube la vidéo L'adoption par les homosexuels, c'est cette Russie que vous choisirez ? («Усыновление геями: такую Россию вы выберете?»).

La réponse est ci-dessous, dans le hashtag #давыберу, oui je la choisis.

L'adoption par les homosexuels, c'est cette Russie que vous choisirez ? © Karen Shainyan L'adoption par les homosexuels, c'est cette Russie que vous choisirez ? © Karen Shainyan

Elle faisait suite à une autre vidéo, ouvertement homophobe, publiée en 2020 pendant la campagne sur les amendements à la constitution russe qui ont, notamment, supprimé la limitation du nombre des mandats présidentiels qui interdisait à Vladimir Poutine de se représenter et introduit dans la loi fondamentale que le mariage était l’union d’un homme et d’une femme (cf. cet ancien billet).

La première, l’homophobe, n’a pas fait l’objet de poursuites, la seconde, celle de Chaïnian si : sur la saisine du député à la Douma d’État Nikolaï Zemtsov, relayée par le parquet local, le tribunal d’Ostankino avait pris la décision de l’interdire en mars dernier. Cette décision avait été ensuite cassée en appel et renvoyé pour un nouvel examen en première instance, qui n’aura donc pas lieu.

Il était reproché à Karen Chaïnian de promouvoir l’homosexualité auprès des mineurs, en violation de l’interdiction législative de la propagande homosexuelle introduite en Russie par une loi de 2013.

Sans préjudice de la nécessaire qualification d'arriéré et de discriminatoire de ce texte de loi, condamné par la Cour européenne des droits de l'homme en 2017, signalons qu’il n’y avait rien de tel dans la vidéo de Chainian : il y indique, sur la base d'une étude et d'une revue d'articles publiés dans des revues à caractère scientifique, que les enfants ne sont pas influencés par l'orientation sexuelle de leurs parents, en particulier en ce qui concerne leur propre orientation sexuelle, démonte la collusion avec des propagandistes religieux d’un site qui prétend prouver le contraire, déplore que les informations ou désinformations versées au débat soit toutes d’origine anglo-saxonnes, et qu’il n’y ait pas de travaux sociologiques russes sur la situation des 14 millions de personnes homosexuelles en Russie, et conclut en indiquant que les discriminations envers les homosexuels sont l’antichambre du fascisme. Cela fait donc partie des choses qu’un journaliste peut encore écrire ou dire en Russie, et c’est heureux. 

Takie dela (10 septembre 2021) - Meduza (17 mars 2021) - Biographie de Karen Chaïnian sur 24smi.org

Et ci-après la vidéo, excusez-moi du vilain message de YouTube, il n'y a rien de choquant après.

Adoption par les homosexuels: vous choisiriez cette Russie ? © Karen Shainyan

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