Quelles sont les préoccupations de l'opinion russe ?

Telles qu'elles ressortent d'une enquête menée par le centre Levada

Dans un précédent billet, j’indiquais que la principale attente de l’opinion russe était qu’une réponse soit apportée aux problèmes économiques et sociaux auxquels est confrontée la Russie, comme la hausse des prix, la paupérisation et le sous-emploi. 

Autant être plus précis, d’autant plus que le centre Levada consacre régulièrement une enquête d’opinion à ce sujet, que la dernière a été conduite du 18 au 24 février, et que ses résultats viennent d’être publiés, ici, en russe, et , en anglais. Je les reprends dans ce billet, et n’ajoute que quelques commentaires. 

La question posée est la suivante : parmi les problèmes suivants de notre société, lesquels vous préoccupent les plus et vous semblent les plus aigus ? Plusieurs choix étaient possibles. Voici les réponses :

 © Centre Levada © Centre Levada

C’est bien la hausse des prix qui est la première préoccupation de l’opinion russe : elle est mentionnée par 58 % des répondants. Viennent effectivement ensuite la question de la pauvreté (39 %) et la croissance du chômage (36 %), ou du sous-emploi, je préfère employer ce terme, qui me semble plus proche de la situation russe. 

Mais, et cela nuance les propos que je citais dans mon précédent billet, la corruption, dont on verra que la place dans les préoccupations des russes a recommencé à augmenter depuis 2014, est à 39 %, dans le petit peloton qui suit les prix. 

On passe ensuite un palier, mais les problèmes qui suivent conservent une dimension sociale, et mettent en tout en exergue les inégalités au sein de la société russe : les écarts entre les riches et pauvres (26 %), les difficultés à accéder aux soins de santé (23 %), la crise économique (22 %), l’accès à l’éducation (20 %). Les problèmes environnementaux (21 %) sont la seule préoccupation d’une autre nature à s’intercaler. Avec des variations.

J’hésite à commenter la suite de ce classement : après tout, moins d’un cinquième de l’opinion, c’est relativement peu, en tout cas par rapport aux standards occidentaux. Observons cependant que les Russes ne semblent pas ou plus succomber aux craintes qui font le lit des traditionalistes, nationalistes, et populistes (afflux d’immigrants, dégradation des mœurs, faiblesse des autorités), et qu’à l’inverse ils ne se déclarent pas non particulièrement préoccupés d'une remise en cause de leurs droits : 13 % seulement le sont du fonctionnement de la justice, 7 % des atteintes aux libertés. Les principales appréhensions restent donc bien socio-économiques, à l’exception de la corruption. 

Levada fait cette enquête depuis 1994, et publie donc des séries sur longue période. Les séries sont réparties sur plusieurs graphiques, je ne suis pas sûr que les regroupements soient bien choisis, mais les voici pour les lecteurs à la vue perçante, les légendes traduites.

Sur longue période, il n'y pas de montée sensible des préoccupations de l'opinion russe, et elles diminuent même sensiblement pour plusieurs d'entre elles. Il n'y a pas d'exacerbation, rien dans ces courbes ne laisse penser que l'on va vers une explosion.

Dans les cinq dernières années, on constate un recul de celles qui viennent en tête, la hausse des prix, la pauvreté et la crise, sauf pour le sous-emploi. Le rejet de la corruption augmente bien, et c'est le cas aussi des préoccupations environnementales.

 © Centre Levada © Centre Levada

 © Centre Levada © Centre Levada

 © Centre Levada © Centre Levada

 © Centre Levada © Centre Levada

Levada (11 mars 2021)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.