Russie, VIH : ruptures de traitement pour l’automne

Le ministère russe de la santé a acheté moins d’antirétroviraux en 2021 qu’en 2020, alors que le nombre des personnes vivant avec le VIH augmente.

Je voudrais diversifier les sujets aborder dans ce blog, l’incurie de l’administration me rattrape, et me fait revenir à la question de la disponibilité des traitements antirétroviraux en Russie. J’y avais consacré ce billet, à propos de ruptures de traitements dans un établissement pénitentiaire, le problème ayant été résolu rapidement par la suite.

Cette fois, l’alerte est de plus grande ampleur, et elle a été donnée par le journal RBK, le 19 août dernier, sur la base d’un rapport de la coalition ITPCru, publié le 2 septembre sur son site. L’information a également été reprise dans le dernier numéro de Demoscope Weekly.

ITPCru suit avec minutie les achats d’antirétroviraux, sur la base, notamment, des publications des marchés publics. Elle indique qu’au cours du premier semestre 2021, le ministère fédéral de la santé russe a acheté l’équivalent de 365 000 traitements annuels, moins que l’année dernière, où ce chiffre était de l’ordre de 435 000 traitements. Elle considère que ces achats sont notoirement insuffisants, et qu’il faut s’attendre à des ruptures dans le traitement des personnes séropositives à l’automne.

En effet, le nombre des personnes vivant avec le VIH faisant l’objet d’un suivi médical était au 30 juin 2021 de 768 707 (soit significativement moins que le nombre des Russes avec un diagnostic positif, qui était à ce même date de 1 122 879 ). Parmi celles-ci, 620 936 personnes (dont 47 430 détenus), étaient sous traitement.

Selon d’autres information recueillies par RBK, la cause de la baisse des achats d’antirétroviraux est dans l’augmentation de leur prix. La production russe de génériques ne répond pas à la demande, ni en quantité, ni en qualité, et ce sont les firmes GlaxoSmithKline, MSD, Gilead et Johnson & Johnson qui fournissent la plus grande part des traitements. Le coût moyen d’achat de l’ensemble des médicaments étrangers aurait augmenté de 45 % d’une année sur l’autre.

Dans son rapport, ITCPru souligne également qu’elle n'a pas ou plus d’informations sur les achats d’antirétroviraux au niveau régional, par les ministères de la santé des sujets de la fédération de Russie. En raison de la crise sanitaire, leur intervention est très probablement en diminution.

Avec un taux de couverture  par les antirétroviraux des personnes vivant avec le VIH et connaissant leur statut de 54,6 % (par rapport à l’ensemble des personnes ayant eu un test positif) la Russie est toujours significativement en retard, dans l’atteinte des objectifs d’ONUSIDA, et par rapport à la plupart des autres pays : selon ONUSIDA, au niveau mondial, 73% [56–88%] de toutes les personnes  séropositives avaient accès aux traitements en 2020.

RBK (19 août 2021) - ITPCru (2 septembre 2021) - Demoscope weekly n° 911 - Rapport sur l'infection au VIH en Russie au 1er semestre 2021 - Fiche d'information ONISIDA 2021

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