Russie : le salaire minimum n’est plus en dessous du seuil de pauvreté

C’est une des mesures annoncées par Vladimir Poutine lors de sa dernière campagne pour l’élection présidentielle, et effectivement mise en oeuvre. Elle a probablement d’abord bénéficié aux agents des collectivités publiques.

Je poursuis la série de billets sur la pauvreté en Russie, que j’avais commencée avec ce billet, consacré au projet de réforme du calcul du montant minimal de ressources, le minimum vital ou minimum de subsistance, qui sert de seuil pour la définition de la pauvreté. 

Une des particularités du système social russe est que le niveau de plusieurs minima sociaux a été ou est encore en dessous du seuil de pauvreté. C’est le cas des allocations chômage, c’est aussi le cas du salaire minimum que j’aborde aujourd’hui. 

Je fais l’impasse sur plusieurs spécificités du système russe, notamment que le salaire minimum varie suivant les régions — c’était le cas en France du salaire minimum interprofessionnel garanti, qui ne s’est appliqué de façon homogène sur le territoire national qu’à partir de 1968, avant d’être remplacé en 1970 par le SMIC — pour m’attacher juste à son niveau moyen. 

Il était début 2020 de 12 130 roubles (161 euros à l’époque, 134 au cours actuel du rouble), soit un niveau légèrement supérieur à celui du minimum de subsistance pour une personne d’âge actif. C’est nouveau, et c’est la première année de cette décennie, et sans doute des deux précédentes, ou il le dépasse. 

 © Daniel Mathieu / données Rosstat © Daniel Mathieu / données Rosstat

En 2012, le salaire minimum était de 4 811 roubles. Il a ensuite faiblement augmenté, et en fait stagné, puis baissé en termes réels — la comparaison avec le minimum de subsistance permet de neutraliser l’effet de l’inflation, puisque qu’il est  calculé à partir d’un panier de consommation dont le prix augmente avec elle —.

La forte augmentation, ensuite, et le rattrapage par rapport au minimum de subsistance, était un engagement pris par Vladimir Poutine en décembre 2017, au début de la campagne pour les élections du président de la fédération de Russie de mars 2018. Une partie de ce relèvement (17 %, tout de même)  était intervenu pendant la campagne. 

Ce relèvement du salaire minimum a forcément eu un effet positif sur le taux de pauvreté en Russie. Mais il est difficile d’en mesurer l’ampleur, pour les raisons suivantes :

- Comme je l’ai développé dans ce billet, la pauvreté se concentre en Russie dans les familles nombreuses. Le fait qu’un des adultes du foyer passe le seuil de la pauvreté ne permet pas forcément à tous ses membres de le faire. 

- Une part importante des Russes tire des ressources de l’emploi informel, qui échappe à la réglementation du travail.

- Dans le secteur privé « formel », où  la dissimulation partielle des salaires est fréquente, les travailleurs sont payés officiellement sur la base du salaire minimum, mais touchent au noir un complément parfois important. Le relèvement du salaire minimum peut dans ce cas ne pas avoir d’incidence sur leur revenu global. 

- Dans le secteur public, où 4,5 % des salariés avaient en 2019 un salaire inférieur ou égal au salaire minimum (contre 1,1 % dans le secteur privé « formel »), ce relèvement a du avoir un effet beaucoup plus significatif. C’est en tout cas pour les régions et pour les municipalités que le coût budgétaire de la décision présidentielle a été le plus important.

Rostatt - Rosstat

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