Iouri Doud ou comment le VIH est entré au Kremlin

13  412  434 vues pour le documentaire de Iouri Doud sur le VIH en Russie, de nouvelles réactions, dont celle du porte-parole du Kremlin, qui a qualifié le film de bon. Le buzz continue, la prise de conscience aussi.

Je reviens brièvement sur mon billet d’hier sur le documentaire Le VIH en Russie, une épidémie dont on ne parle pas, que Iouri Doud a publié sur sa chaine YouTube vDoud’. J’y ai rendu compte de premières réactions, dont celle du vice-ministre russe de la santé, Oleg Salagaï, et celle d’Alexeï Koudrine, chef de la chambre fédérale des comptes. 

J’y ajoute celle du Kremlin : Dmitri Peskov, porte-parole du Président de la Fédération, a déclaré hier qu’il avait vu le film, qu’il l’avait trouvé bon, qu’il méritait l’attention, que le département concerné de la présidence l’avait visionné, et que,certainement, quelqu’un dans l’administration l’avait regardé à titre personnel. Il a indiqué qu’il était important que le ministère de la santé en prenne connaissance. Ce qui serait en France analysé comme des petites phrases est à mon sens le signe donné que les autorités ont compris qu’un rapport de force s’était modifié : le VIH et le sida ne sont pas des maladies de marginaux dont il n’y a pas à se préoccuper — c’est dans cette représentation qui était dominante au sein du pouvoir dans les années 2000 et 2010 —, ils doivent être combattus franchement, parce que la population se sait concernée, et le montre en visionnant le film, et le montrera autrement.

Parmi les autres réactions, je signale également celle d’Igor Ptcheline, président de la Fondation Chagui, une des ONG russes les plus impliquées dans la prévention et la lutte contre le VIH/sida. Il souligne que les réactions sont encore trop limitées. Il n’y a pas assez de fonds, les programmes supplémentaires sont nécessaires, et c’est d’abord l’affaire du ministère de la santé plutôt que de la chambre des comptes. Il suggère que la stratégie de l’État contre le VIH pour 2020-2030 qui avait été discutée en décembre dernier au ministère soit revue, pour y intégrer des mesures plus efficaces. 

Vadim Pokrovski, directeur du centre fédéral de prévention et de lutte contre le VIH/sida, largement interviewé dans le documentaire, a attiré à nouveau dans la presse l’attention sur la question des traitements : « cette année, le nombre de personnes recevant un traitement augmentera de 100 à 200 000. Cela dépendra des achats de médicaments du ministère de la Santé, en fonction de l’augmentation de son budget ». Ce n’est sans doute pas assez.

Le VIH en Russie, une épidémie dont on ne parle pas © вДудь

Kommersant (17 février) - RBK (17 février) - RIA novosti (18 février) et en français : Sida en Russie

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