Veux-tu être volontaire dans un internat psycho-neurologique russe ?

Les associations russes ont certainement contribué et sans doute provoqué la transformation des établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées ou handicapées, en mobilisant des bénévoles pour rencontrer les résidents. Mode d’emploi de la solidarité et du volontariat.

Dans les années 1990, les internats psycho-neurologiques (IPN), dont il est question dans mon précédent billet était des institutions fermées. Ce fonctionnement en vase clos, combiné avec l’absence de moyens et les pouvoirs étendus des chefs d’établissements, rendait possible tous les abus.

Ce sont des initiatives individuelles et collectives qui ont provoqué leur transformation. Des volontaires sont entrés à force de persévérance dans les IPN, pour rencontrer les personnes handicapées qui y vivaient. Avec l’ouverture sur l’extérieur, le fonctionnement des établissements a changé. Ce mouvement, qui a débuté il y a une quinzaine d’années, se poursuit, et un article de Takie dela publié en juin 2019 revient sur les formes de cet engagement. J’en fais dans ce qui suit la synthèse.

Ce bénévolat, selon ceux qui sont à l’origine de ce mouvement, c’est répondre à ce qui manque le plus aux résidents, un cadre de vie ordinaire, des échanges avec les autres où ils soient considérés comme des personnes, la possibilité de faire des choix. Être volontaire, c’est discuter, sourire, marcher, se faire des amis. Comme dans la vie à l’extérieur des établissements. C’est aussi permettre donner l’opportunité d’être assis ou debout, plutôt que couché.

Les volontaires sont préparés par les associations. Ils ont au sein de celles-ci des tuteurs qui les conseillent. Leur présence dans l’établissement est également préparée avec sa direction, même s’il peut y avoir des tensions. À ceux qui ont une hésitation ou la crainte de ne pas savoir d’emblée comment faire, à ceux qui n’ont pas la possibilité de dégager beaucoup de temps, il est dit que leur simple présence dans l’internat suffit à changer l’attitude et le regard porté sur les personnes handicapées.

D’autres formes d’appui sont possibles, comme la mobilisation de compétences de spécialistes : psychologues, avocats (une des questions clés est celle de l’accès des résidents à leurs droits), médecins. Ce peut être aussi des compétences moins pointues – utiliser un ordinateur par exemple.

La dernière forme de soutien qu'évoque l'article est de discuter, témoigner, de diffuser les informations dans les réseaux sociaux ou de signer les pétitions. Faire connaitre son opinion, s’indigner. Les progrès se font ainsi, et ces positions publiques sont de toute façon le signe de l’attention que la société porte aux personnes handicapées.

Takie dela

Post-scriptum : j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs IPN en Russie. Dans ceux que j’ai vus, j’ai toujours remarqué l’attention apportée aux résidents, la volonté d’organiser une vie sociale et collective, le souci de s’approprier et d’utiliser tous les outils de développement des capacités motrices et cognitives des handicapés. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de difficultés dans ces établissements, et a fortiori dans d’autres. Cela ne veut pas dire non plus que les IPN sont une forme d’organisation pertinente. Mais cela montre que des internats se transforment aussi de l’intérieur, et que des services régionaux, des directions et des travailleurs sociaux des établissements sont impliqués dans ce changement. Cette évolution ne se serait peut-être pas produite, si de premiers volontaires n’avaient pas donné, en rentrant dans IPN, l’impulsion nécessaire.

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