Handicap mental : les autorités russes renoncent aux internats géants.

Le plan de construction d’internats pour adultes handicapés évoqué dans deux précédents billets a été abandonné sous la pression des associations et des experts de la société civile. Débat public, appel à l’opinion, rapport de force, compromis, comme dans une démocratie.

Dans deux précédents billets, ici, et , je faisais état des réactions et de l’opposition que suscitait la reprise de la construction en Russie d’internats pour handicapés adultes présentant une déficience intellectuelle ou un handicap mental. Elles ont été prises en compte, puisque le ministre du travail et de la protection sociale, Maksim Topiline, a annoncé le 6 novembre dernier devant le conseil social de son ministère que le projet n’était plus d’actualité.

Cette annonce a été faite le 6 novembre dernier à Moscou, devant le conseil social du ministère, une instance consultative placée auprès de lui, et composée notamment d’experts et de représentants des corps intermédiaires et de la société civile. Le plan de construction de nouveaux établissement sera interrompu l’année prochaine, et aucun internat psycho-neurologique ne figure sur la liste de ceux dont la construction est en cours et sera poursuivie.

Le ministre s’est également engagé à rompre avec les schémas antérieurs d’organisation des internat pour adultes handicapés, et a demander une année de transition pour que les régions développent de nouveaux concepts, qu’elle mettront en oeuvre en 2021.

Svetlana Petrova, vice-ministre du travail et de la protection sociale, a indiqué que le cahier des charges des établissements qui seront créés exigerait une organisation complètement différente, où les résidents pourraient circuler dans le centre sans aucune entrave, et où « ils n’aient pas peur de vivre ».

Des financements auraient également été dégagés pour l’amélioration des prestations de réadaptation fonctionnelle, le plan d’inspection des établissements par Rostroud, Rospotrebnadzor et Roszdravnadzor se poursuivra — il s’agit respectivement des agences fédérales compétentes en matière d’emploi, de protection du consommateur et de santé, il n’existe pas comme en Russie une inspection générale compétente sur l’ensemble du champ social comme en France, et c’est certainement un manque.

À Khabarovsk, où la contestation avait été particulièrement vive, l’abandon du projet de construction de l’internat de Nekrassovka, excentré, est confirmé. Un nouveau centre, de taille plus petite, et situé en banlieue, est à l’étude. Et d’autres questions y sont soulevées, comme celle de l’accès à l’emploi des 1960 personnes handicapés adultes qui résident dans leur famille dans cette région.

Les choses bougent donc, on verra à quel rythme, et, surtout, si l’ensemble des régions russes sont concernées. Retenons cependant que dans le champ du social, la Russie n’est ni monolithique ni muette. Collectivement, individuellement, des citoyens s’expriment et prennent position, qu’ils soient experts ou non. Internet et les réseaux sociaux le facilitent, mais des institutions comme la Chambre sociale, l’équivalent du Conseil économique, social et environnemental, ou dans le cas présent le conseil social du ministère du travail et de la protection sociale y contribuent également largement. Et ils ont la force de se faire entendre. Tant mieux.

ASI (7 novembre 2011)

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