Zere Asylbek, chanteuse et féministe kirghize

Promenons nous au loin. Partageons nos combats et nos engagements. Et savourons nos différences, même militantes.

J’ai découvert la chanteuse Zere Asylbek en rédigeant mon dernier billet. Et ceux qui ont suivi le lien vers l’article que je commentais y ont peut-être aussi remarqué l’incrustation de son clip Kyz (Fille). Le voici, ici, rapatrié sur Mediapart.

Zere - Кыз (Music Video) © Zere Asylbek

Et présentons-là, du peu que je sais : Zere Asylbek est connue au Kirghizstan pour cette chanson, et ce clip, réalisé en 2018. Elle y a peut-être été la première, dans cette forme artistique, à revendiquer pour les femmes la liberté de choisir leur manière d’être et de paraître. Kyz commence comme cela :

Voici que vient le temps,

Où on ne nous dira plus comment il faut vivre, 

Ni « fais comme ci » et « ne fais pas comme ça ». 

Pourquoi devrais-je être comme toi et les autres le veulent,

Être humain, j’ai le droit de parler. 

Pourquoi ne pas me respecter ? 

Je te respecte, respecte-moi aussi.

Moi et toi, tous les deux

Viens, trésor, avec moi,

Bâtir la liberté autour de nous.

Et plus loin : 

Nul ne doit se sentir diminué, 

Tu n’es en rien inférieure.

Ceci traduit librement, du sous-titrage russe plutôt que du kirghiz. Et le film le met en scène, entre femmes et amies, avec pudeur et délicatesse, vous l'avez vu. 

Zere Asylbek a ensuite fait l’objet de menaces de mort, elle pense alors à quitter le Kirghizstan. Elle a également fait partie des manifestantes qui ont été attaquées par un groupe d’hommes le 8 mars 2019, sans autres intervention de la police que de les arrêter elles. Son second clip, Süjüntschü (Bonne nouvelle), l'illustre, avec d’autres références à la politique et à la société kirghizes, elle y parle de la corruption, de l'éducation, de l'environnement. 

Зере - Сүйүнчү © Zere Asylbek

Son troisième clip est sorti il y a juste deux mois, le 25 novembre. C’est Apam aitkan (Ma mère m’a dit). Elle y reparle des poncifs inculqués aux filles : « À six ans, je me souviens, maman m’a dit : fillette, les filles doivent être plus prudentes. À seize ans, je me souviens, les mêmes mots : fillette, les filles doivent être plus prudentes. […]. Stop, pourquoi ils peuvent harceler, et pourquoi moi je dois me contraindre ? À quel titre sont-ils libres, et moi obligé d’être plus prudente ? ». Avec, dans les images, la même affirmation simple et forte de la liberté, et de la solidarité entre femmes.

Zere - Apam Aitkan © Zere Asylbek

Kloop (27 novembre 2020) - Kloop (14 septembre 2019) - Kloop (18 septembre 2018) - Kloop (14 septembre 2018)

Et pour finir, en bonus, un film d'Asamat Altybsasov, God Zere (L'année de Zere), où elle explique tout cela elle-même, et mieux que moi. Il se termine par un point sur les violences faites aux femmes au Kirghizstan. C'est en russe, cette fois, mais sous-titré en anglais. 

Год Зере © Adamdar CA

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