VIH en Russie : les nouvelles instructions présidentielles dévoilées

À ce jour, la vidéo de Iouri Doud qui fait parler du VIH en Russie, a été vue plus de 15 millions de fois. Avant même sa mise sur internet, Vladimir Poutine avait signé ses instructions, non publiées, pour la refonte de la stratégie fédérale de prévention et de lutte contre le VIH/sida. Les extraits repris dans la presse veulent laisser penser que le pouvoir s’attaquerait franchement à l’épidémie.

И Je reviens à nouveau sur la vidéo de Iouri Doud, Le VIH en Russie, une épidémie dont on ne parle pas [cf. ce billet, allez la voir, elle est maintenant sous-titrée en anglais] Elle a été vue 1 5 04 2 89 fois à la publication de ce billet, continue à faire prendre conscience de la gravité de la situation russe et à susciter débats et réactions. Dont celle, anticipée, du président de la Fédération de Russie.

Dans un article de Kommersant paru le 22 février, la journaliste Valeria Michina révèle ainsi que Vladimir Poutine a signé le 31 décembre 2019 des instructions au gouvernement pour la préparation d’une nouvelle stratégie de l’État de lutte contre le VIH dans la Fédération de Russie. La précédente, ici, traduite en français, concerne la période 2017-2020. La préparation de la nouvelle doit être achevée d’ici le premier juillet 2020. 

Ces instructions n’ont pas été publiées. TASS, qui indique les avoir demandées à l’administration présidentielle, ne les a pas obtenues. Kommerzant dit en disposer, et en extrait les points suivants :

- D’une façon générale, la prise en compte des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé

- Le doublement du taux de couverture des personnes séropositives par les traitements antirétroviraux, pour atteindre 90 % [l’objectif d’ONUSIDA].

- La résolution des difficultés liées à la baisse du prix d’achat des traitements et à la centralisation des marchés. 

- Une attention prioritaire aux principaux groupes à risque dans lesquels la maladie s’est propagée (toxicomanes, travailleurs du sexe, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, prisonniers, etc.) et le développant de programmes de prévention, en les finançant.

- Le dépistage des citoyens russes dans le cadre des bilans de santé, sous réserve de leur consentement et de leur confidentialité. 

Tout n’est pas nouveau : l’objectif de 90 % des personnes vivant avec le VIH sous traitement figurait par exemple dans la précédente stratégie : il devait être atteint en 2019 pour celles faisant l’objet d’un suivi médical et en 2020 pour l’ensemble des personnes séropositives (en 2019, la réalisation est 68,9 % pour la première catégorie, mais seulement de 48,5% pour la seconde). De même, les groupes à risques étaient également mentionnés dans cette stratégie. 

Mais les instructions, en tout cas les morceaux choisis qui en sont donnés, sont une avancée. La signature présidentielle, révélée ex post après le choc de la vidéo de Iouri Doud, vaut soutien politique à l’exercice. Elle fera probablement taire ceux qui, à la Douma notamment, se sont opposés encore il y a un an au financement de la prévention en direction des groupes à risques sur des financements publics. Et l’écart entre le prescrit et la réalité devra forcément se réduire. 

Ce qui manque cependant : l’évocation de la nécessité de dégager des moyens budgétaires supplémentaires, en particulier pour les traitements. C’est probablement un des points pour lesquels les arbitrages interministériels sont encore à faire. Il est pourtant difficile de tourner autour du pot. Il s’agit de doubler le taux de couverture par les antirétroviraux, alors qu’à la fin décembre 2019 il y a 1 068 839 russes vivant avec le VIH et connaissant leur séropositivité, et que le nombre de nouveaux cas dépistés est de l’ordre de 100 000 par an. Cela ne se fera pas sans financements.

Le VIH en Russie, une épidémie dont on ne parle pas © вДудь

Le ministère de la santé est sur la sellette. Son représentant devant le comité de la santé de la Douma a reconnu qu’il y avait des insuffisances dans la couverture par les traitements, et des problèmes pour la travail avec les groupes à risques. Il met également maintenant en avant la nécessité de soutenir les associations et les volontaires qui apportent un soutien aux personnes séropositives, et d'organiser leur collaboration avec les organes de l’État.

Kommersant (21 février) - Tass (22 février)

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